Articles taggés :Biking

Update Photo: Namibie

Par admin, 3 September 2010 5:11

Comme promis, nous vous invitons avec grand plaisir à jeter un coup d’œil aux photos prises lors de notre voyage en Namibie avec mon frère et mon père. Nous avons fait un tour de trois semaines (fin juillet à mi-août) en voiture couvrant presque 4500 km, soit la moitié de ce que nous venons de parcourir à vélo!! Ce que nous avons vu et vécu est manifestement différent de ce que nous voyons et vivons de nos selles mais c’était magnifique. Nous espérons que ces quelques images vous donnerons quelques justes impressions de la beauté infinie de la Namibie.

Depuis lors, nous avons parcouru 1000 kilomètres depuis Windhoek et nous vous écrivons d’un petit camping au bord du fleuve Orange à 16 km de la porte d’entrée de l’Afrique du Sud. Nous sommes extrêmement impatients de découvrir ce pays complexe et ne manquerons pas de mettre notre site à jour lorsque nous aurons atteint le Cap de Bonne espérance, la première grande étape de notre voyage.

Merci déjà de nous avoir lu et nous vous souhaitons beaucoup de bonheur dans les semaines à venir.

La Zambie

Par admin, 20 July 2010 19:52

Photos disponibles ici

Conseils pour les cyclistes disponibles ici

“La Zambie, c’est tout plat!” nous avait assuré  Alexander, notre hôte couchsurfing à Mbeya, en Tanzanie. Nous étions alors à 110 km de la frontière et très curieux de savoir ce qui nous attendait de l’autre côté. J’ignore encore pourquoi nous avons cru un Suisse sur parole mais en tout cas, la Zambie n’est pas plate. Ok, ce n’est pas l’Ouganda mais ce n’est pas plat. En tout cas pas au sens belge du terme.

Cependant après avoir pédalé quelques jours, nous nous sommes rendus compte que la topographie n’était pas du tout le plus grand challenge pour le cycliste en Zambie. Il y a aussi le fait que dans le Nord de la Zambie, et bien, il n’y a pas grand chose. En fait, il n’y a rien. Juste des arbres, des hautes herbes qui bloquent le peu de vue qu’il y a, une route et du sable, beaucoup de sable. Tellement de sable en fait qu’après 2, 3 jours sur pistes, nous décidons de suivre le goudron. De toute façon, comme nous n’avons pas de carte de la Zambie, il est plus sûr de suivre les rares panneaux parsemant les 1600 km de goudron allant de la Tanzanie à la Namibie.

Qui dit nouveau pays, dit nouveau rythme. Ici, c’est l’hiver, et la nuit, il peut faire froid. Particulièrement pour des gens comme nous qui ont pris goût à la chaleur et qui mettent un pull lorsqu’il ne fait que 30 °C…nous nous levons donc plus tard et nous pédalons nos 5 heures par jour sous un soleil radieux mais dont la chaleur est tempérée par le vent. Et oui, le vent: meilleur ami ou Némésis du cycliste. Plus souvent Némésis quand même.

Ce qui change aussi depuis notre entrée en Zambie c’est que nous devons être tout à fait indépendants: il n’y a pas de restaurants, pas de cafés, peu de terrains de camping, pas de petit hôtel local à 5$. Les pauses chaï et les repas de riz aux haricots qui rythmaient nos journées de vélo en Tanzanie ont bel et bien disparus dans cette nouvelle culture qui n’a pas adoptée la tradition du thé comme ses voisines à l’ Est.

Les distances entre les villages de taille moyenne sont trop grandes pour les relier en une journée et nous sommes souvent seuls assis le long de la route pour manger des boîtes de conserves. La conséquence évidente de ce changement un peu tristounet c’est qu’il est plus difficile de rencontrer des gens (déjà qu’il n’y en a pas beaucoup en Zambie qui a la taille de la France, l’Angleterre et la République d’Irlande réunies pour seulement 10 millions d’habitants!).

Cependant, les Zambiens que nous rencontrons sont absolument charmants. Ils sont extrêmement polis et respectueux de notre espace personnel même s’ils sont un peu froids au début ce qui s’explique par des raisons historiques. En effet,  vers la fin du 19ième siècle, un certain Cecil Rhodes, le fameux magnat des diamants dont j’aurai certainement encore l’occasion de vous parler, a pu mettre la main sur l’immense territoire situé entre le Cap de bonne espérance et les rives du Zambèse. La Zambie, alors baptisée Rhodésie du Nord (pour vous dire à quel point Rhodes était le cerveau derrière la conquête violente de cette partie du continent) et sa voisine, la Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe) étaient largement exploitées, par la société de Rhodes, la fameuse British South African Company (BSAC)  -à laquelle la Couronne anglaise avait donné des pouvoirs quasi-gouvernementaux- et par les Britanniques ensuite, pour leurs ressources minières (or, diamants et cuivre essentiellement). Parce que la Rhodésie du Sud était alors habitée par plus de Blancs, une grande partie des bénéfices de l’activité minière au Nord était investie dans des infrastructures au Sud. Si cette période vous intéresse, vous pouvez lire “Diamonds, Gold and War” de Martin Meredith. C’est édifiant.

Lorsque les Zambiens, après une âpre et épuisante lutte pour leur indépendance, ont enfin pu avoir leur mot à dire dans la gestion de leurs affaires, il n’y avait pas grand chose pour les y aider. Dans un pays d’une taille aussi gargantuesque, il fallait un gouvernement très riche pour pouvoir investir dans des services de base. Cependant, le président Kenneth Kaunda -qui est resté au pouvoir pendant 27 ans- a fait le choix idéologique mais peu stratégique de soutenir les militants de l’ANC (African National Congress, le parti de Nelson Mandela) qui se battaient contre le scandaleux régime de l’Apartheid en Afrique du Sud et en Rhodésie du Sud. Les sanctions qui ont suivies étaient très sévères et ont drainé le peu de capital qu’il restait encore après la chute du cours mondial du cuivre.

Le pays est donc resté exsangue jusque très récemment où après une nette augmentation du prix du cuivre (et des imbroglios politiques typiques de l’Afrique sub-saharienne post-indépendance), des investissements substantiels ont pu être faits dans les centres urbains où vivent 50 % des Zambiens.

Depuis les années 1970 toutefois, une grande infrastructure est omniprésente dans le pays. Il s’agit de la ligne de chemin de fer reliant Dar es Salaam à Kapiri Mposhi, une ville minière située à 200 km au Nord de Lusaka dans la province du “Copper belt”. Cet investissement a été fait par les Chinois à la demande de la Zambie- alors que les Chinois n’y avaient pas d’intérêts à l’époque – car les Occidentaux eux n’avaient pas le courage de se fâcher avec le régime Sud-Africain (dont ils connaissaient les atrocités) … Aujourd’hui encore, la plupart du pays est désert et la vie dans les villages est vraiment difficile car tous les services sont centralisés dans les grands centres urbains. 

Il y a donc une population blanche assez importante dans la région minière (Sud-Africains et Australiens notamment) et de plus en plus de Blancs du Zimbabwe, fuyant la politique revancharde de Mugabe, achètent d’énormes terrains en Zambie pour y continuer leurs pratiques agricoles conventionnelles non durables. Partout nous avons vu des publicités pour des semences hybrides, des pesticides et engrais polluants, des machines agricoles au prix exorbitant forçant ainsi les pauvres paysans à s’endetter jusqu’au cou, (ne fut-ce que pour acheter de nouvelles semences chaque année), à tuer leurs précieux lopins de terre qu’ils ont su conserver pendant des siècles et à accroître leur dépendance envers le pétrole (dans l’agriculture conventionnelle, la production d’une calorie de grains nécessite 16 calories d’énergie (lire  pétrole) et d’une calorie de viande requiert 70 calories d’énergie. Il ne faut pas être Einstein pour comprendre que ce système constitue une catastrophe écologique et sociale à l’échelle planétaire).
 
Tout ceci explique les relations compliquées entre les Blancs et les Noirs ici. Toutefois, un sourire et quelques mots de cibemba, ouvrent toutes les portes. Nous avons surtout pu expérimenter cela lorsque nous avions envie de “dormir” dans un village (je mets le verbe entre guillemets parce que chaque village compte plus de coqs que d’habitants. Même si le mythe veut que le coq chante au lever du soleil, ce n’est qu’un mythe.) Parfois, nous décidons de tout de même dormir dans les villages, une nuit blanche étant finalement un petit prix à payer pour les soirées souvent exceptionnelles que nous y passons.

Ainsi, un soir, nous atterrissons dans un petit village qui n’est sur aucune carte. Francis, qui pédalait avec nous sur les derniers kilomètres, nous propose de planter notre tente devant sa maison. Nous demandons la permission au chef du village qui accepte. Pour notre plus grand bonheur, Francis est un excellent animateur d’enfants. Le soir venu, lorsque nous avons savouré le délicieux repas préparé par son épouse, Francis nous installe sur un tapis devant sa maison entourés par les dizaines de personnes venus voir les wazungu. Nous proposons alors de répondre aux questions que les enfants se posent sur notre voyage. Pendant plus d’une heure, les enfants nous demandent toute sorte de choses comme “Comment faites-vous pour vous défendre contre les animaux sauvages?” ou “Comment faites-vous pour réparer vos vélos?” ou encore “Qui garde vos champs lorsque vous êtes partis?”. Francis a fait un super travail de traduction et nous avons vraiment passé une soirée très, très spéciale et il est impossible de bien vous décrire l’expérience avec mes maigres mots.

Ensuite, Francis propose aux enfants de nous chanter des chansons. Etant donné qu’il y a trois dénominations présentes nous avons droit à une chanson catholique, une chanson des témoins de Jehovah et une chanson anglicane. Ce qui est chouette c’est que tous les enfants connaissent toutes les chansons… Ensuite, il nous est demandé de chanter. Nous proposons de chanter l’un des rares chants religieux que nous connaissons (en Français et en Anglais en plus!) : “Douce nuit”. On commence notre duo et après une phrase, toute l’assemblée ce met à hurler de rire pendant 10 minutes. C’est un peu vexant mais c’est vrai qu’on n’est pas des pros…

Un autre jour, nous avons demandé à planter la tente devant la maison de Paul. Il est un commerçant dont le business fonctionne bien et il a une jolie maison avec un grand terrain. Il nous invite à l’intérieur pour nous présenter sa femme et ses cinq enfants. Nous sommes installés sur l’un des 4 canapés que compte la pièce principale où sont également rassemblés une myriade de sets de casseroles de tous formats et couleurs (une preuve de richesse indéniable), des appareils électroniques en tout genre, une grande étagère remplie de cassettes vidéos et des horloges à tous les murs.

Ensuite, Paul allume la télé (cela paraît bizarre mais c’est comme cela que nous sommes reçus dans les familles africaines aisées) et il met un DVD de matchs de catch.  De manière très touchante, il a choisi un match où le lutteur américain gagne…

Une autre fois encore, nous voulions nous arrêter dans un village et demandons à un passant où nous pouvions trouver le “headman” pour demander la permission de camper. Il nous indique une vague direction et nous y allons.

En chemin, nous tombons sur un vieil homme avec une belle allure accompagné d’un jeune homme. Le vieil homme nous explique être le “sub-chief” (donc plus haut que le headman) et il nous explique où nous pouvons camper. Le problème c’est que le sub-chief a bu une bière avec chacun de ses consultants ce jour-là et qu’il n’est plus très cohérent. Le jeune homme qui s’appelle Derek, quitte le sub-chief de manière un peu abrupte et nous commande de le suivre. Nous sommes un peu gênés mais n’avons pas trop le choix. Derek nous explique que nous serons au calme chez lui car il vit encore chez sa mère qui est la chamane du village et les gens en ont peur. Nous sommes super excités de rencontrer une chamane et je commence à rêver de tout ce qu’elle va pouvoir nous enseigner sur les plantes médicinales locales.

