Les Etats-Unis

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Quel plaisir d’enfin trouver quelques instants pour pouvoir partager avec vous nos “aventures” de ces deux derniers mois et nos futurs projets!

Depuis notre dernière mise-à-jour, il me semble qu’un siècle s’est écoulé! C’est avec énormément de joie que nous avons retrouvé nos familles et nos amis après 16 mois d’absence. Pour ma part, j’ai passé  un mois de mars merveilleux dans le plat pays qui est le mien à serrer dans mes bras des gens que j’aime et qui ont eux aussi fait leur bout de chemin depuis notre départ. Dave a fait la même chose de son côté de l’Atlantique.

Entre ceux qui ont embrassé une nouvelle carrière, publié un livre, écrit des pièces de théâtre, ouvert une école de Tai-Chi, produit des documentaires ou des paniers bio, reçu des prix divers, construit une nouvelle maison ou qui sont devenus parents, nous ne savions pas trop si nous pouvions reprendre les choses là où nous les avions laissées.

Heureusement, nos craintes étaient infondées et nous avons été chaudement accueillis par nos familles qui ont patiemment écouté nos récits encore trop frais et décousus et par nos amis impatients de nous raconter leurs dernières aventures. Un vrai bonheur! Merci à tout ceux que nous avons pu revoir car c’était magnifique! Vivement l’été 2012 pour qu’on remette ça et puis pour que nous puissions revoir d’autres têtes aussi…

Le seul hic dans tout ce tourbillon d’émotions était probablement l’étrange maladie de Dave qui avait commencé à le tourmenter au Malawi. Cela devenait d’autant plus inquiétant qu’aucun médecin ne savait de quoi il s’agissait vraiment et que chaque diagnostic impliquait un nombre incroyable de tests et parfois même d’opérations chirurgicales complexes!

Heureusement, le mystère fut résolu par un médecin spécialisé en médecine tropicale, qui les yeux brillants d’excitation, a annoncé à Dave qu’il s’agissait tout simplement de la bilharziose (vous pouvez lire plus sur ce sujet dans notre section FAQ sur la malaria) et qu’il fallait juste prendre quatre petites pilules pour la modique somme de 200 $ pour s’en débarrasser. C’est drôle parce que le médecin au Malawi était vachement moins excité par le cas de Dave et que le médicament là-bas coûtait 2 $…

Une fois Dave guéri, je l’ai rejoint à New York où nous avons passé plusieurs semaines à préparer la suite du voyage entre deux évènements familiaux. Nous avions clairement sous-estimé le temps que cela nous prendrait de revoir nos proches, d’organiser nos récits, photos et idées sur le voyage en Afrique et de préparer un nouveau voyage d’un an sans nos vélos sur un tout autre continent! Que de boulot et d’heures passées à trier, ranger, écrire, lire, acheter du matériel, brainstormer, contacter des gens et des organisations, étudier des cartes, etc.

Mais le plus difficile dans tout cela était de digérer le choc culturel et émotionnel que nous éprouvons depuis notre retour d’Afrique. D’un côté, tout est tellement familier et connu mais de l’autre, nous sommes très tristes de découvrir que rien n’a vraiment changé. Alors que nous sommes depuis quelques mois particulièrement angoissés par toutes les questions liées au changement climatique, force est de constater que non seulement, nos gouvernements n’ont absolument rien entrepris sur la question mais qu’en plus le sujet de l’environnement commence à sérieusement fatiguer les gens et qu’aux Etats-Unis, les environnementalistes sont traités de “communistes” voir même de « terroristes ».

Au-delà du fait qu’à mon humble avis, toute femme doit être féministe et tout être humain doit être environnementaliste, cet état des choses nous a mis une bonne claque.

Pourtant les signes du changement sont absolument partout. Depuis que nous sommes arrivés aux Etats-Unis en mars, il y a eu des tornades meurtrières dans le Midwest, des inondations inouïes à Memphis qui menacent aujourd’hui la Nouvelle Orléans, des récoltes entières gâchées par des pluies diluviennes, des conditions de sècheresses extrêmes et des feux de forêts au Texas. Et puis, je pourrais aussi vous parler de la fracturation hydraulique qui est en train de rendre stériles des milliers d’hectares de terre du Canada jusqu’au Tennessee (voyez le documentaire “Gasland” sur le sujet). En Pennsylvanie, il y a quelques semaines, un puits a explosé en envoyant de l’eau ultra polluée dans les réserves d’eau potable de la région.

Tous ces évènements et beaucoup d’autres sont un signal très clair pour ceux qui veulent bien le voir que la civilisation telle que nous la connaissons a ses meilleurs jours derrière elle. Pour nous qui avons pu bénéficier du pétrole bon marché et de toutes les choses merveilleuses qui en découlent, il est temps de se rendre compte qu’entre la question du changement climatique et celle du pic pétrolier, nous devons absolument repenser notre façon de vivre.

Certes, le défi est énorme et il est vraiment aisé de se laisser aller au nihilisme et à la déprime lorsqu’on pense à l’échelle du problème ( presque 7 milliards de terriens!!) et à la révolution nécessaire pour nous sortir de ce pétrin. Toutefois, on essaie de penser que finalement, ces énormes crises sont aussi une opportunité exceptionnelle – une crisortunité comme dirait Homer Simpson- de bâtir un monde meilleur. Oui, je sais, ça sonne kitsch, naïf et hippie mais nous pensons sincèrement qu’il est meilleur pour tout le monde – et en premier lieu, pour notre santé mentale!- de travailler avec le positif. Sinon, autant tout de suite s’acheter un lopin de terre au Canada et une kalashnikov en attendant la fin du monde.

L’heure est extrêmement grave et des centaines de livres et de documentaires paraissent tous les jours pour nous parler des problèmes (certains sont décrits sur notre page « ressources »). S’il est fondamental de s’informer sur ces problèmes et de se rendre compte de l’urgence de la situation  (généralement, les gens qui comprennent l’ampleur du problème passe par une phase de déprime, c’est normal), il faut s’accrocher et passer à la phase suivante: l’action. Il y a des centaines de milliers d’initiatives qui existent déjà, des tas de gens brilliantissimes qui se sont penchés sur la question et qui offrent des réponses intelligentes. L’excellente nouvelle donc c’est que pour construire un nouveau monde plus résilient, il ne faut même pas réinventer la roue, il suffit de rejoindre ou d’amplifier ce qui existe déjà!

D’ailleurs, si vous voulez en savoir plus sur ce qu’il se fait déjà, vous tombez à pic parce que nous allons  tout au long de notre voyage partir à la rencontre d’initiatives locales et positives qui contribuent à la solution. Nous comptons partager un maximum de nos découvertes via notre site – que mon héros de mari a rendu plus sexy- dans les sections projets, mise-à-jour et ressources et via un documentaire que nous sommes en train de préparer sur les projets entre NYC et Rio de Janeiro. En chemin, on espère aussi pouvoir donner notre présentation sur notre voyage en Afrique à qui voudra bien nous écouter.

C’est donc dans cette optique que nous avons été prendre l’air frais pendant trois semaines dans les montagnes de la Caroline du Nord, à Asheville. Une ville très verte dans le Bible belt où il semble que tous les restaurants se fournissent chez les fermiers bio locaux et où tout le monde semble être soucieux de sa consommation. Un heureux changement après New York, Boston et Washington D.C. ..

A Asheville, nous avons suivi un cours de construction naturelle. Nous avons appris à mélanger de différentes manière de l’argile, du sable et de la paille pour en faire tour à tour des briques, du mortier ou du plâtre. Nous avons appris à construire avec du bambou, du bois récupéré et des ballots de paille et nous avons appris les bases de la peinture naturelle, de la charpente en bois, des fondations et pleins d’autres choses que nous espérons pouvoir partager avec les gens que nous rencontrerons pendant notre voyage.

