l’Afrique du Sud

Afrique du Sud: L’Afrique du Sud est un superbe pays. Il est aussi énorme et il est possible de le parcourir pendant des mois et des mois sans l’avoir vu entièrement. Chaque région est un monde à part et il est donc impossible de s’y embêter ou de se lasser des paysages car tout change rapidement. L’Afrique du Sud a cependant une mauvaise réputation: il s’agit du pays avec le plus haut taux de meurtres au monde après la Colombie. De manière peu anodine, il s’agit aussi du pays le plus inégal au monde (avant le Brésil!) et cela se voit: dans la province du Cap Occidental chaque grande ville à son bidonville jumeau à quelques kilomètres de là. Il serait cependant dommage de ne pas y aller à cause de ce problème de criminalité (et de racisme) et comme pour tout problème de ce genre, il faut le remettre dans son contexte:

1) La plupart des victimes de la criminalité sont des personnes noires vivant dans les bidonvilles. Cela le rend d’autant plus choquant mais cela veut aussi dire que la cible est rarement un cyclotouriste.

2) La criminalité rurale existe vraiment et il y a beaucoup de meurtres de fermiers blancs en AS. Les relations entre fermiers blancs et les employés noirs trouvent leur origine dans une longue histoire particulièrement violente et triste. Comme nous l’expliquait un fermier qui a vu son voisin mourir assassiné et a dû en secourir un autre in extremis: “Si le fermier respecte ses employés, il n’a pas de souci à se faire”. A nouveau, le cyclotouriste souriant et poli n’est pas visé par cette sorte de violence.

3) Un peu de bon sens aide beaucoup en AS. Ne vous promenez pas (ni à pied, ni à vélo, ni en voiture) dans un bidonville le soir. Demandez aux locaux qui connaissent le coin s’il y a des rues/quartiers à éviter à tout prix et puis, évitez-les. Par contre, n’écoutez pas les blancs qui n’ont jamais mis les pieds dans une station de mini-bus taxi ou dans une certaine région (comme l’ancien Transkei par exemple) , ils ne savent pas comment les choses se passent même s’ils sont des locaux. Soyez en accord avec votre instinct de survie et quittez un endroit qui vous met mal à l’aise. Ne vous promenez pas avec votre Nikon à 5000 euros autour du cou comme nous avons vu pas mal de touristes le faire à Cape Town.

Enfin, bref, du bon sens quoi et puis, si vous avez décidé de voyager à vélo c’est parce que vous en avez déjà une bonne dose donc vous devriez très bien vous en sortir. D’ailleurs, n’hésitez jamais à dire aux noirs ou aux coloreds que vous n’êtes pas Sud-Africains. Il nous est arrivé à plusieurs reprises d’être abordés par des gens à l’apparence fâchée et qui sont partis en souriant lorsque nous leur disions “USA, Belgium”. Pour ma part, même si je parle le Néerlandais, je n’ai jamais osé aborder un noir  dans cette langue de peur d’être prise pour une Afrikaner. Je le faisais lorsque j’étais à l’aise avec la personne et qu’aucun malentendu ne pouvait survenir. Enfin, soyez particulièrement polis et souriants car cela, comme partout ailleurs, brise toujours la glace.

Nous étions en AS de début septembre à fin décembre 2010. Dans la province du cap du Nord et du Cap occidental, il pleuvait et il y faisait assez frais. Dans les provinces du Cap oriental et de Kwazulu Natal, il commençait à faire très chaud et humide.

La route: Nous sommes rentrés par la Namibie à Vioolsdrift où nous avons suivi la N7 jusqu’au Cap Occidental, là le trafic s’est accentué et nous avons suivi de superbes petites routes en terre jusqu’à Clanwilliam puis des routes pavées secondaires via Paarl, Franschoek et Stellenbosch jusqu’à Cape Town. De Cape Town nous avons suivi la route le long de la côte. L’autre option est de suivre la Route 62 à travers le Karoo jusqu’à Bloemfontein. Nous n’avions aucune envie de traverser un énième désert mais si vous voulez le faire, checkez worldbiking.info. Nous sommes partis via Muizenberg, Strand, Betty’s bay, Hermanus , Elim, Gansbaai (à 8 km de Cape l’Aghulas, la pointe sud du continent) le long de petites routes non-pavées. Nous avons rejoint la N2 à Mossel Bay (via Stil bay) pour suivre la fameuse Garden Route qui n’était pas aussi belle que nous l’espérions, jusqu’à Plettenberg Bay.

De là, nous avons pris un bus jusqu’à East London. Parmi les différentes options, le plus facile avec un vélo est encore le Baz Bus, un bus pour touristes qui relie les auberges de jeunesse le long de la côte. Il prend le vélo gratuitement et sans chichi alors qu’il est impossible de le mettre sur un mini-bus taxi et qu’il faut le mettre dans une boîte pour les bus comme greyhound. Sans vélo cependant, le réseau de mini-bus taxis est extrêmement efficace et peu cher en AS.