A peine arrivés devant sa maison, la chamane nous salue et puis nous demande si nous avons des médicaments pour elle car elle a mal aux genoux….

Une belle déception donc mais un nouvel exemple parmi les milliers que nous avons déjà de la disparition de l’héritage et du savoir africains en Afrique.

Sur ce, le sub-chief revient à l’attaque (il nous avait suivi de loin) en nous expliquant que nous ne pouvons pas camper là, que nous sommes en danger et qu’il nous oblige à venir camper chez lui à 3 km de là. Après d’âpres négociations, nous parvenons à obtenir son accord et lui promettons de venir le saluer le lendemain matin dans son palais. La nuit se passe bien même si nous nous sommes rendus compte que Derek n’est pas tout à fait un garçon comme les autres. Mais bon, cela ne doit pas être facile tous les jours d’être le fils d’une chamane…

Le lendemain, Derek nous guide à travers la forêt vers le palais du sub-chief que nous trouvons complètement sobre. Le palais est une case normale avec de belles décorations typiques des Bembas. Il nous installe dans une petite rotonde avec des petits bancs et un fauteuil rouge tout rapiécé qui lui fait office de trône. Il nous offre un gros sac de cacahuètes et je propose de le prendre en photo. Il accepte, part se changer et revient habillé très élégamment. Il prend une pause très solennelle mais lorsque je lui demande son adresse pour lui envoyer la photo, il part chercher deux grands sacs en plastic remplis de paperasses. Après dix minutes de recherches, il trouve un papier sur lequel est inscrit son adresse. C’était un roi vraiment très touchant.

Ainsi passent les jours et les kilomètres. Nous atteignons Lusaka (la capitale, donnée utile pour votre prochain Trivial Pursuit) où nous prenons quelques jours de repos avant de reprendre la route jusqu’à Livingstone où nous attendent les fameuses chutes Victoria.

Ces dernières sont le résultat de l’énorme fleuve Zambèse qui se déverse à un débit incroyable sur une longueur d’ 1,7 km dans un gouffre énorme qui forme la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe. Elles sont mieux vue du côté de ce dernier mais la perspective de payer deux visas à 50 $ pour ensuite payer l’entrée d’un parc national juste pour voir les chutes sous un autre angle ne nous tente pas. Nous restons donc du côté Zambien où les chutes se voient de très près. De tellement près en fait qu’il est impossible de vraiment les voir à cause de la vapeur d’eau. Le bruit est assourdissant et nous sommes complètement trempés mais la visite en valait vraiment la peine.

Plus nous avançons vers la sud, plus nous nous sommes rendus compte que comme je l’ai dit plus haut, les relations entre Noirs et Blancs sont différentes ici de celles qui prévalent en Afrique de l’Est. Pour la première fois depuis le début de notre voyage, nous rencontrons une quatrième catégorie de Blancs en Afrique: les Africains blancs (les trois autres catégories étant les missionnaires, les volontaires et les professionnels de l’aide au développement).

Nous avons été à plusieurs reprises très mal à l’aise -voire complètement choqués- de  la manière dont les Blancs (qui sont donc les propriétaires de grandes fermes ou de gros business) traitent les Noirs. Nous avons vu des scènes qui seraient complètement décriées en Europe ou aux USA (en tout cas, je l’espère!) et avons parfois éprouvé une véritable gêne d’être Blancs lorsque nous arrivions dans des villages. Pour vous donner un simple exemple de l’ambiance ici; tout le monde appelle Dave “Boss”, même les personnes âgées et beaucoup de personnes font des révérences lorsqu’ils nous saluent ! Des patrons blancs appellent leurs employés par leur prénom et ceux-ci répondent par des “Yes, sir!”,  des patrons blancs conduisent leur gros pick-up et les ouvriers noirs sont assis dans la benne alors qu’il y a des places assises à l’avant, des blancs rentrent dans les magasins et gueulent parce que le service n’est pas assez rapide à leur goût, des blancs arrivent dans les stations-services et crient “essence, essence” à l’employé noir, sans un bonjour, s’il-vous-plaît, merci ou sourire, etc, etc, etc.

Bref, nous sentons que l’Histoire complexe mais très violente de l’Afrique du Sud est omniprésente et nous sommes de plus en plus intrigués de voir ce qu’il se passe en République d’Afrique du Sud. Les deux autres cyclotouristes que nous avons rencontrés nous ont expliqué qu’en Namibie et en Afrique du Sud, le racisme est encore pire…

Soit, après avoir pédalé plus de 1500 km, nous étions presque à la fin de notre périple zambien. Je ne pense pas que la Zambie soit une destination de rêve en tant que telle mais si vous y passez un jour, vous aussi, j’en suis sûre, tomberez sous le charme de ses habitants.

Pour notre part, nous avons continué notre route vers Windhoek en passant par le Caprivi, dans le nord de la Namibie avant de tourner plein Sud vers le Botswana. Le tout vous sera conté au prochain épisode! Merci de m’avoir lue et au plaisir de recevoir de vos nouvelles!

Aussi, n’hésitez pas à vous inscrire au Google Group afin d’être prévenu par email de nos prochaines mises-à-jour qui ne peuvent pas être régulières vu l’impossibilité de trouver une bonne connexion internet régulièrement.

La Tanzanie

Par admin, 30 March 2010 2:30
(Photos disponibles ici)

(Des infos pratiques pour les cyclistes disponibles ici)

DSC01538C’est au moment où nous nous demandions si nous avions les nerfs assez solides pour voyager à vélo en Afrique que nous avons passé la frontière Tanzanienne.

Et là, c’est le plongeon dans un océan vert et silencieux. Les villages sont séparés par des dizaines de kilomètres pendant lesquels nous ne voyons que très peu de gens.

Plus extraordinaire encore, l’accueil qui nous est réservé dans les villages Tanzaniens est radicalement différent de tout ce que nous avons connu jusqu’à présent. Les gens sont charmants, souriants, polis et très respectueux de notre espace personnel.

Les adultes nous regardent de loin avec un grand sourire et disent à leurs enfants de ne pas s’agglutiner autour de nous.

Les enfants nous saluent avec un “Shikamoo” (mes respects) et les adultes avec un “Habari?” (“Quelles nouvelles?). Partout nous sommes accueillis avec des sourires et des “Karibu” (bienvenue) et “Pole na safari” (“désolé pour le voyage” ce qui ne manque jamais de nous faire sourire car nous ne sommes pas du tout désolés de faire ce voyage!).

DSC01619Personne ne crie “Mzungu, give me money!’ et d’ailleurs, avant notre arrivée à Dar es Salaam, nous n’entendons pas souvent le mot “Mzungu”.

Nous n’avons évidemment rien perdu de notre statut de blancs super riches mais la méthode change. Dans les villages, à la fin de chaque repas, un homme, jeune ou vieux, nous approche et après une longue série de questions nous demande notre aide pour “agrandir son business”, ” acheter un vélo” , “acheter un soda” ou parce qu’il va au marché et qu’il voudrait “s’acheter des oignons”. Un refus poli est toujours accepté avec le sourire et avec la résignation un peu fataliste qui semble caractériser les Tanzaniens.

Ce changement, auquel nous n’osions plus croire, transforme notre déprime en énergie. Tout à coup, tout nous semble possible! Nous sommes d’excellente humeur la plupart du temps et saluons tout le monde. Nous apprenons quelques mots de Swahili (une langue introduite par Nyerere et parlée par tous. C’est probablement une des grandes forces de la Tanzanie) et cela met une chouette ambiance lorsqu’on essaie de demander quelque chose.

Toutefois, faire du vélo en Tanzanie reste une expérience difficile. Premièrement, il y fait chaud. Nous sommes obligés de changer de rythme. Ainsi, nous commençons à pédaler vers 6 h du matin et nous faisons une pause entre 11 h et 16 h où rien ne peut bouger sous le soleil sous peine de brûlures douloureuses.

Deuxièmement, la Tanzanie n’est pas aussi riche que ses voisins et les infrastructures n’y sont pas très développées. Mises à part les grandes routes qui sont en train d’être construites par les Chinois (les seuls non-Africains que nous ayons vu un peu partout dans le pays), les pistes sont en particulièrement mauvais état. Le sable, les pierres et les nids de poules rendent toute forme de transport autre que la marche inefficaces.

Enfin, le pays est grand et les distances entre les villes sont assez conséquentes.

IMG_4865Nous décidons aussi de changer de trajet. En Belgique, nous pensions passer du sud du Burundi vers Mbeya, dans le sud- ouest de la Tanzanie. Nous apprenons que la piste est en très mauvais état et que c’est vraiment loin de tout. Après de longues discussions, nous décidons de traverser tout le pays pour aller jusqu’à Dar es Salaam, à plus de 1300 km de la frontière.

Cette traversée fut passionnante et nous y avons mis plus d’un mois.

Nous sommes passés à côté des mines d’or de Kahama et des mines de diamants de Shinyanga. Les mines sont protégées par des fils de fer barbelés et de grands miradors. Nous y voyons aussi les seuls blancs avant Dar (des Sud-Africains paraît-il) qui ne soient pas des missionnaires ou des volontaires du Peace Corps. (Le Peace Corps est un instrument de politique étrangère géniale des Etats-Unis. L’idée est déconcertante de simplicité: il s’agit d’envoyer des jeunes américains idéalistes (oserais-je dire “naïfs”?) et volontaires dans le monde “en voie de développement” pour faire des petits projets d’éducation (sans grands moyens et la plupart du temps inefficaces) afin de donner une belle image des USA. Cela ne coûte rien au gouvernement (une peace corps nous a dit que jusqu’il y a peu leur budget était égal à celui consacré aux fanfares de l’armée américaine…) et tout le monde est content.)

Nous faisons souvent du camping sauvage dans le bush ce qui nous permet de vivre avec moins de 4 euros par jour. Par ailleurs, le camping nous assure – la plupart du temps- une bonne nuit de sommeil car si la plupart des guesthouses sont propres et de très bonne qualité-prix, il y a souvent un vice caché qui ne se manifeste qu’une fois la nuit tombée (bar avec musique jusqu’à 4h30 du matin à côté d’une mosquée avec un imam zélé qui à 5 heures du matin a envie de partager non seulement l’appel à la prière avec le reste du monde mais aussi l’entièreté de la prière qui dure une heure).

Il y a aussi souvent des moustiques ou des puces. Par contre, il y a rarement une circulation d’air permettant de respirer.

Avec un peu de malchance, l’ensemble de ces facteurs est présent dans une même chambre d’hôtel. S’il est évidemment pénible de devoir passer deux semaines sans avoir une bonne nuit de sommeil, nous pensons aussi aux Tanzaniens qui vivent toute leur vie dans ces conditions.

Jusqu’à Singida, nous empruntons la route en tarmac qui est la seule route en direction de Dar es Salaam. Après nous décidons d’emprunter les pistes tanzaniennes. Celles-ci nous apportent le meilleur mais aussi le pire.

Le meilleur était de loin l’hospitalité qui nous a été offerte par les Pères Blancs dans une petite ville, par Morris, un jeune étudiant Tanzanien (le premier Africain a nous avoir invités à dormir chez lui!) et par des missionnaires américains.

