FECAOL

L’une des choses les plus difficiles à accepter lorsque l’on commence à se rendre compte de l’ampleur de la destruction environnementale (ou écocide), c’est probablement l’inaction de nos gouvernements.

Dans la lutte contre le changement climatique et la destruction de notre planète, les Etats brillent par leur absence. A l’heure où de gigantesques campagnes d’information devraient être mises en place, où les citoyens devraient être préparés à fournir des efforts dignes de la deuxième guerre mondiale, nos gouvernements préfèrent se chamailler sur des dossiers sans importance ou laisser libre cours aux entreprises qui pensent au profit plutôt qu’à l’intérêt public.

Nous écrivons ces lignes alors que nous sommes à Rio de Janeiro à quelques jours du début du Sommet sur le développement durable Rio+20 et tout le monde sait déjà que rien de tangible ne sortira de ces énièmes négociations.

C’est la réalisation que nos gouvernements n’allaient pas agir (à temps) qui nous a poussés à partir à la recherche des individus qui travaillent sur les solutions sans l’aide de gouvernements. Nous avons été agréablement surpris de découvrir que la société civile est extrêmement active partout dans le monde.

Mais c’est à Guayaquil, capitale économique de l’Equateur, que nous avons vu a quel point les autorités peuvent être un obstacle aux initiatives citoyennes. C’est aussi là que nous avons pu voir un très bel exemple de désobéissance civile dans tout ce qu’elle peut avoir de courageux et de créatif.

Nous vous présentons la FECAOL (la Federation des Centres Agricoles y Organisations paysannes du litoral) qui travaille depuis plusieurs années sur les questions d’agriculture bio, d’agro-écologie et du commerce équitable tout le long de la côte Equatorienne.

L’une des missions de la FECAOL est notamment d’aider les agriculteurs à se convertir au bio en les aidant dans un premier temps à remplacer les engrais chimiques par des engrais bio et dans un second temps à diversifier leurs cultures. La FECAOL organise un grand nombre de journées d’études et de conférences pour aider chaque agriculteur à s’informer sur les vastes possibilités qu’offrent l’agro-écologie. Enfin, la FECAOL aide les agriculteurs à vendre leurs produits à prix compétitifs.

Lorsque le maire de Guayaquil annonça il y a quelques années que dorénavant toutes les marchandises devaient passer par le terminal de transfert de vivres municipal afin d’être revendues par des intermédiaires, ce fut une catastrophe pour tous les petits producteurs qui jusque là, se rendaient en ville pour y vendre leurs produits directement aux acheteurs.

Le nouveau système allait manifestement enrichir une poignée de personnes bien placées et rendre bien plus difficile la vie des fermiers et des marchands ambulants, pour ne citer qu’eux. Une fois de plus, un gouvernement se moquait éperdument de ce que la Charte de la Terre propose à savoir de « promouvoir la justice sociale et économique, en donnant à chacun les moyens d’assurer sa subsistance d’une manière à la fois sûre, utile et écologiquement durable”.

Devant l’injustice et les difficultés créées par cette loi, la FECAOL décida qu’il était temps d’agir en organisant des marchés fermiers bios à Guayaquil vu que les plaintes par les voies officielles n’aboutissaient pas.

Dorénavant, les membres de la FECAOL se donnent rendez-vous à l’orée du jour aux portes de la ville pour y entrer clandestinement avec leurs produits. Ensemble, les fermiers se sentent plus forts au cas où ils seraient arrêtés par la police municipale. Lentement, ils acheminent leurs produits vers l’école où des tables sont dressées dans le plus pur esprit « système D » L’un des marchés est organisé dans un quartier très défavorisé de la ville où la FECAOL travaille main dans la main avec des associations sociales qui préparent le terrain en expliquant les avantages du bio aux habitants du quartier.

Richard, président de la FECAOL, pense que le marché est particulièrement durable car il est organisé quasiment sans moyens financiers, il ne dépend donc pas de ressources extérieures qui risquent de s’épuiser à tout moment.

Richard nous explique aussi que, pour les fermiers, ce qui compte, ce n’est pas l’acte de commercialisation mais bien l’importance de partager l’aliment qui est une marchandise particulière avec une population qui en a vivement besoin. Pour les fermiers, le marché est l’occasion de célébrer la souveraineté alimentaire et de montrer au maire et à ses acolytes, que rien ne peut empêcher ce commerce millénaire.

Lorsque nous y étions c’est en effet l’atmosphère de fête qui nous a frappés : partout les gens riaient, causaient, les fermiers donnaient leurs fruits à goûter au lieu de les vendre, les gens dansaient et chantaient…

Cette matinée passée à écouter les différentes expériences des membres du marché, sous le soleil Equatorien nous a donné l’envie de nous aussi pouvoir rejoindre une communauté autour de l’alimentation et de la souveraineté alimentaire. Et puis, d’avoir la force de désobéir pacifiquement aux lois stupides.

2 Responses to FECAOL

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