Maintenant nous sommes de retour à Washington D.C. où nous avons eu l’occasion de parler de nos projets avec 350.org et ATD Quart Monde, de mettre enfin notre site à jour et d’apprendre à utiliser notre caméra (tout conseil sur comment tenir une caméra jusqu’à comment faire un documentaire bienvenue!).

Demain, nous commençons notre descente d’un an vers le Sud.

Premier arrêt: la Nouvelle Orléans.

Excitation!

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Malawi

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Voici notre dernière mise-à-jour pour la partie africaine de notre voyage! Je vous présente d’ores et déjà mes excuses pour une mise-à-jour un peu plus longue que les dernières mais j’ai beaucoup de choses à vous raconter!

Après avoir arrêté de pédaler à Nampula, dans le Nord du Mozambique, nous avons embarqué nos vélos et tout notre barda sur des camions, des bus et autres trains pour arriver à Lilongwe, capitale du Malawi quelques jours plus tard. Là, nous avons proposé notre aide pendant deux semaines au Centre de Permaculture de Lilongwe, lancé en novembre 2009. Le centre (www.naturesgiftpermaculture.org) est tout jeune mais c’est incroyable ce qu’une équipe motivée est parvenu à y faire: il y a des cours de jardinage pour les gens venus de tous horizons, des paniers bio et de superbes jardins de démonstration.

C’est le meilleur exemple de ce que la permaculture peut offrir à l’échelle commerciale que nous ayons vu jusqu’à présent.

Nous avons aussi rencontré les Nordins, un couple d’Américains passionnants, modestement installés dans un des quartiers de Lilongwe depuis 8 ans et qui petit à petit sont parvenus à faire passer le message sur la permaculture à tout le voisinage (www.neverendingfood.org).  Biswick, un jeune homme  du coin très doué qui a très vite compris les bienfaits de la permaculture est parti tenter l’expérience dans son village. Nous avons eu l’immense privilège de visiter ces deux endroits.

Il est difficile d’exprimer ce que l’on ressent face à des villages africains où la saison des pluies n’est plus “la saison de la faim” car il y a à manger toute l’année grâce à une diversification des cultures et du mode alimentaire, des villages où il y a de l’eau toute l’année même à la fin de la saison sèche de 9 mois grâce à quelques aménagements simples et gratuits permettant une récolte intelligente des pluies abondantes, des villages où la malaria n’est presque plus un problème car les endroits de reproduction des moustiques ont été  intelligemment plantés et ménagés et enfin, des villages où produire de la nourriture n’est pas un travail qui brise le dos des femmes car la permaculture c’est avant tout la promotion de techniques limitant au maximum le travail et les efforts pour un maximum de résultats.

Face à l’enthousiasme contagieux de Biswick, il est difficile de ne pas se laisser emporter par un optimisme devenu finalement assez rare chez nous ces derniers temps (ok, j’admets que je n’ai probablement jamais été une optimiste).Mais en voyant ces villages verdoyants, pleins de vie, il est impossible d’échapper à l’évidence:  la permaculture peut sauver l’Afrique, le monde même!

Cela fait un bien fou d’enfin entendre des étrangers dire que l’Afrique est riche: “Avec un climat pareil, le Malawi peut faire pousser plus de 600 sortes de plantes, ajoutez à cela une main-d’œuvre abondante, et le Malawi devrait exporter de la nourriture aux USA et pas l’inverse!” nous explique Kristof Nordin. “Avec quelques techniques de base, tout peut pousser ici. Les famines qui s’y sont produites ces dernières années sont liées à la monoculture du maïs commencée il y a 60 ans (et imposée par un dictateur aujourd’hui parti). Aujourd’hui beaucoup de Malawiens disent qu’attaquer le maïs c’est attaquer leur culture mais c’est faux, leurs grands-parents ne mangeaient pas de maïs mais bien des centaines d’autres plantes quasiment disparues aujourd’hui!”.

L’histoire du maïs en Afrique est passionnante mais trop longue pour ce blog, par contre, nous pouvons vous dire que tous les pays visités utilisent le maïs comme la base de leur alimentation. Partout, les gens mangent de la pâte faite à partir d’eau et de farine de maïs, de préférence la plus blanche possible. Le problème est que cette nourriture, très “bourrante” n’est absolument pas nutritive et que le maïs ne peut pousser que dans des conditions parfaites, la moindre petite sècheresse et ce sont des pays entiers qui n’ont plus rien à se mettre sous la dent. Et c’est comme cela qu’il y a des millions d’enfants qui ont de gros problèmes de croissance et de développement intellectuel dans un climat où le mot “abondance” devrait être un euphémisme.

Nous sommes donc loin du discours misérabiliste qu’adoptent pas mal d’ONG sans vision et omniprésentes au Malawi (cela n’a pas empêché les famines de 2002 et de 2005. Mais que font-elles ces ONG et ces agences de développement???? Aujourd’hui, ces ONG et agences proposent d’investir des millions de dollars pour enrichir le sucre ou le beurre de cacahuète avec des vitamines et minéraux. Dans le genre “on ne touche pas au vrai problème” on fait difficilement mieux ). Bien sûr, il faudrait une énorme dose d’éducation et il faudrait secouer quelques préceptes (agri)culturels mais cela est vrai pour tous les problèmes qui plombent notre belle planète. En effet, il faudrait aussi éduquer le milliard d’êtres humains surnourris ainsi que tous les êtres humains qui surconsomment. Pas facile mais pas impossible non plus.

Cette obsession des Africains pour le maïs n’est que l’un des éléments que nous avons pu retrouver dans tous les pays visités pendant nos 16 mois de voyage. Malgré les très nettes différences qui existent entre chaque pays (par exemple, la Tanzanie et l’Ouganda, sont voisines mais sont incomparables à plein de niveaux!) et le fait qu’il est impossible de parler de l’Afrique comme s’il s’agissait d’un pays, il y a cependant une sorte de cohérence entre les différents pays de l’Afrique subsaharienne, une sorte d’huile essentielle que nous avons pu retrouver après chaque passage de frontière.

Ainsi la grande résilience, l’infinie patience, l’aisance à établir des contacts avec d’autres humains, le respect pour la vieillesse, l’hospitalité, la facilité à exprimer l’allégresse, la politesse très codée, la débrouillardise généralisée, le sens de la communauté et aussi la jeunesse énergétique sont parmi les choses positives qui nous ont frappées au quotidien. L’Afrique que nous avons vue a un potentiel humain absolument époustouflant. Partant, l’une des choses qui m’a rendue le plus triste pendant ce voyage c’est le gaspillage de ce potentiel. Combien de prix Nobel, de boursiers Rhodes, de boursiers de génie Mc Arthur sont gaspillés tous les jours sur ce continent à cause de la malnutrition, d’un système d’éducation déplorable et des dizaines d’autres facteurs qui font que l’Afrique est comme elle est?

Mais les raisons de ce gaspillage sont aussi ironiquement souvent liées aux aspects que nous pensons être les plus positifs de la société Africaine: la résilience, la patience et la débrouillardise par exemple  impliquent un plus grand degré de tolérance envers des dictateurs monstrueusement cratopathes, une infrastructure et des services publics quasi-inexistants, des ONG souvent incompétentes, et une vie généralement (très) difficile.