DSC01558Le pire c’était lorsque nous sommes arrivés à Kwa Mtoro pensant être à 3- 4 heures à vélo de Kondoa où nous voulions prendre une journée de repos. Nous empruntons la piste qui petit à petit se transforme en véritable banc de sable à travers desquels nous devons pousser nos vélos. Par ailleurs, la route commence à grimper solidement. Tout à coup, je sens comme une aiguille se planter dans mon dos: une mouche tsétsé. Puis 2, puis 20 et puis 100.

Nous mettons plus de 5 heures à parcourir les 50 km qui séparent Kwamtoro du prochain village. Même lorsque nous devons pousser nos vélos dans le sable nous n’avons pas de main libre pour chasser les 50 mouches tsétsé qui se sont tranquillement installées dans notre dos et qui nous sucent le sang. Leurs piqûres font vraiment mal! En plus de cela, il fait particulièrement chaud et nous sommes complètement déshydratés lorsque nous arrivons enfin à Kondoa après une journée de plus de 8 heures. C’était de loin la pire journée de vélo que nous ayons jamais eue mais on se dit que finalement, les choses auraient pu être bien pires si les gros félins dont nous avons suivi les traces sur tout le chemin avaient décidés de venir nous dire bonjour…

Nous nous remettions de nos émotions à Kondoa lorsque nous sommes gentiment invités par un couple de missionnaires américains à venir partager des pizzas avec quelques volontaires du Peace Corps. Cela ne se refuse pas. Depuis lors, nous avons été régulièrement amenés à découvrir la solidarité de la communauté blanche en Tanzanie qui mène parfois à de drôles de situations. Comme celle-ci où se retrouvaient autour de la même table des Républicains conservateurs et religieux avec des Démocrates libéraux et athées. Il ne fait pas bon parler de politique mais heureusement, il y a un sujet commun: les Tanzaniens, dont décidément, il est impossible de comprendre les mœurs…

Cette nuit-là, on nous raconte des histoires d’horreur sur le frère du cousin de l’ami du voisin d’untel qui a été piqué par des mouches tsétsé et qui en est mort. Mort de cette fameuse maladie du sommeil qui a empêchée depuis la nuit des temps les Africains de reprendre de la précieuse terre aux mouches tsétsé. Nous téléphonons à la famille de Dave qui nous conseille d’aller voir un médecin pour faire le test. Evidemment, c’est un conseil prudent émanant de médecins New-Yorkais qui en plus se trouvent être nos parents…

Nous partons donc en bus pour Arusha. Ce voyage en bus (10 heures pour couvrir 210 km avec en plus 2 heures de panne à 15 km du point de départ) augmente de 50% la probabilité qu’on doive voir un médecin à Arusha. Lorsqu’on va à l’hôpital, le médecin se moque de nous. Certes, il y a un risque mais il est minime et de toute façon il faut attendre 15 jours avant de pouvoir faire un test.

Nous voilà donc à Arusha, pour rien. Heureusement, nous avons le flair d’aller visiter un marchand de vin et de fromages français, juste pour le plaisir des yeux. Nous y passons  une après-midi où le vin coule à flots avec les Français les plus sympa du monde et repartons avec un camembert sous le bras. Un vrai bonheur !

Nous en profitons aussi pour nous rendre au pied du Kilimanjaro. Même si nous ne voyons pas beaucoup de neige au sommet, il est très impressionnant de voir le plus haut sommet d’Afrique s’élever à presque 6000 mètres au beau milieu d’une plaine.

DSC01598Retour à Kondoa d’où nous repartons pour Dar es Salaam via une piste qui traverse la steppe Maasai. Les Maasai sont légendaires dans le monde entier. C’est probablement la seule tribu que tout le monde connaisse. Dans l’imaginaire occidental, ils représentent “les vrais africains”. Tous les gardiens des endroits pour blancs en Afrique de l’Est sont Maasai.

Notre envie de voir des Maasai a évolué avec le temps. Il y a quatre mois, nous avions bien vu qu’une grande majorité des Africains ne vit plus ni en tribu ni en vêtements traditionnels. Au contraire, la plupart des gens essaient de vivre une vie à l’occidentale avec moins de 2 $ par jour. Nous ne voyions pas l’intérêt d’aller voir des Maasai vu qu’ils ne représentent qu’une minorité. (il faut généralement payer pour les voir “vivre dans leur village” dans un parc national. De là à dire qu’il s’agit d’un safari humain, il n’y a qu’un pas).

Aujourd’hui, après quatre mois où nous avons vu à quel point 400 ans d’esclavage, 70 ans de colonialisme et 50 ans de néocolonialisme humanitaire ont détruit quasiment tout ce qui était Africain, nous avons changé d’avis. Nous sommes assez fascinés par ce peuple qui a décidé de continuer de mener une vie  pastorale au milieu de nulle part. Bien sûr, ils ont fait des concessions à la modernité et il est assez génial de voir un Maasai drapé dans les tissus traditionnels et couverts de bijoux sortir de sa poche près de son couteau traditionnel un blackberry ou de conduire une moto ou de voir des Maasai tranquillement assis sur la table d’une terrasse en train de déguster un Nescafé.

Comme beaucoup d’observateurs étrangers, nous sommes alarmés de voir à quel point les Africains n’ont aucune fierté d’être africains et à quel point très peu de savoir ancestral a été conservé. Ainsi, beaucoup d’Africains préfèrent payer des médicaments chers et vilains (qui sont d’ailleurs souvent des faux!) plutôt que d’aller cueillir la plante médicinale à base de laquelle ce médicament a été fait dans leur jardin. Ils n’ont pas confiance dans le savoir et la sagesse de l’Afrique et pensent que tout ce qui est occidental est génial.

Bref, voyager à vélo avec les Maasai nous fait voir un autre côté de l’Afrique de l’Est.

DSC01612Et puis, il y a le soir où nous sommes arrivés à Korodiga que notre carte avait présenté comme étant un bourg. Il s’agit en fait d’un tout petit village. Heureusement nous dit-on, il y a une guesthouse derrière le café du coin.  Nous attendons son propriétaire pendant 2 heures car il était parti à la ville. Lorsqu’il revient, il est complètement saoul.  Il rentre vite dans une petite pièce avec des  draps et puis il nous dit qu’on peut dormir là. En fait, il s’agit de sa chambre qui fait 4 mètres carrés et qui est pleine de mégots, de cadavres de bouteilles et de vêtements sales. Sur le sol à 20 cm du lit, gît une grenouille desséchée. Des nids d’insectes envahissent les murs mais les toilettes sont relativement propres (le fait qu’il n’y ait pas de toit y contribue).

On décide donc de rester après avoir négocié un prix raisonnable. Nous finissons même par nous dire, que finalement ce n’est pas si terrible que ça. Lorsque nous éteignons la lumière, nous entendons des bruits sur le toit en fer ondulé. Dave me dit de ne pas m’inquiéter, que l’animal est dehors. Voyant une ombre assez grosse passer au dessus de la porte (le toit est posé sur les murs, laissant un espace assez important entre les deux), j’allume la lumière. Je découvre avec horreur 3 gros rats qui nous regardent du haut de la charpente, juste au-dessus de nos têtes. J’explique à Dave que je ne peux pas dormir dans ces conditions. Lui, il s’en fout un peu, il dort déjà. Bon, après 20 minutes de veille, je me rends compte que cela ne sert à rien, qu’il n’est que 22h30 et qu’il ne fera pas jour avant 6h00. Je me recouche et je me rendors un peu. Lorsque le bruit des rats me réveillent, je rallume ma lumière juste pour checker qu’ils ne sont pas prêts à nous sauter dessus même s’ils sont à chaque fois juste au-dessus de nos têtes. Vers 3 heures, Dave m’annonce que les rats ne sont plus au-dessus de nous. Quel soulagement ! La mauvaise nouvelle c’est qu’ils sont en-dessous du lit. Il est trop tôt pour partir. On se rendort avec la lumière allumée. On a à nouveau passé une mauvaise nuit…

Après ça, nous sommes assez fatigués physiquement, nous carburons et faisons même une journée de 130 km dont la moitié sur piste de sable pour arriver le plus rapidement possible à Bagamoyo, petite ville sur la côte à une journée de vélo de Dar es Salaam.

Nous prenons deux jours à Bagamoyo qui devait être une très jolie ville à l’époque et qui est déjà très différente de ce que nous avons vu jusqu’à présent. Nous profitons de la plage de sable blancs avec cocotiers et nous mangeons dans un restaurant français pour fêter mon 28ième anniversaire . Nous attendons Dar pour pouvoir fêter notre deuxième anniversaire de mariage.

Nous sommes arrivés en pleine forme à Dar es Salaam il y a une semaine. Nico, notre ami qui travaille pour la CTB (coopération belge) nous a gentiment ouvert les portes de son appartement et nous avons commencé à travailler avec l’équipe d’ATD Quart Monde.

Le programme maintenant est de rester encore 2 semaines à Dar pour travailler avec ATD et puis d’aller visiter Zanzibar avant de prendre le train pour Mbeya, notre destination première, qui est à une journée à vélo du Malawi.

Nous essaierons de mettre notre site à jour prochainement et nous sommes désolés pour le nombre de semaines qui séparent nos updates – qui sont du coup beaucoup trop longs!- mais il est extrêmement difficile de trouver une connexion internet ici. Désolée donc et je vous remercie de m’avoir lue jusqu’ici. Merci aussi à tous ceux qui nous envoient des messages de soutien, chaque mot nous pousse à pédaler plus fort. Merci mille fois!

()

(Practical information for cyclists available here)

IMG_5122

Le Rwanda

Par admin, 30 March 2010 1:06

(Photos disponibles ici)

(Des infos pratiques pour les cyclistes disponibles ici)

Lorsque nous avons quitté Kabale en Ouganda, nous étions particulièrement impatients de découvrir un nouveau pays. Nous avions déjà quelques idées sur la situation actuelle au Rwanda car nous avions lu plusieurs livres sur le génocide et le post-génocide et nous avions beaucoup discuté avec Charles, mon ancien collègue.  Charles a dû fuir son pays en avril 1994 et vit en Belgique depuis lors où il travaille comme avocat et prof d’université. Il est un sage parmi les sages et a été pour nous une source d’informations précieuses sur le Rwanda.

DSC01460Nous n’étions donc pas complètement ignorants lorsque nous y sommes entrés. Ainsi, nous savions déjà que les Belges n’y étaient pas les bienvenus et que les Américains sont les grands amis du gouvernement. Je paie 60 $ pour un visa de 15 jours. Dave quant à lui rentre gratuitement pour 90 jours.

On peut les comprendre: au Rwanda comme au Congo, le colonisateur belge a importé sa petite mentalité de tribaliste primaire. Partout où il a été, le Belge a pris soin de monter une ethnie contre une autre créant ainsi des divisions qui continuent d’avoir des conséquences mortelles aujourd’hui dans les deux pays. Ce qui est du pain béni pour le gouvernement Rwandais dont la version officielle de l’histoire du Rwanda consiste à dire que tout est de la faute des belges et qu’il est évident que les Hutus et les Tutsis auraient pu vivre en paix si les belges n’étaient pas venus. D’ailleurs, aujourd’hui il n’y a plus que des Rwandais. Pas de Hutus, ni de Tutsis. Mais malheur au Hutu qui prend un peu trop de pouvoir ou de place. Un accident de voiture est vite arrivé…

DSC01464Étonnamment, tout le monde nous a abordé en anglais dès notre entrée. En effet, il y a un an de cela, Kagame a fait de l’Anglais la deuxième langue nationale (après le Kinyarwanda que tout le monde parle). Le Rwanda est aussi entré dans le Commonwealth par la même occasion.  Alors qu’il n’y a qu’un pourcentage minime de la population qui parle anglais, même les villageois nous adressent la parole en anglais. Bien sûr, ils ne connaissent qu’une phrase ou deux mais la rapidité avec laquelle la population a adopté l’Anglais laisse à penser qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond…Nous avions la vague impression de commettre un délit lorsque nous parlions Français.