D’East London, nous voulions longer la Wild Coast (l’ancien Transkei) jusqu’à Port St Johns. Le vélo de Dave nous a lâché à Coffee Bay (si vous y allez, logez au Coffee Shack pas au Bomvu qui est absolument horrible). Beaucoup de blancs nous avaient dit de ne pas aller dans le Transkei car trop dangereux. Nous y avons été accueillis chaleureusement absolument partout et ne nous sommes jamais sentis en danger. La région n’est pas très hospitalière pour les vélos cependant. Les collines ne sont pas très hautes mais la route en terre passe par chaque rivière possible et imaginable et puis remonte aussi sec vers le sommet. De Coffee Bay nous avons repris le baz bus jusqu’à Durban et de là, jusqu’à Manzini au Swaziland.

Nous n’avons finalement pas couvert autant de distance que nous l’espérions mais nous avons tout de même pédalé 2000 km en AS. Ce pays est énorme.

L’état des routes: Les routes goudronnées sont en bon état. Le vrai danger en AS sont les chauffards qui sont de toutes les classes sociales et de toutes les couleurs (malgré l’opinion de certains blancs sur le sujet). Faites vraiment attention! Un malade mental qui roulait à du 150 à l’heure sur la N7 a emporté mon miroir. 2 cm de plus et j’y passais. Les Sud afs utilisent les bandes d’urgence comme une bande normale pour dépasser toute personne qui ne roulerait pas à du 140. Il y a un grand débat sur le problème de road rage en AS mais en attendant les solutions, l’usager faible doit se protéger. Les routes secondaires peuvent être en aussi mauvais état qu’ailleurs en Afrique mais la qualité dépend vraiment d’une route à l’autre.

Chiens et autres animaux: Il y a des chiens sur toutes les fermes, ils sont assez sympa avec les blancs cependant. Les autres chiens sont mal nourris et ne posent pas de problème. Il n’y a plus d’animaux sauvages en dehors des parcs nationaux en AS.

Nourriture: Tout ce dont vous rêviez le long de la route plus au Nord est accessible ici: pain, fromage, vin, café filtré etc. Tout est cher cependant et il est plus sage de ne pas rentrer dans un Superspar ou un Pick’n'Pay. Le long du Cap Occidental il est possible de manger de délicieux muffins et autres pâtisseries. Vous serez sûrement invités par des gens pour un braai (bbq) ou pour un autre plat national impliquant la mort de 3 ou 4 animaux. En dehors de Cape Town, le végétarisme est un concept très étranger à la culture sud-africaine.

Dormir: Un aspect très chouette de la culture sud africaine est l’hospitalité et principalement celle de la communauté blanche. Le long des routes moins touristiques nous avons régulièrement été accueillis chez les gens pour la nuit. L’hospitalité est plus absente des parcours touristiques surtout le long de la côté des baleines (Hermanus etc). Il y a des auberges de jeunesse un peu partout où il est souvent possible de camper. Par contre, s’il n’est pas possible de camper, cela peut vite coûter jusqu’à 10 euros par nuit par personne dans un dortoir! Dans le Transkei nous avons planté la tente dans des missions, des centres de santé etc sans problème. Nous avons fait deux nuit de camping sauvage en AS: la première nuit après avoir passé la frontière avec la Namibie dans le désert du Cap Nord et l’autre fois à Malgas où il faut prendre le ferry pour traverser la Breede river sur les conseils d’une femme locale. Nous n’avons eu aucun problème mais il est fortement déconseillé de le faire. Il y a aussi des campings municipaux dans les grandes villes qui sont beaucoup moins chers que le camping dans des auberges de jeunesse. Il faut parfois vérifier la sécurité: ainsi, un camping municipal désert et non gardé à Garies (Cap Nord) est tout à fait ok mais un camping désert et non gardé à Kei Mouth (Cap Oriental) n’est pas ok. Il ne faut jamais hésiter à demander l’avis de plusieurs personnes. Un camping à Coffee Bay qui nous paraissait complètement dangereux (barrière cassée et dealers de drogue qui se promenaient à 3 mètres de notre tente) était aussi ok. Allez comprendre!

Coût de la vie: Cher! Cher! Cher! De manière générale, l’Afrique est chère et l’Afrique du Sud ne fait pas exception.

L’accueil par la population locale: Les Sud-Africains sont très accueillants et sympa quelle que soit leur couleur de peau. Nous n’avons jamais été insultés, moqués ou chassés de quelque part. Tout le monde était curieux de savoir d’où nous venions et ce que nous pensions de l’AS. C’était un vrai plaisir. Par contre, vous vous rendrez vite compte que ce pays d’une diversité humaine absolument exceptionnelle est aussi très intense et complexe. Les relations interraciales, inter-ethniques et entre les classes sociales sont tendues. Cela se ressent très vite. Si vous êtes blanc, il est probable que vous serez abordé de nombreuses fois par des blancs racistes qui veulent partager leurs opinions puant la haine et l’ignorance avec vous. A chacun sa réaction. Certains détestent l’Afrique du Sud à cause de cela, d’autres, comme nous, le prennent comme le prix à payer pour visiter un pays riche et fascinant.

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