Le sens de la communauté, un sens qui est trop perdu en occident et que l’Afrique pourrait nous enseigner, implique d’un côté un système qui met en place les fameux “Big Men”, des africains qui ont réussi (généralement dans la politique) et en échange d’un support économique sans fin pour leurs familles, leurs amis, les membres de leur ethnies (le cercle s’élargit en fonction de leurs richesses et pouvoir) ils reçoivent respect et une place spéciale dans leur communauté. Il est évident que les “petits” big men sont essentiels pour pallier l’inexistence d’une quelconque sécurité sociale mais il n’est pas difficile de voir  en quoi ce système est la voie royale vers une corruption débilitante.

De l’autre côté, le sens de la communauté est à l’origine d’une jalousie collective qui empêche beaucoup d’esprits entreprenants ou différents de vraiment se sortir de la pauvreté générale. Celui qui réussit mieux que les autres est immédiatement rappelé à l’ordre par des accusations de sorcellerie (omniprésente!), de sabotage ou ultime sanction, un rejet de la communauté. Nous avons pu observer ces choses de près lorsque nous avons passé du temps avec des Africains plus créatifs que la moyenne. Biswick par exemple, est régulièrement accusé de sorcellerie et de satanisme. A défaut de pouvoir être tiré vers le haut, la communauté tire tout le monde vers le bas. Un autre exemple, ce sont les marchés où les vendeurs vendent les deux mêmes légumes (généralement tomates et oignions). Un véritable casse-tête pour l’étranger qui désire répartir au mieux ses dollars dans une communauté qui en a désespérément besoin.  A qui acheter? à la vieille dame ou à la jeune mère? Et puis, à quelle vieille dame et à quelle jeune mère, il y a en a au moins dix qui vous supplient de leur acheter quelque chose?

Ces différents aspects du sens de la communauté paraissent contradictoires quelque part mais ils coexistent assurément en Afrique sub-saharienne.

Je pourrais vous parler pendant des heures de ce que nous avons appris sur la culture commune aux Bantous. Comme par exemple, cette capacité naturelle à partager les biens matériels avec d’autres mais une réticence obstinée à partager le savoir (gratuitement). En tant que voyageurs occidentaux, venant d’une culture où nous ne donnons rien de matériel mais échangeons constamment des informations, nous avons mis des mois à comprendre ça! Ainsi, obtenir des indications claires pour se rendre à un endroit précis était un parcours du combattant pour nous (et le sera toujours). La question “Où puis-je trouver le puits du village?” est généralement suivie par un geste imprécis dans une certaine direction et lorsque vous demanderez plus de précisions vous recevrez le même geste imprécis appuyé par un regard ennuyé. Bon, OK, il faut juste répéter l’opération jusqu’à ce que le geste imprécis aille dans la direction opposée, le puits n’est plus très loin.

Ou encore, une gentillesse et une capacité quasi-infinie pour l’hospitalité font partie du quotidien du voyageur en Afrique. “Welcome!” “Hello! How are you?” résonnent de toute part lorsqu’on se promène en rue mais de l’autre côté, malheur à celui qui paie pour un service, comme dans un restaurant ou dans un hôtel, il ne recevra de la part du serveur ou de l’hôtelier qu’un regard ennuyé au mieux, fâché au pire. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’Afrique n’est pas une société de services. Pour des raisons que nous ignorons complètement c’est comme si payer un africain pour être gentil lui enlevait toute envie d’être gentil. Bien sûr, tous les serveurs ne sont pas léthargiques ou méchants mais ils sont plutôt l’exception qui confirment la règle.

Un autre exemple que nous avons mis des mois à comprendre, parce que nous étions coincés dans nos mentalités occidentales – et le sommes encore toujours- c’est que généralement lorsqu’un Africain vous demande de lui donner quelque chose (votre vélo par exemple) c’est un compliment plutôt qu’une réelle demande. En effet, il est très impoli de faire des compliments directs aux gens à cause du risque d’attirer des mauvais esprits ou des mauvais sorts. Un Africain ou un étranger expérimenté répondrait par une blague qui cacherait d’un côté un non poli, de l’autre un merci pour le compliment.( Bien sûr, cela se complique dans les pays envahis par les ONG où les gens habitués à recevoir des choses gratuitement veulent vraiment que vous leur donniez la chose demandée). Ce genre de subtile rhétorique est le produit d’une culture essentiellement orale. Même sans comprendre la langue, il est fantastique de voir un paysan sans éducation au delà de la 3ième primaire, se lever lors d’une occasion spéciale pour donner un discours de vingt minutes avec une aisance qui laisserait pantois les ténors du Barreau parisien.

Un autre aspect typique de l’Afrique subsaharienne est l’omniprésence de la jeunesse: 50% des africains ont moins de quinze ans. Les enfants sont partout! Pas un jour ne passe sans que je ne tombe amoureuse d’un sourire, d’une petite voix qui dit “Howwayou?” ou d’un regard timide qui joue à cache-cache. Je vous souhaite à tous de faire un jour l’expérience de passer à côté d’une école, de lancer un “How are you?” à la ronde et d’entendre 200 gosses qui répondent à l’unisson “I am fine!”.

Et c’est justement pour ces enfants que j’ai tellement de colère en moi. De la colère envers bien évidemment ces dictateurs qui laissent leurs concitoyens dans la misère mais aussi et surtout de la colère envers tous les riches de ce monde qui volent l’avenir de ces enfants en détruisant la planète à petit feu pour satisfaire des envies qui ne les rendent même pas heureux..

Je sais bien évidemment que la plupart des gens ne consomment pas POUR détruire notre planète mais les signes de cette destruction sont partout et il est vraiment temps que nous arrêtions le massacre. Ce qui nous a le plus mis le bourdon ces derniers seize mois c’est l’omniprésence de la marque humaine partout où nous allions: déforestation, désertification, urbanisation sans règles, pollution des eaux, des sols, de l’air, mauvaise gestion des déchets, agriculture chimique, destruction des habitats naturels, et j’en passe. L’Afrique est par ailleurs le continent le moins développé de tous! L’ampleur de la destruction laisse craindre le pire pour l’avenir.

Parce que l’avenir, c’est le changement climatique. C’est le plus grand défi que l’espèce humaine ait jamais eu à affronter. Le terrorisme, la guerre froide, la grippe aviaire etc ne sont rien à côté du risque de voir, parmi d’autres effets, des méga-sécheresses, des méga- ouragans et le niveau de la mer monter de plusieurs mètres d’ici quelques décennies si nous ne changeons rien à notre façon de vivre.

D’ailleurs, même si nous arrêtons d’émettre le moindre gramme de CO2 demain, nous devrons tout de même gérer une nouvelle planète où il fera en moyenne 1.5°C plus chaud que lorsque notre civilisation est née. Les conséquences de ce réchauffement seront très lourdes et il est fondamental qu’à l’instar des Néerlandais, des Britanniques et des Bangladeshis , nous nous y préparions.

Et bien sur, il se trouve que l’Afrique, le continent le moins responsable de tout ce problème, est aussi par une cruelle ironie du sort celui qui souffrira le plus de ses conséquences. Ceci est à mon humble avis la plus grande injustice de tous les temps.

C’est pour cela que pour Dave et moi, l’idée de quitter l’Afrique aujourd’hui pour reprendre une vie pépère dans une maison proprette, un boulot traditionnel avec 2,4 enfants serait comme cracher au visage de chaque personne rencontrées sur ce continent. Autrement dit, c’est impensable.

Alors voilà, après des mois de discussions, de réflexion, de rencontres, de lecture, nous avons un peu modifié nos futurs projets.

En très gros, nous nous sommes rendus compte qu’il est urgent et fondamental que toutes les personnes qui en ont la capacité s’engagent dans la lutte pour sauver notre planète.