Les paysages rwandais ne sont pas fort différents de ceux de l’Ouganda: des plantations de bananiers succèdent aux plantations d’eucalyptus (nous n’avons pas vu d’autres espèces d’arbres), les villages sont construits au sommet des montagnes et les vallées sont couvertes par des plantations de thé.

Comme le Sud-Ouest de l’Ouganda, le Rwanda est surpeuplé. Il y a une densité de population de 394 habitants par km2. Il y a des villages et des gens partout. Lorsque nous arrivons à Kigali nous sommes déjà – ou encore-  épuisés moralement et prêts à prendre quelques jours de break. Heureusement, via le site de couchsurfing, nous tombons sur Nicolas, un instituteur belge vivant à Kigali et sa compagne Blandine, d’origine Congolaise, qui a grandi au Burundi.  Une fille très impressionnante qui ne compte plus le nombre de guerre qu’elle a vécue. Très chaleureusement, Nico et Blandine nous ouvrent les portes de leur maison. Ils partagent les vues de Charles (et d’autres encore) sur le Rwanda et nous apprenons beaucoup de choses sur la vie à Kigali.

DSC01465La ville de Kigali est différente des autres villes d’Afrique de l’Est que nous ayons vu jusqu’à présent. Elle est très propre, routes pavées, énormes rond-points fleuris, trafic fluide avec des feux tricolores et des passages pour piétons. Ceci amène certains coopérants à se plaindre de Kigali parce que n’étant pas assez chaotique à leur goût, elle n’est pas vraiment africaine…Il vaut mieux entendre cela que d’être sourd.

Un samedi matin par mois, tous les gens de Kigali doivent nettoyer la ville; les chauffeurs de moto-taxis ont un numéro de matricule, ne peuvent prendre qu’un seul passager à la fois et les deux doivent porter un casque (il faut avoir vu Kampala pour vraiment comprendre ce que cela veut dire), les vélos sont interdits d’accès au centre-ville (personne ne nous a rien dit cependant),  il y a du wifi partout et je ne serais pas étonnée d’apprendre qu’il y a une loi contre le bruit. La ville est un peu trop calme…

Évidemment, les dollars du contribuable américain ont largement  contribué au développement de la ville.  Heureusement pour Kagame, ce contribuable vit dans l’ignorance et si par hasard, il devait commencer à s’intéresser au Rwanda, il y a toujours le film “Hotel Rwanda” pour répondre à ses questions (mais il est invité à ne pas chercher plus loin).

Nous sommes restés 5 jours chez Nico et Blandine et nous nous sentions complètement déprimés. Nous ne savions pas très bien pourquoi mais nous n’avions plus très envie de faire du vélo au Rwanda ni même en Afrique en général.

Evidemment, aller visiter le mémorial pour le génocide à ce moment-là ne nous a pas beaucoup aidé.

A l’horreur indescriptible de cet événement s’ajoute l’affront de la version officielle de l’histoire du Rwanda que le touriste ignorant est censé avaler. Ainsi, il n’y a pas un mot sur le Burundi où des massacres de Hutus ont été menés par des milices Tutsis, où le Président Hutu a été assassiné quelques mois avant avril 1994, il n’y a pas un mot sur le Congo où Kagame et ses amis (notamment ce cher Museveni, président à vie de l’Ouganda) ont initié la plus grande guerre que l’Afrique ait jamais connue, provoquant ainsi la mort de 3 à 4 millions de personnes (les chiffres sont encore âprement discutés mais c’est ENORME). Tout ceci sous couvert notamment de lutte contre les interahamwe (milice Hutu largement responsable des monstruosités de 1994). A son paroxysme, la guerre impliquait huit pays africains qui ont allègrement pillé le Congo. Mais les Occidentaux n’ont pas perdu le Nord, rassurez-vous, et ils ont contribué directement ou indirectement au pillage comme les autres en soutenant telle ou telle milice.

DSC01472Il est évidemment embêtant que les Congolais aient justement décidé de vivre sur nos réserves de matières premières.

Nous avons contemplé l’idée de faire du vélo au Congo (au Katanga) mais il paraît que le Congo est dans un tel état de destruction qu’il est impossible d’y aller sans risquer une arrestation ou pire. Pas de Congo donc même si en tant qu’arrière-petite-fille d’un colonisateur belge, je me sens l’obligation (et l’envie) d’aller payer mes respects à ce peuple qui a tant souffert pour le bien-être de pays étrangers.

Donc, lorsque nous sommes sortis du mémorial de Kigali, nous nous sommes rendus compte que nous en savions un peu trop sur le régime actuel au Rwanda que pour rentrer dans notre rôle de touriste modèle. Nous étions censés payer 500 $ (qui vont directement dans les caisses de cette dictature militaire) pour aller s’extasier sur les gorilles et puis visiter mémorial sur mémorial. Il y a notamment un mémorial assez particulier: il s’agit d’une école où tous les corps des élèves massacrés en 1994 ont été conservés et remis derrière leurs pupitres. Dans une culture où les gens se saignent aux quatre veines pour enterrer leurs morts, un tel mémorial est particulièrement choquant.

Sombrant de plus en plus dans la déprime, nous avons décidé de quitter le Rwanda plus tôt que prévu et de laisser tomber le Burundi (qui est cher et relativement unsafe surtout à l’approche des élections) pour filer tout droit sur la Tanzanie.

DSC01547Nous avons appris par la suite que notre malaise à Kigali n’était pas si injustifié que cela car il y a eu 3 attentats à la grenade la semaine après notre départ. Sarkozy est venu rendre visite à Kagame pour présenter les excuses officielles de la France pour son comportement durant le génocide. Les Français voudraient comme les autres pouvoir participer plus facilement au pillage meurtrier du Congo.

Que voulez-vous, le monde a besoin de ses téléphones et  de ses ordinateurs portables, de ses bijoux et de son pétrole.

C’est ça le progrès. Et tant pis s’il y a des Africains qui en meurent.

()

L’Ouganda

Par admin, 14 February 2010 10:37

DSC01218(Photos pour l’Ouganda disponible ici)

(Des infos pratiques pour les cyclistes sont disponibles ici)

Six semaines en Ouganda. Six semaines où chaque jour nous a apporté son lot de bonheur et de découvertes mais aussi de frustration et de colère.

En rédigeant nos récits, Dave et moi nous sommes rendus compte qu’ils étaient très sérieux. Nous présentons déjà nos excuses à ceux qui voulaient y trouver des blagues mais voilà, nos récits sont à l’image de notre voyage en Afrique: intense, excessivement éducatif mais vraiment difficile. Merci déjà aux courageux qui me liront jusqu’au bout. N’hésitez pas à nous laisser un commentaire ou à poser des questions.

Après notre petit séjour à Kisumu, nous avons rapidement rejoint la ville-frontière de Busia.  Traverser une frontière est l’un de mes moments préférés lorsqu’on voyage à vélo. Plus qu’un concept administratif, traverser une frontière permet de passer dans un nouveau monde. La première chose qui frappe en arrivant en Ouganda, c’est la verdure. Chaque petite maison a sa petite parcelle plantée de bananiers, de manioc, de haricots, de pommes de terre douces et parfois de vieux arbres.

En rejoignant Kampala via Jinja, nous sommes frappés par la beauté des collines verdoyantes parsemées d’énormes arbres. Nous passons aussi par des petits bouts de forêt tropicale. L’accueil sympathique que nous réserve la population locale nous permet de passer outre la chaleur étouffante et la succession infinie de collines. Les enfants chantent des chansons du genre “Mzungu, Bye, Mzungu Bye” en frappant dans les mains le long de la route tandis que les adultes nous saluent avec un sourire.

Jinja et Kampala sont des villes relaxantes et (sur)développées à l’occidentale. Personne ne semble remarquer notre présence dans les rues. Les communautés indiennes (l’upper middle class de l’Afrique de l’Est), d’expats et les Ougandais semblent vivre en harmonie. Pourtant les choses ne sont pas simples ici: l’autorité du gouvernement ougandais et de son Président Museveni, au pouvoir depuis 24 ans, sont notamment remises en cause par le Roi du Buganda (un des royaumes pré coloniaux restaurés en 1993 sans délimitation claire de leur pouvoir). Le Roi (Kabaka) a appelé tous les Baganda (une grosse partie de la population dans le centre du pays) a contester le pouvoir en place.

Lors de notre séjour à Kampala,  une manifestation non-violente de femmes issues de tous les partis politiques est dispersée de manière très violente. Evidemment, les mouvements pro-démocratiques en Afrique font rarement la une des journaux chez nous. La BBC a préféré parler du divorce de Brangelina plutôt que de ces femmes courageuses mais anonymes. Les élections de 2011 s’annoncent dès lors houleuses, d’autant plus que l’Ouganda a une position stratégique dans la région (accès direct au Congo et ses minéraux). Ceci dit, Kampala est une ville très sûre, à mille lieues de Nairobi ou de Johannesbourg, et nous en profitons pour manger la meilleure nourriture indienne de notre vie!

Nous avons également décidé de changer notre rythme à vélo. Plutôt que de choisir une destination à l’avance et de pédaler coûte que coûte pour l’atteindre, nous décidons de pédaler 5 heures par jour et de nous arrêter là où nous serons parvenus. Nous décidons également de ne plus utiliser les routes en macadams car les chauffeurs ougandais sont parmi les plus dangereux d’Afrique et les accidents mortels sont très fréquents.DSC01304

Ainsi, dès notre sortie de Kampala, nous empruntons une petite route en terre battue jusqu’à Masindi, au Nord du Lac Albert. Ce trajet nous permet de découvrir la vie des villageois qui vivent d’agriculture vivrière. Nous passons une merveilleuse soirée en compagnie de John et de sa famille quelque part à 75 km de Kampala. Lorsque nous nous arrêtons devant sa modeste propriété après 5 heures de vélo, il nous accueille comme s’il avait attendu notre visite toute la journée. Après avoir planté la tente devant sa maison, nous partageons un repas frugal avec eux. Il remercie Dieu d’avoir amené les wazungu chez lui et il prévient tous les voisins qui viennent nous saluer en cours de soirée. Leur accueil me fait tellement chaud au cœur que j’en ai les larmes aux yeux lorsque tout ce petit monde revient pour nous saluer le lendemain matin.

Notre nouveau rythme nous donne aussi la possibilité de faire du camping sauvage dans le bush ou de planter la tente dans le jardin d’un petit dispensaire perdu dans les montagnes.

Masindi et Hoima sont de petites villes tranquilles qui nous permettent de nous laver et de nous ravitailler.

Après Hoima, nous reprenons la route vers Fort Portal. Un jour, faute de carte précise, nous nous perdons et nous atterrissons au bord du magnifique Lac Albert qui marque la frontière entre la RDC et l’Ouganda. Un sentiment particulier nous envahit lorsque nous voyons les Monts Bleus du Congo de l’autre côté du lac. Godwyn, un jeune ougandais de 23 ans et ingénieur mécanique de formation, nous accueille dans le camping dont il est le manager qui reçoit en moyenne deux visiteurs par mois. La plus grande partie des revenus provient de la vente de bière aux soldats qui vivent dans un camp fait de huttes en terre 600 mètres plus loin. Il est ravi de nous voir et nous emmène faire un tour dans le village de pêcheurs congolais situé au bas de la colline. Il nous explique notamment que du pétrole a été découvert récemment sous le lac et que ce sont des wazungu qui l’exploitent. Nous passons à nouveau une soirée très spéciale, une de celle qui ne peut arriver que lorsque l’on voyage à vélo.

Quelques jours de plus sur des chemins de sable, de terre ou de boue qui nous amènent de petits villages en petits villages, nous donnent l’envie de prendre une bonne pause. A notre sentiment de fatigue physique s’ajoute une fatigue mentale assez importante. En effet, depuis que nous avons quitté Masindi, les réactions de la population locale lors de notre passage ou des nos pauses deviennent souvent moqueuses, racistes, méprisantes et parfois même agressives. De plus en plus de personnes crient “Mzungu, give me money!” sur un ton très autoritaire. Lorsque nous nous arrêtons dans les commerces pour acheter quelque chose ou dans des petits restaurants (appelés hotel) le long de la route, les commerçants ne cachent pas leur mécontentement de servir un mzungu ou bien ils tentent de nous arnaquer en demandant le double du prix. A plusieurs reprises, lorsque nous voulons nous arrêter pour une pause soda, un homme du village vient vers nous en disant “What are you doing here? What do you want?”, ce qui ne manque jamais de nous pousser à repartir rapidement. Contrairement à notre expérience au Kenya, nous sommes amenés ici à rechercher la compagnie d’autres wazungu.

Nous arrivons donc à Fort Portal exténués et pressés d’obtenir un mot d’explication. Nous avons la chance de faire du couchsurfing chez un couple Gantois charmant, Tom et Katleen, qui vivent en Ouganda depuis plus d’un an avec leur fille Lim, 2 ans. Katleen, avec sa formation en agriculture bio (en biodynamie particulièrement) travaille avec une ONG belge sur un projet de ferme bio de démonstration. Tom fait du volontariat pour le jardin botanique de Tooro.

Katleen est devenue très cynique depuis qu’elle est arrivée ici. Elle explique qu’elle imaginait arriver en Ouganda et qu’elle pourrait vraiment découvrir la culture ougandaise et avoir des amis ougandais. Aujourd’hui, elle se rend compte qu’elle passe la majorité de son temps libre avec les autres expats.

Comme nous, elle se sent coincée dans son rôle de mzungu. Il est impossible d’y échapper: les Ougandais ont une image très précise de ce que doit être un mzungu: c’est un blanc, très riche qui roule en 4×4 et qui vient en Ouganda pour donner de l’argent/des sparadraps/des livres/etc. Mise à part notre couleur de peau, nous ne rencontrons pas ces critères et nous nous attirons le mépris et les moqueries de beaucoup de gens ici (Attention, comme pour toute généralisation, il existe beaucoup d’exceptions. Nous avons rencontré un tas de gens sympas, ouverts et curieux).

Bref, plusieurs semaines de vélo dans cette partie de l’Ouganda nous ont permis de comprendre à quel point le racisme peut entamer le moral. Parfois, Dave et moi rigolons en nous imaginant nous asseoir au coin d’une rue à Manhattan et de crier “Hé, homme Noir, comment vas-tu?” et de spéculer sur nos chances de survie.

Après avoir pu parler tout notre saoul avec Tom et Katleen et de rire un peu de tout ceci, nous sommes retournés à Kampala pour obtenir une extension de notre visa. Nous en profitons pour prendre le bus jusqu’à Ssanje, dans la province de Rakai à 30 km de la frontière tanzanienne où nous allons voir un projet de permaculture qui est en lien avec une école primaire. Le design a été fait par un jeune couple d’Australiens, Dan Palmer et Amanda Cuyler, et est implémenté avec l’aide d’étudiants ougandais de l’école d’agriculture du coin.

Rico, un volontaire américain qui enseigne dans l’école, nous explique que bien souvent les légumes qui poussent – en abondance- ici pourrissent car les Ougandais – comme la plupart des autres êtres humains- ne veulent pas manger les légumes qu’ils ne connaissent pas. Amanda explique aussi qu’il y a un manque d’intégration du personnel de l’école dans le projet et que c’est maintenant la priorité de l’ONG américaine commanditaire du projet.

Tout ceci met en perspective la coopération au développement et le travail des ONG sur le terrain.  Nous n’avons rencontré que des coopérants (au Congo, au Kenya ou en Ouganda) qui ne croient pas trop à l’efficacité de leur travail ni même à l’utilité de l’aide au développement (l’aide des ONG. L’aide bilatérale -magistralement critiquée par Dambisa MOYO dans son livre “Aide fatale”- est selon l’avis d’une coopérante expérimentée “manifestement mauvaise”).

Bien sûr, il est toujours délicat de cracher dans la soupe et personne ne veut le dire trop haut ni trop  fort. Après tout, comme nous l’explique Tom, des tas de coopérants vivent des vies de luxe dans les pays en voie de développement. Ainsi, ils paient des loyers dérisoires pour des villas avec personnel, ils ont des salaires très importants (souvent plus importants que ceux qu’ils recevraient dans leur pays d’origine) et ils vivent bien dans des régions qui sont souvent assez paradisiaques (pour ceux qui ont de l’argent).

Les ONG ont aussi pour effet de créer une nouvelle classe moyenne composée des employés locaux. Souvent les coopérants étrangers idéalistes sont affolés de voir que ces recrues ont plus l’envie de s’enrichir elles-mêmes que de se soucier des souffrances de leurs compatriotes. Cette attitude trop humaine est souvent la cause de malentendus entre les Ougandais et les coopérants blancs. Ceci couplé au fait qu’un mzungu sera toujours un mzungu, qu’il doit être le boss ou celui qui détient le savoir/l’argent/le matériel empêche une collaboration entre individus égaux.  Et puis, comme partout,  la charité maintient le statu quo tout en soulageant la conscience des riches qui ne remettent jamais en question leur mode de vie. Tant qu’il n’y aura pas de changement systémique, l’efficacité de l’aide reste à prouver.

Enfin, notre voyage à Rakaï nous permet aussi de rencontrer Eric, un français et conférencier que nous avons écouté lors du premier festival de permaculture en France cet été. Il est venu suivre le cours de design en permaculture à Ssanje et fait le tour d’autres projets en Afrique de l’Est. Rencontrer un homme comme Eric est une chance. Mathématicien de formation, il s’intéresse très fort à l’environnement et décide de modifier radicalement son mode de vie: il mange cru et s’installe sur un terrain où il plante une forêt comestible. Il y vit pendant dix ans avec sa compagne. Passionné de botanique, il nous apprend mille et une choses utiles sur les plantes et les arbres de la région. Il est une sorte de génie qui a 20 ans d’avance sur le reste du monde. A l’instar d’Eric, nous décidons donc de devenir des guerilla gardeners: dorénavant, nous plantons tous les noyaux des fruits que nous mangeons.

Pendant notre séjour à Rakaï, je tombe malade: fièvre, nausée, maux de tête,maux de ventre. On me dit que c’est probablement la malaria. Je me rends alors au centre médical du coin où un homme (qui dans ma tête est un médecin) me reçoit. J’apprends par la suite que les compagnies pharmaceutiques forment vaguement des gens à recevoir les malades dans les centres médicaux avec pour but de ne jamais laisser sortir un patient sans médicaments). Il ressort du test de la grosse goutte que j’ai la malaria. Il refuse de me laisser partir sans que je passe 8 heures sous perfusion de quinine. Je refuse catégoriquement et il finit par me donner un médicament indien fait à base d’arthémisine.

Je passe une journée à dormir et le surlendemain je me sens assez en forme pour faire le trajet de 4 heures en bus jusqu’à Kampala.

Là, je me rends à l’hôpital “The Surgery” tenu par le Docteur Stockley, un britannique d’une cinquantaine d’années sorti tout droit d’un roman de Chinua Achebe ou de Graham Greene. Il me tient un discours de 30 minutes dans lequel il m’explique que je n’ai jamais eu la malaria, que “ces gens sont incapables de reconnaître les parasites de la malaria lorsqu’ils les voient dans un microscope”, qu”ils n’apprendront jamais”, que dans le langage local Malaria veut dire fièvre et que 95% des ougandais diagnostiqués avec la malaria ne l’ont pas et que cela est vrai pour 99% des wazungu.

Lorsque nous lui demandons pourquoi ces difficultés, il explique que le problème fondamental est que depuis leur première primaire les ougandais vont à l’école en Anglais (langue que peu de gens maîtrise ici même s’il s’agit de la langue nationale) et qu’ils apprennent les choses par cœur dans des manuels dignes des écoles britanniques dans les années 1950 (ceci nous a été confirmé à deux reprises par la suite). A l’université les médecins apprennent que la malaria cause de la fièvre et donc que ce qui cause la fièvre est la malaria. C’est une erreur de logique assez basique mais les ministres de l’éducation ne se soucient pas trop d’enseigner l’esprit critique ici.

Il dit qu’il y a bien évidemment des exceptions, des hommes et des femmes particulièrement intelligents qui parviennent à s’élever malgré le système.  Il termine en me disant que si je restais quelques années de plus en Ouganda, je deviendrais aussi cynique que lui.

Non merci.

Remise de ma fausse malaria, j’apprends le décès d’Adrien, mon parrain et ami. La nouvelle est vraiment douloureuse et nous mettons plusieurs jours à nous en remettre. La distance m’est très pénible pendant ces quelques jours. Parallèlement, Dave est devenu l’oncle d’un petit Charles. Nous sommes loin mais la vie suit son cours.

DSC01438Enfin, nous décidons qu’il est temps de nous remettre en route après 10 jours sans vélo. Nous voulons maintenant rejoindre le Rwanda en traversant le sud-ouest de l’Ouganda.

Il faut savoir que voyager en Afrique de l’Est avec un budget comme le nôtre est un véritable challenge. En effet, particulièrement en Ouganda, tout se paie, et en dollars s’il-vous-plaît. Il y a un véritable tourisme de luxe qui fait grimper les prix de manière assez incroyable (nous sommes frappés par le peu de voyageurs indépendants ici). Une journée dans un parc national ou réserve naturelle revient vite à 120$ par personne. L’exemple typique de ce genre de tourisme, est la visite des gorilles de montagne dans la forêt impénétrable de Bwindi: un permis coûte 500$. En comptant le guide, l’entrée du parc et le logement, la plupart des touristes sont prêts à payer 750$ pour voir une famille de gorilles pendant 1 heure…

Si nous avions caressé l’idée de voir les gorilles lorsque nous préparions ce voyage, nous avons vite réalisé que la meilleure façon de respecter notre budget de 10 euros par jour et par personne est de camper ou de loger dans des guesthouses et de cuisiner notre nourriture ou de manger local. Il est hors de question de payer la moindre entrée pour un parc national.

Heureusement pour les cyclotouristes, en Ouganda, il y a toujours une route publique qui traverse le parc. Nous décidons donc de traverser Kibale Forest, une forêt tropicale pleine de chimpanzées, le parc national Queen Elizabeth et la forêt impénétrable de Bwindi.

La route a travers Kibale Forest est très jolie mais nous ne voyons aucun chimpanzées.

Nous empruntons ensuite la route qui traverse le Parc National Queen Elizabeth où nous espérons voir des éléphants et les lions grimpeurs d’arbres (une exclusivité de la région). Après 10 kilomètres, je vois “mes” deux premiers éléphants le long de la route. Le temps que Dave me rejoigne, ils se sont enfuis. Ensuite, nous faisons 60 km où nous voyons genre 1 buffle (ce qui est absurde pour un animal vivant en troupeau) et 1 mouche tsétsé. Nous sommes très déçus de ne pas voir plus d’éléphants. Soudain, 2 km avant la sortie du parc un éléphant grogne à 3 mètres de nous. Nous nous regardons en stupeur et puis il s’en va. Un peu plus loin, nous voyons deux éléphants se baigner dans la rivière. Ce sont des moments magiques lorsqu’on voyage à vélo.