Vu l’échec total de Kyoto, la débâcle de Copenhague et le minuscule accord obtenu à Cancun, il est devenu manifeste que la solution doit venir d’en bas. Il est évident que pour une myriade de raisons, le monde politique ne prête qu’une oreille distraite aux cris d’alarme de la communauté scientifique et qu’il nous appartient à nous, les citoyens de ce monde, de l’obliger à les entendre et à réagir. Pas demain, pas en 2015 mais aujourd’hui.

Ce n’est pas un petit défi. D’autant plus qu’il y a encore pas mal d’incertitudes, d’incompréhension et d’ignorance sur le sujet du changement climatique parmi la majorité des gens. Nous mêmes, qui sommes quand même pas mal engagés pour l’environnement, n’avons réalisé l’urgence de la crise que très récemment (bon, vivre dans le bush africain n’aide pas) et nous avons passé l’essentiel des ces dernières semaines à lire tout ce que nous pouvions trouver sur le sujet. Nous allons donc plus travailler sur notre section “ressources” pour y mettre une liste des livres, des sites internet et des documentaires classés par thème que nous avons trouvé utiles pour comprendre les problèmes.

Les problèmes mais aussi les solutions car la très bonne nouvelle c’est que les technologies et les idées nécessaires pour nous sortir de l’impasse existent déjà et qu’il suffit que nous les appliquions et que nous exigions de nos gouvernements qu’ils les appliquent aussi.

Oui! le défi est énorme et l’échelle des changements nécessaires donne le tournis mais lorsqu’on voit l’effet que peut avoir un homme qui s’immole par le feu en Tunisie sur toute une région du monde, il est difficile de ne pas voir que nous avons tous un pouvoir énorme et que le changement peut arriver très vite.

Alors voilà, pas de défaitisme, pas de pessimisme noir, pas de cynisme, pas de climato-scepticisme il faut juste bouger. Pour nous qui serons là quand ça va péter, pour tous les enfants qui n’ont absolument rien demandé et pour ceux qui n’ont jamais contribué au problème. On parle quand même du risque de l’extinction de l’espèce humaine ici. Même Lady Gaga, Justin Bieber et Prison Break risquent de disparaître. Ça vaut la peine de se battre,non ?

En tout cas pour Dave et moi la voie à suivre est claire. Nous nous sommes rendus compte que l’heure de faire le tour du monde à vélo est passée (et en fait c’est le cas toutes les activités humaines qui ne font rien pour aider dans la lutte contre le changement climatique). Il est temps de nous rendre utiles. Donc, nous rentrons voir nos familles pendant quelques semaines, et à partir de début avril nous allons descendre de New York jusqu’à Rio di Janeiro en transport en commun que nous voudrions atteindre avant mai 2012, moment du prochain sommet de l’ONU sur le développement durable. C’est là que sera discuté l’essentiel de la suite de Kyoto. Probablement l’une des dernières chances de sauver notre climat. En vue de ce sommet, nous allons travailler pour des organisations comme ATD Quart Monde et 350.org (une super organisation! Checkez leur site!) et faire ce que l’on peut (cuisiner, préparer des power points, s’enchaîner à un arbre ou être aveuglés par des gaz lacrymogènes, qui sait??).

En chemin, nous allons nous arrêter dans un maximum de fermes bio (surtout permaculture qui fait vraiment, vraiment, vraiment, entièrement partie de la solution!) pour apprendre notre futur métier. Nous avons envie de nous installer sur un petit morceau de terre d’ici la fin 2012, de produire des fruits et légumes sains à de bons prix pour notre communauté, de faire ce que l’on peut pour rendre notre ferme carbone-négative et de rejoindre le mouvement de plus en plus actif qui lobby les gouvernements du monde entier pour prendre les décisions qui ne peuvent être prises par des citoyens ordinaires.

Quant à notre site internet, nous voudrions le garder même si nous ne méritons plus le qualificatif de  cyclistes (nous en sommes très tristes d’ailleurs!). Dorénavant, le site contiendra des récits de voyage mais aussi des  compte-rendu sur les initiatives, les idées, les projets, les inventions et les technologies qui font parties de la solution que nous découvrirons en route ou ailleurs. (si vous avez des suggestions surtout francophones, écrivez-nous!). Ce seront donc aussi les sections “permaculture” et “ressources” qui seront misent à jour régulièrement.

Je terminerai par vous dire que Dave et moi avons espoir en l’avenir parce que s’il est vrai que l’homme est un singe nu mal adapté aux réalités du 21ième siècle, il est surtout un génie au cœur d’or ! Si vous en doutez, je vous conseille de jeter votre télé par la fenêtre!

Voilà, maintenant, allez vite sur notre section ressources et lisez, lisez, lisez tout ce que vous pouvez!

La prochaine fois que nous vous écrirons ce sera des Etats-Unis. Un bon choc culturel en perspective!

Merci mille fois de m’avoir lue, désolée pour la longueur de mon texte et j’espère que je ne vous ai pas trop embêtés!


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Mozambique

Les photos sont disponibles ici

(Des infos pratiques pour les cyclistes disponibles ici)

“Ok, alors pour arriver à l’auberge de jeunesse, on suit l’Avenue Vladimir Lenin jusqu’à l’Avenue Kim Il Seung et puis on tourne à droite sur l’avenue Mao Tze Tung.’ m’explique Dave alors que nous roulons sur l’autoroute à 3 bandes nous menant à Maputo, “la plus charmante capitale africaine” selon le Lonely Planet. Lorsque j’avais lu cette description, je m’étais naïvement imaginée une jolie petite ville portugaise pleine de charme et de terrasses de cafés. Le Lonely Planet et moi n’avons pas la même définition du mot “charme”, ce qui n’est finalement pas notre seul point de désaccord. D’ailleurs je me demande pourquoi on se fatigue encore à le porter avec nous…

Quoiqu’il en soit, Maputo est à l’image du Sud du Mozambique: une ville sale et bruyante mais relativement dynamique, qui tente tant bien que mal d’effacer les traces de 20 ans de guerre civile et de remettre au goût du jour un communisme devenu bien désuet depuis la chute du mur de Berlin. Le centre de la ville est essentiellement composé d’immenses blocs d’appartements mêlés à d’improbables bâtiments (art déco notamment) souvent décrépis, le long de larges avenues où l’on peut se promener tranquillement à l’ombre de vieux jacarandas qui donnent un peu de couleurs au béton.

Nous arrivons cependant un peu tard pour voir le vrai visage de Maputo. C’est le 31 décembre et tout ceux qui peuvent se le permettre ont fui la ville depuis longtemps pour aller faire la fête sur les plages  quelques centaines de kilomètres plus au Nord. Nous qui avions envie de fêter le nouvel an cette année, c’est bien râpé.  Nous passons quatre jours à parcourir la ville à pied dans tous les sens et sa diversité  est attrayante. Nous y retrouvons l’ambiance de la côte swahili qui donne un charme oriental à cette partie-ci de l’Afrique.

Lorsque nous reprenons la route, nous croisons le trafic des riches citadins qui retournent au travail. Nous devons donc partager la seule route goudronnée du pays avec pas mal d’autres véhicules pendant les deux-trois premiers jours. C’est aussi les vacances des Sud-africains qui viennent coloniser la côte sud avec leurs énormes 4×4 tractant de nombreux jet ski ou des quads. (Contente de voir qu’on ne cesse de trouver de nouvelles façons de brûler notre précieux pétrole dans notre indispensable atmosphère.)

Le voyage à vélo est sympa cependant: les gens que nous rencontrons sont extrêmement accueillants et souriants. La nature ici est luxuriante. Chaque famille semble avoir son petit bout de paradis vert et le soir lorsque nous nous arrêtons pour planter la tente dans une cour familiale, les habitants sont fiers de nous montrer leurs richesses: mangues, papayes, bananes, goyaves, noix de coco, noix de cajou, ananas, fruits de la passion, oranges, mandarines, citrons, pastèques, manioc, riz, maïs, pommes de terre douces, choux, tomates et j’en passe. “Nous ne devons acheter qu’un peu de riz et du savon au magasin, le reste, nous le produisons nous-mêmes” nous explique fièrement Vincenzo qui nous invite à partager un verre de vin de noix de cajou avec sa famille pour célébrer notre arrêt sur ses terres.

Notre rythme a changé cependant depuis que nous avons repris la route au Swaziland, qu’on a traversé en deux jours de vélo. C’est la saison des pluies dans cette partie du monde et le pire moment pour visiter le Mozambique. Les températures dépassent allègrement les 35° C et il y a souvent 85% d’humidité. Nous sommes donc debout à 4h30 du matin pour pédaler l’essentiel de nos cinq heures avant 11 heures et faisons encore une heure de vélo après 16h avant de trouver un endroit où planter la tente.

Faire cinq heures d’effort physique dans un climat pareil nous rend souvent malades: maux de têtes, nausées, déshydratation, petits empoisonnement alimentaires à droite, à gauche, des démangeaisons dues à la chaleur et je ne vous parle même pas des moustiques, des mouches qui donnent des vers et des vers tout court qui grouillent partout et surtout dans le ventre des enfants.

Après quatre mois en Afrique du Sud, c’est un énorme choc que de rentrer dans l’un des pays les plus pauvres au monde même si le Mozambique est devenu la coqueluche des “aideurs au développement” en réduisant de manière impressionnante son taux de pauvreté depuis la fin de la guerre en 1992.

Nous pédalons jusqu’à Inhambane, une jolie petite ville d’où nous tentons pour 20 euros une petite excursion en mer, armés de palmes et de tubas, espérant rencontrer des requins-baleines. Pas de chance: il pleut, il fait froid sur le bateau, ma voisine passe le trajet à vomir et nous ne voyons pas plus de requins-baleines qu’il n’y a d’alliance sur mon doigt (je l’ai perdue quelque part dans l’Océan Indien. Enfin, si je sais où elle est, elle n’est pas vraiment perdue, hein). Bref, un bon coup d’épée dans l’eau, cela nous apprendra à payer pour “faire des trucs”.

Pédaler entre deux orages c’est bien mais prendre le bus pour les éviter c’est mieux. Nous nous télétransportons donc de Inhambane à Quelimane dans le Nord en passant par Beira où nous sommes accueillis par un charmant couple de juristes portugais qui vivent au Mozambique depuis quelques mois. Nous apprenons pas mal de choses sur la corruption (le fait que les étudiants ne pouvant pas présenter la carte du FRELIMO, le parti au pouvoir, ne réussissent pas leurs examens ou que Beira qui vote MDM, un nouveau parti, ne reçoit pas un kopeck des millions de dollars injectés dans l’économie par les généreux donateurs ne sont que deux exemples parmi bien d’autres), sur le taux extrêmement élevé, mais finalement normal pour la région, de personnes contaminées par le HIV/SIDA, sur la pauvreté écœurante qui fini par rendre cynique à défaut de fou, etc.

Pffff, c’est intense le Mozambique! La pauvreté abjecte dans laquelle les gens sont réduits à vivre dans un monde où des gens se rendent en Lamborghini – ou un autre de ces gadgets pour vaniteux- pour aller manger des produits de luxe me rend triste et déprimée. Nous nous demandons ce que nous faisons là, juste à pédaler alors qu’il y a tellement de choses à faire pour changer les choses. Nous reparlons beaucoup du futur, modifions quelques uns de nos plans (mais il est encore trop tôt pour en parler) et reprenons la route à partir de Quelimane.

Le Nord du Mozambique est très différent du Sud. Je pense qu’il s’agit de la région la plus pauvre que nous ayons vue jusqu’à présent. Fini l’accueil chaleureux et sympa des habitants. Nous savons depuis longtemps que l’attitude des gens par rapport à notre petite expédition est une expression de leur niveau d’éducation et d’ouverture au monde. Ici, les petits enfants nous fuient en pleurant, les plus grands deviennent hystériques et courent derrière nous, les adultes, s’ils osent nous regarder, nous regardent passer bouches bées, les adolescents les plus téméraires nous suivent silencieusement à vélo juste pour le plaisir de nous observer un peu plus longtemps. Nous causons des accidents (de vélos heureusement, personne n’a assez d’argent pour s’acheter un toit de tôle ondulée et encore moins une voiture), nous interrompons les messes et les cours dans les écoles et causons de grands attroupements dans tous les villages où nous nous arrêtons.

Le soir, lorsque nous avons planté la tente sous les “ouh” et les “ah” des petits et des grands, je sors une petite carte de l’Afrique et dans mon plus beau “portugnol” j’explique un peu notre voyage. La seule question qui suit parfois mon petit speech c’est de savoir si nous avons des enfants. Notre réponse génère alors un grand silence suspicieux parmi les femmes qui à mon âge ont parfois 4 ou 5 enfants.

Pas de “Vous devez être fatigués/en pleine forme?”, de “Combien de crevaisons?” ni de “Que faites-vous pour vous protéger des animaux?” qui sont les questions standards des belges, comme des Sud-Afs et des enfants  de Dar es Salaam ou de la brousse Zambienne. Même dans le sud du Mozambique,  lorsque nous étions déjà dans notre tente, nous pouvions entendre les familles avoir des discussions animées sur notre voyage jusque tard dans la nuit.

Ici, rien de tout cela.

Lorsque je perds patience parce que nous sommes continuellement traités comme des animaux en cage
ou que des gens se moquent de notre peau blanche ou de notre moyen de locomotion, j’essaie de me souvenir que le Mozambique est le 40ième pays que je visite alors que les gens ici n’ont probablement jamais quitté leur village; que nous avons lu des centaines de livres dans notre vie alors qu’ici il y a 6 instituteurs pour 410 élèves qui ne comprennent pas le Portugais – la langue de l’enseignement; que notre tente est plus confortable et plus imperméable que leurs cases; que nous pouvons nous offrir à manger dans un pays où la nourriture est outrageusement chère (un petit poulet-frites (des produits locaux) coûte 4 euros!!!!); que nous pouvons prendre le bus alors qu’un ticket Inhambane-Quelimane coûte un quart du salaire mensuel d’un prof (2500 meticais = 56 euros, un loyer en ville coûte facilement 1500 meticais); que nous venons de pays qui causent le réchauffement climatique dont eux vont ressentir les effets bientôt lorsqu’ils verront leurs précieuses terres disparaître sous la mer et que  si j’en ai marre de voir cette misère, je peux prendre un avion (que la plupart n’ont jamais vu) direction l’Europe (qu’ils ne peuvent même pas imaginer) pour trouver un boulot qui me permettra de gagner en un mois au minimum l’équivalent de trois ans de salaire moyen ici.

Alors, je ravale mon impatience mal placée et je lance un “Bom día” à ceux qui veulent bien l’entendre.