Ravis de nos aventures d’explorateurs, nous arrivons dans un petit camping paradisiaque juste à la sortie du parc où nous rencontrons Michael, clairement le genre de gars exceptionnel dont nous avait parlé le médecin à Kampala. Michael, 27 ans, était prof d’histoire en secondaire. Dégoûté de l’enseignement parce qu’il ne parvenait pas à joindre les deux bouts en fin de mois, il devient manager de ce petit camping au milieu de nulle part à 500 km de Kampala, sa ville d’origine. Eu égard au contexte général que je vous expliquais plus haut, notre rencontre avec Michael nous fait un bien fou et nous rappelle les rencontres fantastiques que nous avions faites au Kenya.

Il propose de nous amener au mariage d’un de ses employés. Il y a toujours une fête lorsque la mariée arrive en sa nouvelle demeure. Cela devait être à 19h00. Nous acceptons avec grand plaisir mais nous sommes un peu gênés d’arriver ainsi sans invitation officielle. Qu’à cela ne tienne: nous sommes accueillis en héros et assis à côté du beau-père d’abord et des mariés ensuite. La petite tente faite de vieilles bâches du UNHCR (le Congo n’est pas loin) abrite plusieurs dizaines d’invités. On nous offre du coca et puis du riz, du mil et de la viande de chèvre. A 22h, après avoir eu un léger accident de moto (LE mode de transport local, appelé boda-boda), la mariée arrive.

Bizarrement, rien ne se passe. Michael va voir et découvre que les parents de la mariée refuse que le mariage soit célébré si une somme supplémentaire de 30.000 shillings (l’équivalent d’un petit salaire mensuel, soit 12euros) n’est pas versée. Marius, le marié, affolé dit qu’il n’a pas cette somme. Michael, en tant que personne avec le plus haut statut dans tout le village (tout le monde l’appelle “Manager”) se doit d’entamer les négociations. Les parents sont inflexibles. Michael finit par dire qu’il paiera cette somme lui-même dès le lendemain. C’est assez symptomatique de notre monde malade que dans une même région, des mariages peuvent être annulés pour 12 euros alors que d’autres gens trouvent normal de payer 500$ pour voir un animal pendant une heure. Nous étions ravis de verser ces 12 euros au généreux Michael.

La cérémonie a donc pu commencer. Les parents, beaux-parents et grands-parents font des discours. Nous nous rendons compte de la toute relativité des règles de politesse lorsque le père du marié décroche son téléphone portable au moment où il se levait pour faire son discours alors qu’en même temps, il lui est parfaitement interdit de s’asseoir près de la mariée (grand tabou). Le père a aussi longuement expliqué la connexion entre les wazungu présents pour l’occasion et son fils Marius (que nous n’avions jamais vu). Quoiqu’il en soit, il était intéressant d’être propulsé du statut de sale blanc au statut de mzungu superstar le temps d’une soirée.

Par la suite nous pédalons à travers la forêt impénétrable de Bwindi. Nous sommes tombés amoureux  des forêts tropicales . C’est absolument magique de se trouver au milieu de l’écosystème le plus complexe, le plus parfait et le plus diversifié au monde. Il est impossible d’en prendre une photo digne de ce nom et il est impossible de décrire à quel point la Vie y règne en maître. Nous y sommes tout minuscules, tout insignifiants et puis nous nous sentons faire partie d’un grand tout qui nous dépasse complètement. De grands moments de bonheur intense.

Bwindi se trouve dans des montagnes dont l’altitude varie entre 2000 et 3000 mètres. Le premier jour, nous montons pendant plus de 15 km sur une route sableuse pour découvrir lors de notre pause au sommet qu’un des sacs de Dave, celui contenant notre précieuse tente, s’était détaché en cours de route. Catastrophe! Nous descendons en triple vitesse en demandant à tout le monde s’ils ont vu notre sac. Nous nous rendons compte que mise à part la légendaire phrase locale “Mzungu give me money!”, absolument personne ne parle Anglais. Nous arrivons désespérés au village où nous nous étions arrêtés pour lunch. Là, un vieil homme nous dit qu’il a trouvé le sac et qu’il l’a déposé au commissariat. Soulagés, nous payons les 4 euros qu’il demande en récompense avec beaucoup de plaisir. Quelle chance!!!

Le lendemain, nous remontons les 15 km de montée pour découvrir qu’en fait ils sont suivis de 15 autres km de montée que nous parcourons sous la pluie, sur des routes boueuses, poursuivis par des hordes d’enfants tendant la main et criant “mzungu, give me money” qui s’accrochent aux sacs ou crient encore plus fort (il faut dire que nous faisons du 6 km de moyenne en montée à ce moment-là et que les enfants marchent à côté de nous). Parfois, nous sommes poursuivis par les adultes, d’autres fois ils se contentent de crier des insultes dans leur langue.

Nous étions fascinés de constater que l’attitude des gens à notre égard s’était particulièrement empirée depuis que nous nous trouvions sur la route vers Bwindi. Il est évident que les Ougandais savent ce que les blancs sont prêts à payer pour voir les animaux envers lesquels ils doivent se défendre (les éléphants et les gorilles causent d’énormes dégâts dans les champs des villageois avec toutes les conséquences financières que cela implique même si un fond gouvernemental existe quelque part à Kampala pour eux) et qu’il est donc parfaitement normal qu’ils demandent leur part.

Il nous a semblé aussi que les touristes, souhaitant probablement s’acheter une bonne conscience, distribuent argent, stylos et livres. C’est la première fois que nous voyons des enfants tendre la main et être vraiment agressifs à notre égard. Ce qui est un peu difficile à accepter étant donné que premièrement, l’Ouganda est un pays relativement riche, il y a du pétrole et l’aide bilatérale coule à flot (50% des revenus du pays!!!!), si les gens des campagnes n’en voient pas la couleur c’est à cause de leur gouvernement corrompu et pas à cause des blancs (pour une fois). Deuxièmement, l’Ouganda forme, avec le Rwanda, le croissant fertile de l’Afrique, ici, subsister avec une agriculture vivrière est bien plus facile que pour les fermiers du Sahel ou du Kenya par exemple. La plupart des Ougandais ont leur terre dont ils vivent bien. Nous refusons donc de donner la moindre chose d’autant plus que comme je l’ai dit plus haut, nous sommes de plus en plus persuadés que la charité de l’Occident tue l’Afrique.

Ce voyage en Ouganda en général et dans cette région en particulier m’a fait découvrir que je suis ni patiente, ni gentille. L’attitude de la plupart des habitants depuis Masindi nous a bouffé le moral et il était vraiment difficile de ne pas crier en retour. Heureusement, comme souvent en Ouganda, nous pouvions planter notre tente dans des campings paradisiaques et quasi déserts…Ces pauses nécessaires nous permettent aussi de comprendre les raisons qui poussent les gens à réagir ainsi envers nous. Il y en a toute une série dont notamment, le fait que l’Ouganda a été complètement détruit par Idi Amin jusqu’en 1979, le fait que l’éducation est – nous semble-t-il- de très mauvaise qualité ici et bien souvent inaccessible à cause des frais scolaires élevés. Par ailleurs, même ceux qui peuvent en bénéficier ne parviennent pas à trouver un emploi – décemment payé- dans leur secteur. Afin de vivre bien, il faut être paysan et cela implique qu’il n’y a pas beaucoup d’argent pour voyager ou pour lire des livres (au Kenya, nous voyions régulièrement des gens lire des livres, ici, nous n’avons vu que deux personnes lire un livre). Nous comprenons donc parfaitement qu’ils ne sachent pas très bien que faire avec nous lorsque nous débarquons à vélo, tout sales et sans argent à offrir alors que tous les autres blancs qu’ils connaissent apportent quelque chose. Et puis, il y a sûrement des raisons historiques et sociologiques que nous ne connaissons pas. Quoiqu’il en soit, nous avons découvert qu’il est très difficile de faire preuve de compassion et de patience lorsque nous sommes en plein effort physique.

C’est donc à bout de forces que nous entamons le dernier jour jusqu’à Kabale, à 25 km de la frontière rwandaise. Le départ est difficile, l’altitude et le froid m’empêchent presque de respirer. Nous sommes enfin dans le rythme et profitons pleinement de la descente de 15 km en pleine forêt tropicale lorsque tout à coup nous voyons un des 330 gorilles de montagnes manger une branche à 50 cm de la route où nous nous trouvons! Impossible de décrire notre surprise! Un gorille! En fait il y en a au moins 3 autres juste à côté que nous pouvons entendre mais pas voir. Nous l’observons, prenons des photos, sommes en état de surexcitation totale. A un moment, il se lève et fait semblant de nous charger. A peine remis de cette montée d’adrénaline, voilà que 3 rangers (ou d’autres personnes en uniforme) arrivent et nous demandent ce que nous faisons là. Nous expliquons qu’il s’agit d’une route publique que nous empruntons pour rejoindre Kabale. Le garde est furieux et nous explique qu’il est interdit de s’arrêter et/ou de prendre des photos. Nous expliquons que nous ne savions pas cela et que nous sommes désolés. Il explique que parce qu’il nous croit, nous pouvons partir mais que sinon il nous aurait arrêtés!Les locaux auxquels nous racontons cette histoire confirment notre impression qu’il était juste furieux que des wazungu puissent voir les gorilles sans payer 500$.IMG_4701

Dès que nous sortons de la forêt, nous retombons sur les paysages ougandais typiques et nous nous rendons compte que ce que nous prenions pour un pays vert au début, n’est en fait rien d’autre qu’un pays comme tous les autres où la destruction totale de l’environnement est en marche. Chaque centimètre carré du pays (en dehors des réserves) est cultivé intensivement. Le problème est que les collines pentues ne sont pas très bien protégées de l’érosion et que les seuls arbres qui se trouvent sur les collines de ce côté-ci de Kampala sont soit des bananiers (dont l’utilité est indéniable vu que les Ougandais mangent en moyenne 250 kilos de bananes par an) soit des eucalyptus (utiles aussi car ils poussent rapidement et tout droit et font du bon charbon et du bois de construction). Mais l’eucalyptus est un arbre non-indigène toxique et la biodiversité est inexistante dans ces champs de bananiers. Lorsque l’on a appris que la population allait doubler dans les 10 prochaines années, nous avons compris que le peu de forêts traversées n’allaient pas faire long feu.

Nous qui venons de pays où il n’existe même plus de forêt primaire, nous n’avons évidemment aucune leçon à donner. Nous nous rendons compte que ce qui doit être fait aujourd’hui pour éviter la catastrophe, doit être fait dans l’hémisphère Nord et surtout en Occident. Planter des arbres est un bon début.

Alors voilà, nous sommes maintenant à 10 km de Kabale, sur une île (oui, on aime bien les îles) au milieu du lac Bunyonyi dans un paradis pour backpackers. Nous prenons 4 jours de vacances bien méritées, loin des insultes et des cris, loin de la poussière et de nos vélos.

Nous en avons fini avec l’Ouganda. Ces 2600 premiers km furent une aventure, avec beaucoup de belles découvertes et de rencontres mais de manière générale, faire du vélo en Ouganda est un véritable exercice d’apprentissage de la patience et de la maîtrise de soi. Nous avons encore beaucoup à apprendre.