Arrivés à Nampula, grande ville au Nord, la roue arrière de Dave nous lâche à nouveau. Le problème est sérieux. Tellement sérieux que nous devrions nous faire envoyer les pièces de Belgique. Malgré la gentillesse habituelle de l’équipe de la Maison du Vélo à Bruxelles, cet envoi serait beaucoup trop cher et injustifiable par rapport aux quelques centaines de kilomètres qui nous séparent de notre but. Alors voilà, le voyage à vélo en Afrique s’arrête ici pour nous. Heureusement, le Malawi est un pays qui est très actif en matière de permaculture et nous sommes ravis d’aller passer un peu de temps là-bas. En attendant le Malawi, nous sommes partis à la découverte des îles perdues dans le temps telles qu’Ibo et Ilha de Moçambique. Pas trop mal comme prix de consolation…

Nous avons donc encore quelques petits projets intéressants avant notre retour au pays natal! Quelle  joie cependant de penser à notre retour et au fait de vous revoir!

A bientôt!

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Cap Oriental

Photos disponibles ici

Des infos pratiques pour les cyclistes disponibles ici

Aïe, aïe, six semaines et quelques milliers de kilomètres déjà depuis la dernière mise-à-jour. Désolée! Le temps passe vraiment trop vite!

Donc, depuis le départ de la famille de Dave mi-novembre, nous avons mis nos vélos sur un bus jusqu’à East London, dans la province du Cap Oriental. De là, nous sommes remontés sur nos vélos pour tenter la traversée de l’ancien Transkei ou Wild Coast,  une région à l’histoire particulièrement sud-africaine.  Elle n’est en effet rien d’autre que l’un des dix fameux Bantoustans ou Homelands créés par les architectes machiavéliques de l’apartheid.

Leur programme était ambitieux: empêcher les noirs d’avoir la nationalité sud-africaine afin de sécuriser le contrôle blanc sur le pays riche en minéraux. Pour cela pensaient-ils, il suffisait de déplacer les Noirs, divisés en ethnies, vers des parties du pays qui seraient autonomes dans un premier temps, indépendantes par la suite. Le Transkei était un Bantoustan réservé aux Khosas, l’ethnie de Nelson Mandela.  En 1994 les Bantoustans furent réintégrés à la République Sud-africaine et Nelson Mandela, le grand homme, prenait la présidence d’un pays fondé en 1910 sur l’inégalité raciale et sur la division entre les peuples le composant.

Cinq minutes après être descendus du ferry qui traverse le fleuve Kei, nous avons compris que rien n’a  changé ici depuis 1994: le gouvernement a laissé la situation comme elle était: plutôt que d’investir sérieusement et massivement dans une région extrêmement pauvre, il a préféré verser une allocation à tous ses habitants et se concentrer sur les régions urbaines avec plus de potentiel. A ce jour, il n’y a toujours pas d’industrie, l’agriculture – même de subsistance! – y est très peu développée, les terres sont communales, les chefs traditionnels – non élus- détiennent tous les pouvoirs (ce qui est la porte ouverte à la corruption et à l’arbitraire). Résultat des courses: 86% de la population active est sans emploi (de manière permanente) et la majorité écrasante des enfants ratent les tests scolaires standardisés (car ils sont en Anglais et les enfants parlent encore moins l’Anglais qu’en Ouganda!). Le gouvernement ayant d’autres chats à fouetter, il n’est pas certain que les choses changeront un jour.

Malgré ces statistiques catastrophiques, nous y retrouvons – avec un certain plaisir je dois dire- les petites routes en terre peu fréquentées, les villages formées de cases rondes, les écoliers en uniforme – la touche britannique par excellence en Afrique- nous saluant comme s’ils n’avaient jamais vu de blancs, les mamas portant fagots de bois sur la tête et nourrisson sur le dos, des hommes buvant de la bière de maïs en groupe, de vieilles dames toutes ridées portant des vêtements plus traditionnels en route vers l’église.  Tout ce petit monde vit dans des paysages magnifiques: de belles collines vertes et ondulantes avec vue sur l’Océan Indien bleu cobalt. Les gens sont extrêmement accueillants et souriants et nous étions ravis d’être de retour dans l’Afrique que nous aimons tellement (même s’ils nous a fallu plusieurs longs mois pour nous y attacher).

Ce n’est cependant pas sans réticences que le Transkei s’offre aux voyageurs à vélo. Après plus d’un mois de paresse, nous n’étions pas prêts de retrouver des collines sur lesquelles manifestement personne n’a fait d’effort pour construire des routes logiques et où nous passons 15 fois dans la même journée du niveau de la mer à 500 mètres d’altitude sous un soleil brûlant que nous n’avions plus vu depuis la Namibie. Nous poussons souvent nos vélos surchargés jusqu’au sommet sous les “bye-bye”  ou “sweets, sweets!” enthousiastes des enfants.

Même si nous avions l’impression d’être en pleine campagne tanzanienne (si ce n’est pour le nombre    impressionnants d’écoles, de centre médicaux et de pompes à eau neufs), le Transkei est encore en Afrique du Sud. En sus des milliers d’avertissements reçus par des Sud-af blancs sur les “grands dangers” du Transkei, nous avons eu le déplaisir d’être interrompus à  plusieurs reprises lors de nos pauses le longs de la route par des gens dans leur 4×4 qui s’arrêtaient pour nous dire que nous devions partir très vite de là car la région est trop dangereuse. “Les noirs sud-africains sont différents des autres noirs.” nous explique-t-on ou encore “Ici, c’est l’Afrique sauvage”. Il est difficile en tant que touriste de ne pas écouter les conseils des “locaux” mais en Afrique du Sud, il n’y a pas d’autre choix. Si vous deviez écouter les Sud-af blancs vous n’iriez nulle part dans ce superbe pays.

S’il est vrai que l’Afrique du Sud est le deuxième pays le plus dangereux au monde après la Colombie (Nous avons rencontré deux médecins allemands qui travaillent à Durban, ils passent leurs journées à recoudre des blessés par balles. “Ça nous change de l’Allemagne” expliquent-ils avec un sourire), être  obsédé par le crime, complètement parano et se méfier de tous les hommes noirs âgés de 15 à 45 ans n’est certainement pas une solution. D’autant plus que cette paranoïa est la porte ouverte à un racisme absolument délirant (alors que la plupart des victimes sont des noirs dans les townships) . Le racisme ici est aussi réel que la criminalité. Nous ne comptons plus le nombre de Sud-afs ou Namibiens blancs qui nous ont sorti des horreurs racistes endéans les 5 minutes de notre rencontre ou qui se plaignaient de leurs employés noirs comme s’ils étaient une sous-catégorie humaine.

Après 13 mois sur ce continent, nous nous rendons compte que dans beaucoup de situations, la culture africaine traditionnelle et le système capitaliste moderne  sont incompatibles mais il est possible de trouver un entre-deux qui soit respectueux de tout le monde. Nous avons rencontré suffisamment de Sud-af blancs, noirs et asiatiques qui cohabitent au quotidien dans le respect mutuel et qui sont en train de concrétiser ce fameux “rainbow nation” en se basant sur les côtés positifs de chacune des communautés. Un pays où les feuilletons sont en 6 langues a certainement des choses positives à enseigner au reste du monde….

Nous étions dans le Transkei depuis une bonne semaine, lorsque le vélo de Dave nous a lâché en plein milieu d’une colline speciale Transkei. Nous embarquons donc nos vélos pour la deuxième fois sur un bus jusqu’ à Durban. Nouvelle ville sud-africaine, nouveau monde: Durban c’est là où l’Inde rencontre l’Afrique. La ville est d’une diversité absolument incroyable et elle a une très chouette énergie (bien sûr, on vous dira aussi que Durban est une ville extrêmement dangereuse où il ne faut pas se promener blablabla). Nos vélos chez le réparateur et Dave passé chez le médecin pour une petite fièvre africaine et hop, nous prenons le bus pour Maseru, capitale du Lesotho où nous récupérons notre amie Megan en pleine forme – malgré le décalage horaire et les 20 heures de vol depuis NYC.

Le Lesotho, surnommé “le Royaume dans le ciel” est un pays de la taille de la Belgique situé à plus de 1400 mètres de hauteur en plein cœur de l’Afrique du Sud. Les montagnes sont en grès et l’érosion leur a donné de jolies courbes toutes douces. Le pays est riche en sources d’eau fraîche (vendue en partie à l’Afrique du Sud) et les paysages sont très verts malgré l’absence d’arbres.

Petite capitale africaine très calme, Maseru n’a pas grand chose à offrir mais il suffit de prendre le bus pendant quelques heures pour se retrouver au bout du monde!

Dans les montagnes, la vie pastorale bat son plein et nous avons eu l’impression de faire de la randonnée dans une sorte de Mongolie africaine, très éloignée de la civilisation occidentale. Ici, pas de voitures, de toute façon, il n’y a pas de routes. Le poney adapté au terrain accidenté est le mode de transport par excellence et les gens vivent très simplement dans des huttes de pierre aux toits de chaume.  La vie ici est vraiment rude et le climat ne pardonne pas: l’hiver, il neige beaucoup et l’été, il y a de sérieux orages qui causent beaucoup de dégâts.

En 10 jours, nous n’avons malheureusement pas eu l’occasion de beaucoup explorer ce pays vraiment spécial mais c’est une perle à découvrir si vous êtes dans la région.

Megan rentrée chez elle, nous avons parcouru pas mal de kilomètres avec les mini-bus locaux (“C’est beaucoup trop dangereux! Il ne faut jamais les emprunter!” ) pour arriver dans une petite ferme bio/permaculture dans la province du Kwa-Zulu Natal (“Kwa Zulu Natal? Il ne faut pas y aller, les Zulus sont vraiment dangereux!”). Là, nous avons passé deux semaines trop courtes à traire des vaches, fabriquer des fromages, faire du pain, du beurre, du yaourt, des produits cosmétiques naturels, à filer de la laine et du coton,  à s’occuper du potager, des poules, des lapins, des cochons et des chevaux entourés de superbes montagnes. Il était en effet grand temps de remettre le “perma” dans permacyclistes. C’est chose faite et nous sommes prêts à reprendre nos vélos dès mardi. Demain nous tricherons une dernière fois en les mettant sur un bus jusqu’au Swaziland. De là, nous pédalerons jusqu’au Malawi d’où nous prendrons l’avion le 6 mars pour nos pays respectifs.

En avril, nous reprendrons la route en Amérique du Sud.

Nous tournons donc la page sud-africaine de notre voyage. Quatre mois dans ce pays et je dois avouer que je n’ai jamais rien visité d’aussi intense de ma vie! D’un côté, le racisme et la criminalité omniprésents génèrent pas mal de sentiments négatifs, de l’autre, l’hospitalité et la gentillesse sans bornes rencontrées ici nous ont donné l’impression d’être au Shangri-la du voyageur. Je pourrais vous écrire des pages entières sur ce que nous avons vu, entendu et vécu dans ce pays mais le mieux est encore de vous épargner mes litanies socio-politico-débiles et de vous inviter à venir découvrir ce pays par vous même.

Petits conseils lecture:  “Diamonds, gold and war” de Martin Meredith, “Pleure mon pays bien-aimé” d’Alan Paton, “Country of my skull” d’Antjie Krog et “South Africa’s brave new world” de R.W. Johnson.

N’hésitez pas à vous inscrire à notre google group ou à trouver notre page “permacyclists” sur Facebook.

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Vipassana

Voici le lien vers quelques photos de notre année en Afrique

Voilà déjà un an que nous sommes sur la route et nous avons passé une année merveilleuse!
D’autant plus qu’elle se clôture par une découverte spirituelle magnifique. Et oui, j’ai dit “spirituelle” car ce n’est pas tout de passer ses journées à pédaler dans des paysages superbes et de rencontrer des gens géniaux, notre voyage a aussi un aspect spirituel !  Les cyniques du fond peuvent rigoler…

Je dois vous prévenir tout de suite que je parle de spiritualité sans Dieu. Personnellement, j’ai passé 21 ans dans l’enseignement catholique et si je me sens très touchée par le message de Jésus (“Aime ton prochain…”etc), je me sens aussi très éloignée de l’Institution. Quant à Dave, son éducation religieuse plus complexe  que la mienne – faite d’un mix savant de christian science, de judaïsme pratique et d’athéisme moderne- l’a éloigné de toutes les religions.

Partis en athées convaincus, nous avons survécu à de multiples tentatives de (re)conversion par des chrétiens de toutes dénominations. Nous avons finalement accepté le fait que nous n’avions pas la foi, ni en dieu(x), ni en un Esprit (magique, bienveillant ou malveillant). Nous savions aussi que nous n’étions pas à la recherche d’un substitut, de rites, de rituels, de traditions ou de croyances New Age ou autres. Malgré cela, nous voulions, nous aussi, pouvoir replacer nos petites vies dans un cadre plus larges qu’elles.

Depuis quelques temps, nous savions que notre réponse se trouverait plus à l’Est mais n’avions jamais pris le temps de vraiment chercher. Des amis nous avaient parlé d’une forme de méditation, appelée Vipassana, qui a changé leur vie. Ils nous avaient expliqué qu’il y avait des centres dans le monde entier pour apprendre la technique. Nous pensions garder cela pour l’Asie (chaque continent a pour nous un thème) mais le temps passant, nous nous sommes rendus compte de plusieurs choses:

Premièrement, le fait est que nous sommes heureux. En fait, nous n’avons probablement jamais été aussi heureux de nos vies mais nous nous rendons compte que ce bonheur est fragile car il dépend de circonstances extérieures que nous ne maîtrisons pas. Si l’une de ces conditions venait à disparaître (genre plus de vélo pour raison de santé), nous ne serions plus aussi heureux.

Deuxièmement, malgré le fait que nos vies soient parfaites en ce moment, nous ne pouvons nous empêcher d’être tourmentés par nos démons ou par des désirs d’avoir plus, toujours plus. Cela nous a particulièrement frappés lorsque nous avons pédalé pendant 3 mois dans des régions quasi-désertiques. Le face-à-face constant avec notre esprit sans moyen de le contrôler est un exercice pénible et fatigant que nous ne tenons plus à répéter.

Enfin, cette année de voyage nous a offert beaucoup de sentiments extrêmes telles que la colère envers les hommes (pour la destruction environnementale par exemple) mais aussi beaucoup d’amour pour ces mêmes hommes qui sont fondamentalement extraordinaires et bons. Nous voulions apprendre à cultiver les sentiments positifs et à réduire les sentiments négatifs.

Ces trois constats combinés à la lecture du “Plaidoyer pour le bonheur” de Mathieu Ricard, nous ont amenés à chercher un centre de méditation Vipassana avant d’arriver en Asie. Par chance, le seul centre en Afrique est en Afrique du Sud, près de Cape Town! Mieux encore, il y avait un cours de dix jours fin octobre. L’occasion était trop parfaite et en trois clics, nous étions inscrits.

Alors Vipassana, c’est quoi? Nous n’en savions pas grand chose si ce n’est qu’un journaliste new-yorkais décrit l’expérience ainsi: “Si à la fin, on a l’impression de quitter Shangri-la, c’est parce qu’au début, on a l’impression d’être à Guantanamo.” A mon avis, à Guantanamo, ils se disent qu’une retraite Vipassana c’est le Club Med mais la plupart des gens en liberté seraient d’accord avec cette description.
L’aspect Guantanamo c’est notamment dix jours de silence total, l’interdiction de quitter le centre pendant ce temps, la séparation hommes-femmes stricte,  l’interdiction de consommer de la viande, de l’alcool ou du tabac, le lever à 4 h du matin (oui, il y a un 4 h du matin!) et 11 heures de méditation par jour.