Et maintenant, nous sommes impatients de découvrir le Rwanda…


L’ouest du Kenya

Par admin, 11 December 2009 8:12

(désolée mais suite à un problème de connexion nous ne parvenons pas à mettre les photos dans le texte. Celles-ci sont donc disponibles ici)

(Des infos pratiques pour les cyclistes sont disponibles ici)

Il est extrêmement difficile de résumer en quelques lignes tout ce que nous avons vécu ces dernières semaines. En effet, la découverte à vélo d’un pays tel que le Kenya nous donne parfois l’impression d’imploser sous le poids de nos sentiments et de nos pensées et ce n’est pas facile d’y mettre de l’ordre!

Nous profitons donc de ce jour de repos à Kisumu, la troisième plus grande ville du Kenya, pour tenter  de partager avec vous notre expérience avec nos maigres mots.

Nous avons franchi le cap de nos premiers mille kilomètres hier, à quelques 150 kilomètres de Mbita d’où nous prendrons un canoë pour nous rendre sur l’île de Mfangano dans le lac Victoria où nous ferons du Wwoofing pendant un mois.

La première semaine de voyage qui nous a menés à l’aéroport d’Heathrow fut péniblement clôturée par de gros problèmes rencontrés lors de l’embarquement avec Air France. Nous vous passons les détails mais nous avons bien failli rater l’avion pour Paris alors que nous étions arrivés à l’aéroport avec plus de trois heures d’avance. Bizarrement, depuis que nous avons embarqué à Charles de Gaulle sur l’avion pour Nairobi, tout se passe pour le mieux.

Les seules difficultés rencontrées depuis notre arrivée dans ce beau pays sont celles que nous avons créées nous-mêmes. Ainsi, nous avons passé les deux premiers jours à Nairobi – affectueusement surnommé Nairobbery par ses habitants- terrorisés à l’idée d’y être. Entre les mises-en-garde du guide touristique, les peurs irrationnelles de nos parents et les remarques du personnel de l’hôtel où nous avions débarqués (“Oh no! I wouldn’t go there if I were you!” “You cannot walk! You have to take a taxi! It’s too dangerous” etc), nous étions comme pétrifiés de peur et l’idée de devoir traverser la ville à vélo avec toutes nos modestes possessions terrestres exposées dans des sacs de couleurs vives nous empêchait presque de dormir la nuit.

Nous étions bien ridicules parce que finalement nous n’avons rencontré que des gens charmants et n’avons rien vu, ni vécu qui vaille la peine d’être mentionné ici.

Comme le voyage consiste essentiellement à dépasser ses peurs, nous décidons enfin d’enfourcher nos montures le 25 novembre pour découvrir le nord de la vallée du Grand Rift en nous rendant de lac en lac: Naivasha, Elementeita, Nakuru, Bogoria et Baringo. De Nairobi jusqu’à Nakuru, nous sommes obligés de partager la route avec des poids-beaucoup-trop-lourds qui défoncent les chaussées et qui créent des appels d’air à vous arracher votre chapeau. Et puis comme nous n’avons pas encore eu la gentillesse de léguer à l’Afrique nos filtre à particules, nous avions l’impression d’avoir fumé 5 paquets de cigarettes à la fin de la journée.

Après Nakuru cependant nous avons découvert les routes moins prisées et autres pistes quasi-désertes nous menant dans des paysages semi-arides spectaculaires. Très vite, les cris des enfants le long de la route se sont mués de “Hello! How are you?” en “Wazungu!” ce qui est un signe certain que le touriste-en-safari-au-Kenya ne passe pas souvent par ici.

“Wazungu” est un mot magique qui exprime plusieurs concepts qui peuvent se chevaucher. L’acception la plus commune est probablement “le cirque” ou “l’attraction du jour” ce qui met les enfants en liesse et leur énergie et bonne humeur sont extrêmement communicatives. Nous n’entendons alors que des dizaines d’enfants criant à plein poumon, riant, sautant de joie et nous courant après sur parfois quelques kilomètres. Il m’est même arrivée d’être poussée par des enfants sur plusieurs kilomètres en pleine montagne! Ce qui est quelque peu humiliant (bizarrement, ils ne poussent jamais Dave) mais secrètement plaisant.

“Wazungu” peut aussi signifier “Père Noël” ou “passeport pour l’Europe”. Nous entendons alors les enfants crier “Wazungu! Give me money/sweets/your jacket/your bike!” et les jeunes adolescents nous approchent en nous demandant de les emmener en Europe. Dans ce cadre, nous nous sentons impuissants et mal de devoir refuser systématiquement ce genre de demande.

Près du lac Bogoria, nous avons planté notre tente dans un site magnifique sous d’énormes figuiers, il y avait même un petit ruisseau qui traversait le terrain. Nous étions parfaitement seuls avec les kudus, les babouins et les flamands roses. Étrangement, mes camps guides à Erps Kwerps ne m’ont pas préparée au camping sauvage en Afrique… La nuit venue, les hurlements, glapissements et autres bruits d’animaux à deux pas de la tente m’ont empêchée de bien dormir. Alors que Dave, habitué du camping aux USA où il y a encore un peu de nature, dormait comme un bien heureux, moi j’imaginais déjà les titres dans les journaux locaux “Un couple de touristes stupides mangé par le léopard fou du lac Bogoria: un vrai carnage. Photos en page 3″. Dave se moque de moi mais je suis sûre qu’il y avait au moins un hyène et un léopard à côté de notre tente cette nuit-là! Cette expérience m’a en tout cas permis d’apprendre à dormir paisiblement près des hippopotames et des crocodiles du lac Baringo et dans bien d’autres décors depuis lors.

Malgré le fait que nous voyagions en pleine saison des courtes pluies, nous n’en avons pas encore vraiment vu la couleur. En fait, le Kenya était en proie à une terrible sècheresse jusqu’au mois d’octobre ce qui n’a pas manqué de raviver de vieux conflits dans le nord du pays (particulièrement la région du lac Turkana et au nord, dans la vallée de l’Omo). Tous les lacs que nous avons pu voir depuis notre départ de Nairobi sont particulièrement asséchés: certains lacs ayant perdu des superficies de plusieurs kilomètres carrés. Si cela constitue une catastrophe écologique indéniable lorsque la faune et la flore meurent (avec toutes les conséquences sur le tourisme, vital pour le Kenya), les conséquences humaines sont également catastrophiques.

Les raisons de ces sècheresses sont d’une part le réchauffement climatique et d’autre part, la déforestation et le détournement des cours d’eau pour l’irrigation des grandes plantations (café, fleurs coupées, thé, céréales, aloé vera, etc destinés à l’exportation) et parfois pour les cultures vivrières locales. Le gouvernement kenyan est bien au courant de ces problèmes et tente d’y trouver des solutions (tout en continuant à s’en mettre plein les poches!).

Depuis notre arrivée, un drame humain se déroule dans la forêt Mau, pas trop loin de Nairobi, où se trouve une réserve d’eau douce importante pour le Kenya. En effet, beaucoup de paysans pauvres ont acheté en 1996  des petites parcelles dans cette forêt à des membres de l’ancien gouvernement Moï (à majorité Kalendjin)qui les avaient eux-mêmes reçues illégalement en échange de services rendus (nous parlons de dizaines de milliers d’hectares). Aujourd’hui, le gouvernement Kibaki en place (à majorité Kikuyu) se rend compte que l’occupation humaine de cette forêt met en péril les réserves d’eau et de forêt du Kenya. Il a donc décidé de bouter hors les méchants occupants. S’il est difficile d’éprouver de la peine pour les anciens corruptibles qui possèdent d’énormes ranchs dans cette réserve, il est assez choquant de voir les milliers de paysans jetés hors de leur propriété dans laquelle ils ont mis toutes leurs économies. En attendant, ceux qui ont vendu les parcelles, gardent leur argent et le gouvernement en place ne compte pas rembourser les paysans. Les dindons de la farce sont toujours les mêmes. Devenir sans terre dans une société vivant essentiellement de l’agriculture vivrière en dehors des villes, c’est une condamnation à mort. Tout ceci ne présage rien de bon.

Choquante aussi est l’industrie des fleurs à destination des occidentaux (qui d’autre a envie de recevoir des fleurs mortes pour fêter une occasion?). Autour du lac Naivasha nous avons fait plus d’une demi-journée de vélo parmi ces grandes exploitations composées de milliers de serres en plastique pompant la précieuse eau du lac. Non seulement, les serres ont pour effet de détruire le sol (et c’est notamment pour cela que les fleurs des Pays-Bas sont également une hérésie environnementale) mais en plus, le Kenya est le seul pays au monde à autoriser une série de pesticides ultra-polluants. Alors, certes, certains Kenyans ont du travail mais qui peut prétendre que travailler dans des serres où il fait plus de 40°C en manipulant des  matières toxiques toute la journée pour fabriquer un produit de luxe à destination de l’étranger est un travail conforme à la dignité humaine?!?

Ce qui est certain c’est que voyager dans un pays comme le Kenya apporte beaucoup de bonheur  mais aussi la honte de venir d’une civilisation qui détruit la planète et les autres civilisations pour satisfaire ses pseudo-besoins.

Quoiqu’il en soit, les paysages ont fortement changés lorsque nous nous sommes dirigés vers l’Ouest en passant par nos premières chaînes de montagnes toutes vertes et luxuriantes – une sorte de remise en forme bien trash- pour rejoindre Iten, qui se trouve à une altitude de 2.800 mètres et puis Eldoret, qui se situe sur un plateau à près de 2.400 mètres. Lorsque nous avons fait du couchsurfing chez  Hilary, nous avons même pu sortir nos pulls que nous n’avions plus vus depuis l’Angleterre.

De la maison d’Hilary, nous sommes descendus vers la forêt de Kakamega, vestige de 240 km2 de la forêt vierge tropicale qui couvrait notamment les territoires de la Guinée, Congo, Afrique centrale, Ouganda et Kenya. Une promenade guidée dans cette forêt vieille de 1.500 ans était une expérience unique!

Lorsque nous avons atteint Kisumu hier, nos corps avaient enfin pris le pli et faire du vélo dans un pays au terrain accidenté tel que le Kenya sous une chaleur parfois étouffante n’est plus aussi pénible qu’au début. Nous avons développé une petite routine où nous nous levons à 5h30 du matin (Même pas mal!), pédalons quelques kilomètres jusqu’à un village où on peut se nourrir de haricots et de maïs accompagnés de chapatis (bonne crêpe bien grasse) ou d’ugali (l’inévitable pâte de farine de maïs durcie et froide) et de chai (thé au lait sucré, la boisson énergétique kenyane). Nous sommes prêt à pédaler entre 7h et 8h et essayons de pédaler 50 kilomètres avant de nous arrêter pour le lunch (généralement composé de chapatis avec quelques légumes). Le vrai plaisir cependant c’est de s’arrêter pour un petit snack (avocat, ananas, mangue, etc que nous achetons aux agriculteurs le long de la route). Nous essayons d’arriver à destination entre 13h et 17h00 ce qui nous permet de visiter l’endroit avant d’aller nous coucher vers 21h00.

Dois-je vraiment vous parler de Dave et de ses crevaisons quasi quotidiennes? Petit à petit cependant, nous adoptons le fatalisme à l’africaine ce qui nous permet de nous mettre en mode off lorsque Dave répare son pneu sous le regard amusé et/ou curieux des kenyans. Je ne sais pas ce que ces crevaisons veulent dire mais nous avons eu le plaisir de rencontrer deux autres cyclotouristes. Le premier, Markus, un suisse de 44 ans, 60.000 km au compteur, qui nous explique ne plus avoir eu de crevaison depuis 15.000 km et puis Winnie, un allemand de 46 ans, 120.000 km au compteur (!!!) qui nous dit avoir des crevaisons régulièrement et que c’est juste une question de malchance. Pauvre Dave!

Jusqu’à présent, nous avons vraiment avancé à notre aise histoire d’habituer nos corps à l’exercice physique intense (personnellement, je n’avais plus vraiment fait de sport depuis le mois de juillet à cause des millions de préparatifs. Autant vous dire que les premiers jours de montagne j’avais envie de pleurer) et de pouvoir être bien réceptifs à la rencontre.

Parce que finalement, c’est la rencontre qui est la substance du voyage. Autant c’est vraiment génial d’apprendre à vivre avec la Nature (aussi bien animaux sauvages qu’animaux domestiques qui sont omniprésents) autant rien ne vaut une belle rencontre.

Nous voudrions vous parler de certaines de ces rencontres.

Tout d’abord, Moses, un jeune entrepreneur de Nairobi qui travaille dans le secteur de l’énergie. Il rêve de pouvoir apporter l’électricité aux dizaines de millions de Kenyans qui vivent sans. Il nous parle des problèmes de son pays (la corruption et le leadership) et de ses forces (les gens). Lui même travaille 24h sur 24 pour pouvoir être un homme libre et aider financièrement les membres de sa famille car la famille c’est de loin le plus important!

Au sujet de la corruption, il nous explique que comme tout le monde vient d’une famille pauvre, il est clair que lorsqu’il est possible de passer à table, on mange jusqu’à ce qu’on soit plein. C’est la nature humaine.

Comment ne pas parler de Freddy, ce jeune ranger de 27 ans qui travaille au parc national du Mont Longonot? Nous le rencontrons alors que suite à une mauvaise indication sur notre carte, nous empruntons un chemin qui va droit sur un ranch privé. Lorsqu’il a vu de loin que nous nous trompions de chemin, il nous a couru après sur plusieurs kilomètres pour nous accompagner jusqu’au garde du ranch afin de négocier avec lui notre droit de passage.

Freddy voudrait quitter son boulot qui est très exigeant: il passe 4 semaines seul dans la forêt à pourchasser les braconniers. Un métier dangereux! Il rêve de pouvoir monter sa propre ONG après avoir pris le temps de travailler sur lui-même.

Il rigole de nous parce que comme tous les Occidentaux nous transportons avec nous de tonnes de choses! Lui-même ne possède qu’un t-shirt et c’est très bien comme ça.

Ensuite, nous avons eu la chance de rencontrer Harun au lac Baringo. Il attendait notre arrivée (ou celle de n’importe quel autre touriste) à l’entrée du parc pour nous proposer dans un français impeccable (il me parle même en néerlandais lorsque je lui dis que je suis belge) de faire un tour du lac en bateau.

Il nous explique que les villages du coin se sont organisés en coopérative parce que la compétition tue et que la collaboration rend plus riche (une leçon que l’Occident ferait bien d’apprendre!). Grâce à cette coopérative, tout le monde peut travailler. Certains s’occupent de faire les guides, d’autres conduisent les bateaux, d’autres encore s’occupent de pêcher les poissons qui seront séchés pour être vendus à Nakuru, de récolter le miel, de s’occuper des chèvres et des vaches, etc. Les profits sont partagés équitablement et petit à petit la communauté est parvenue à vivre même sans tourisme! Le tour en bateau avec lui était très intéressant.

Haroun est quelqu’un de particulièrement impressionnant: il parle le français, l’anglais, l’hébreu, le swahili et le Turkana. Il est guide professionnel et connaît comme sa poche tous les parcs nationaux. Entre ses contrats, il revient dans son village natal pour partager ses connaissance d’ornithologue avec ses copains. Il est également chasseur de serpents (nous l’avons vu à l’œuvre!). Il part chasser les cobras, les mambas et autres charmantes bêtes, en récolte le venin qui est envoyé dans un laboratoire en Australie pour fabriquer de l’anti-venin qui est par la suite renvoyé au Kenya. L’anti-venin est extrêmement cher normalement mais gratuit pour les autochtones. Il faut savoir qu’une morsure de mamba tue en 15 minutes…

Il est aussi connaisseur de lion et autres petits animaux de compagnie: il les suit pendant des jours en savane afin de permettre aux touristes de voir les lions en chasse. Un vrai mec quoi!

Il y a aussi Patrick, instituteur à Iten, une village de montagne avec qui nous partageons un apéro (c’est la première fois qu’il parle avec des blancs). Nous parlons de beaucoup de choses et notamment de la vie au Kenya et en Europe. Il est curieux de savoir comment nous avons fait pour épargner l’argent pour effectuer un tel voyage. Lorsque nous le lui expliquons, il répond qu’à son avis, les africains sont trop pessimistes pour épargner de l’argent (cette idée est confirmée par notre guide à Kakamega). Lui même, pourrait épargner de l’argent pour voyager en Europe, mais il ne le fera jamais.

Enfin, nous avons rencontré Hilary via le site de couchsurfing. Il vit à 30 km d’Eldoret dans les montagnes. Il s’entraîne tous les jours pour la course à pied et à déjà participé à des courses un peu partout dans le monde. Orphelin à un jeune âge, il a hérité de ses parents un lopin de terre qu’il cultive pour se nourrir. Il a une vache, un veau, des lapins, des poules, un champ de maïs, une charmante petite maison et une voiture. Il vit dans son village natal entouré de ses 10 frères et sœurs et de tous ses amis.  Il ne nous croit pas lorsque nous lui expliquons qu’il mène la vie dont nous rêvons.

Son rêve à lui c’est de partir s’installer aux Etats-Unis. Le Kenya est trop corrompu (c’est un leitmotiv ici) et selon lui, en tant que Kalendjin, il ne trouvera jamais de travail ici.

Il nous pose beaucoup de questions sur les visas et les lois sur l’immigration en Europe et aux Etats-Unis. Il rêve de pouvoir avoir une bourse d’étude pour les USA via ses compétences en course à pied. Malheureusement, le temps joue en sa défaveur et il est obligé de mentir sur son âge pour pouvoir continuer à participer aux courses. De plus, la concurrence est rude car il n’est pas le seul à rêver de cela…

En l’écoutant parler des Etats-Unis, nous apprenons à ne pas juger les rêves des autres. Nous lui souhaitons de pouvoir  concrétiser tous ses rêves. Car finalement, la vie est absurde mais il est encore plus absurde de vouloir faire quelque chose qui ne nous rend pas heureux afin de lui donner un sens.

Dans deux jours, nous devrions être sur l’île de Mfangano. Nous vous donnerons des nouvelles d’ici un mois. N’hésitez pas à vous inscrire au groupe google afin d’être tenus informés des nouvelles contributions!

London Calling

Par admin, 21 November 2009 5:36

(photos sur le page de photos!)

Nous voici enfin arrivés à Londres mais ce ne fut pas sans encombres…

Celui qui a dit que mon pays était plat, n’a manifestement jamais fait de vélo dans les Ardennes flamandes!

Nous sommes donc partis le 17 novembre avec quelques heures de retard vu que nous avions encore quelques démarches administratives à faire…

Enfin, les 45 premiers kilomètres jusqu’à Grammont (Geraardsbergen) nous permettent d’évacuer ces derniers mois de course effrénée. Pris dans une tempête locale, nous demandons l’hospitalité dans une petite ferme. Le couple d’agriculteurs est très sceptique mais nous laisse camper dans leur jardin. Trempés et frigorifiés, nous passons notre première nuit de voyage en nous couchant à 19h30.

Le deuxième jour fut un vrai challenge pour un trajet en vélo en Belgique. Collines importantes, vent de face à 6.000 beaufort et la première crevaison de Dave nous rappellent que prendre l’avion à Londres, ça se mérite!

J’ai en effet écrit “crevaison de Dave”. Vous vous souviendrez que Dave a eu 17 crevaisons en l’espace de 5 semaines lors de notre premier voyage à vélo en été 2008 (à titre de comparaison, je n’en ai eue qu’une, et encore, c’était parce qu’on était obligés de marcher le long d’une route pleine de morceaux de verre parce que Dave avait un pneu crevé). Nous avons donc acheté cher et vilain les fameux Schwalbe Marathon XR en Kevlar (matière dont on fait les gilets par-balles) dont nous avions tant rêvés! Grâce à ses pneus, plus de crevaisons! Nous avions même rencontré un couple cyclotouriste en Turquie qui avait parcouru 15.000 km (!) sans problème!

Au kilomètre 92,7 cependant, les choses tournent mal. Un petit truc métallique perce le fameux kevlar et la chambre à air. J’ai essayé de rationaliser ce phénomène pendant de nombreuses semaines. Comment Dave fait-il pour avoir tout ces ennuis alors que nous parcourons exactement les mêmes routes à quelques minutes voire secondes d’intervalle? Je n’ai toujours pas de réponse mais en tout cas, j’ai obligé Dave à me promettre qu’il allait acheter deux pneus et deux chambre à air de rechange.

Cette journée un peu pénible s’est finalement achevée par la rencontre merveilleuse d’un couple de fermiers, Béatrice et Frans, qui ont une petite exploitation agricole de 30 hectares avec 120 cochons et 35 vaches juste au Nord de Courtrai.

Ils nous invitent à venir boire un verre dans leur petite maison toute cosy et nous parlons de l’agriculture qui va mal, des difficultés qu’ils rencontrent au quotidien parce qu’ils sont “petits” et que la   Banque ne cesse de leur rappeler qu’ils devraient investir 40 millions pour faire un vrai élevage de porcs de minimum 500 têtes. Ils travaillent nuit et jour pour faire péniblement face aux frais mais ils sont fondamentalement heureux de pouvoir travailler la terre.

Le trajet Courtrai – Dunkerque était parfait. Le ciel était bleu, le vent calme et nous rencontrons en l’espace de quelques heures deux personnes qui ont fait du vélo en Afrique!

Le premier vient de faire un film sur son voyage à vélo d’Istanbul au Cap. Je lui demande de nous donner un conseil et il répond “Toujours continuer à pédaler, toujours tout droit”.

Le deuxième nous arrête en pleine route pour nous demander notre destination. Il revient d’un voyage à vélo de deux mois en Afrique du Sud et nous recommande de visiter quelques sites internet.

Ces deux rencontres nous mettent du baume au cœur et c’est de très bonne humeur que nous plantons notre tente dans l’un des nombreux campings de Dunkerque.

Le lendemain, nous pédalons encore 30 km  dans le zoning industriel de Dunkerque (Ah, charmante France du Nord!) avant de parvenir au ferry qui fait la liaison jusqu’à Douvres. Nous apprenons que le Royaume-Uni sont en proie à de gigantesques inondations suite à une tempête. Nous en sentons les effets: la traversée de la Manche est extrêmement houleuse.

A l’origine, nous avions pensé faire le trajet Bruxelles-Oostende-Ramsgate-Londres en 4 jours. Malheureusement, à Oostende il n’est pas possible de mettre son vélo sur le bateau. Oh bien sûr, on peut mettre un vélo dans une voiture qui va sur le bateau mais sans la voiture, ça ne marche pas…

Pour finir,  les 243 kilomètres parcourus pour arriver à Dunkerque nous permettent de vérifier notre matériel et de faire une petite liste de matériel manquant.

De Douvres nous mettons nos vélos sur le train jusqu’à Londres que nous traversons à vélo un vendredi soir en pleine heure de pointe. Une nouvelle petite victoire sur la mort…

Dans quelques heures, après avoir fait quelques courses, nous prendrons l’avion pour le Kenya.

Nous n’avons aucune idée de ce qui nous attend pendant ce voyage mais à en croire ces 4 premiers jours, cela risque bien d’être haut en couleurs!

Panorama Theme by Themocracy