La méditation c’est quoi? C’est être assis en tailleur sur un coussin et observer – sans visualisation, ni répétition de mantras- sa respiration naturelle quand elle entre et sort par le nez. Onze heures par jour.
La technique se complique un peu le 4ième jour : il faut apprendre à se concentrer sur les sensations physiques éprouvées dans chaque partie du corps, de la tête et pieds et des pieds à la tête. Le but est de rester d’humeur égale (équanime) tout le temps quel que soit le caractère de la sensation (agréable ou non). Parfois, en méditant, on éprouve des sensations géniales et parfois, on a juste mal au ventre. Les deux sont bons, il faut juste l’observer et l’accepter sans créer de désir pour les sensations de flottement ou d’aversion pour le mal de ventre.

Au début, je “méditouille” dans le genre: une respiration – deux respirations et hop! je me retrouve dans un de mes milliers de scénarios ou de souvenirs. Le temps que je me rende compte que je suis partie, 10 ou 20 minutes sont passées. Et il faut recommencer. Encore et encore. Jusqu’à ce que la concentration devienne meilleure et qu’à la fin, je puisse observer des sensations subtiles dans tous le corps.

Cette technique, enseignée par le Bouddha il y a 2500 ans, est simple et complexe à la fois. L’idée est que nos sentiments sont précédés ou accompagnés par des sensations physiques. Avec beaucoup de pratique, le méditateur peut reconnaître les sensations physiques avant même que le sentiment ne le submerge et en observant les sensations objectivement, il parvient à rester maître de ses sentiments. Pour les gens comme les moines bouddhistes, elle permet d’arriver au Nirvana et d’être complètement libérés. Pour des gens comme Dave et moi elle permet de rester cool dans toutes les situations de la vie. Il est ainsi possible, dit le Bouddha, d’être vraiment heureux.

Et je le crois. Lorsque le dixième jour est arrivé, il était impossible de louper les grands sourires qui s’affichaient sur le visage des gens. Nous étions bien sûr loin d’être libérés mais nous nous sentions tous habités par des sentiments de paix, de joie et de compassion au point que nous avions juste envie de dire à tout le monde: “Faites-le! C’est génial!”.

Je voudrais aussi préciser que cette technique de méditation est universelle, non-sectaire, efficace et gratuite. Ainsi, de par le monde, des gens de toutes les dénominations la pratiquent sans pour autant renier leurs religions. Il ne s’agit pas de se convertir au bouddhisme, loin de là. Vipassana est enseignée dans des prisons en Inde et aux USA notamment et il a été observé qu’il y avait moins de violence et moins de récidives lorsque les prisonniers  la pratiquaient. Elle est gratuite en ce qu’un nouvel élève ne peut rien payer. Il est logé et nourri grâce aux dons faits par les anciens élèves qui ont envie de rendre cette expérience possible pour lui. Si vous n’en avez jamais entendu parler c’est parce qu’il n’y a pas de pub autre que le bouche-à-oreille.

Malgré le règlement assez hard du Centre Vipassana, le plus difficile est bien évidemment de continuer  à pratiquer deux heures par jour… jusqu’à la fin de ses jours. Jusqu’à présent, Dave et moi y arrivons plus ou moins bien. D’ailleurs, les jours où je n’ai pas le temps de méditer le matin, je sens que mon humeur est plus en dents de scie (et cela en à peine 3 semaines de pratique!).

En tout cas, nous étions très heureux lorsque nous avons accueillis la famille de Dave à Cape Town et nous avons passé deux semaines merveilleuses en leur compagnie. C’est probablement parce que sa famille est super mais nous sommes sûrs que la méditation a aussi quelque chose à voir là-dedans…

Maintenant, nous reprenons la route à East London pour découvrir la côte Est de l’Afrique du Sud. Plus d’infos au prochain épisode!

Si vous voulez plus d’infos sur la méditation vipassana, vous pouvez surfer sur www.dhamma.org ou  nous envoyer un email!

Merci de m’avoir lue et merci pour vos messages de soutien!

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Western Cape

(Photos disponibles ici)

C’est non sans peine que nous nous sommes arrachés à Cape Town.

Non seulement parce qu’il s’agissait d’une toute grande étape – très attendue – dans notre voyage mais aussi parce que Cape Town a immédiatement été propulsée dans le top 3 de nos villes préférées (avec Istanbul et Portland, Oregon). Son architecture nous donnait l’impression de circuler dans une version plus humaine de Manhattan et son côté alternatif nous a offert marchés bio, galeries d’art et boutiques avec personnalités. Nous avions l’impression d’être arrivés dans un nouveau “chez nous”.

Le flux incessant de belles rencontres n’a rien enlevé à la magie de notre séjour au Cap: nous avons été invités à un braai (= barbecue sud-africain, une passion nationale) et un tour de la ville par Hanlie et Wim (qui nous ont hébergés en passant), nous avons été tirés jusqu’au sommet de Table Mountain par Jaco et Stéphanie et notre matériel a été magiquement réparé par Geoff et Catherine. Dur, dur donc de quitter ce petit monde et de se remettre en selle après une semaine!

Les paysages spectaculaires qu’offre la côte à la sortie de Cape Town ont cependant eu raison de notre tristesse et c’est avec beaucoup de plaisir que nous avons fait l’un des plus beaux trajets depuis le début du voyage. De grandes montagnes superbement érodées se jettent dramatiquement dans l’Océan Atlantique qui à cette époque-ci de l’année regorge de baleines franches australes. Il est possible d’en voir des dizaines et des dizaines lorsqu’on prend le temps de s’installer sur la rive. Nous avons aussi vu de près des pingouins africains et des otaries. Nous avons pédalé jusqu’à la pointe la plus au Sud du continent où se rejoignent l’Océan Atlantique et l’Océan Indien dans un beau paysage de dunes blanches. Nous avons rencontré un chocolatier belge exilé sous le soleil sud-africain depuis 40 ans a qui nous avons acheté du vrai chocolat (nous sommes encore à la recherche d’un brasseur belge…).

Par ailleurs, abstraction faite de la pluie et du vent, c’est un jeu d’enfant de voyager à vélo dans cette partie-ci de l’Afrique du Sud. Les routes sont bonnes, les endroits où loger confortables et accessibles (douche chaude tous les jours!) et il est facile de trouver de la nourriture introuvable au Nord (pain, fromage, café filtré etc).

Nous avions été avertis il y a un petit temps déjà par les blancs rencontrés  plus au Nord que nous allions enfin retrouver “la civilisation” en Afrique du Sud.

En effet, nous avons retrouvé “la civilisation” et nous avons souvent eu l’impression que pédaler ici, aux USA ou en Europe serait la même chose.

Cependant, comme dans nos pays d’origine, il est presque impossible de fuir les millions de 4×4 neufs transportant une seule personne (dont le prix d’achat pourrait nourrir un village africain (lire “non-civilisé”) pendant 5 ans), il est impossible de ne pas remarquer le nombre absolument délirant de personnes obèses dans les rues (un tiers des sud africains!!!), le nombre de chaînes de supermarchés et de fast-food dont les poubelles sont remplies de nourriture, le nombre incroyable de résidences secondaires énormes qui bouffent espace et énergie ô combien vitaux et qui restent vides 11 mois par an, les millions d’hectares complètement dénués d’arbres, érodés jusqu’à la roche et plantés de monocultures qui vont nourrir des animaux plutôt que des hommes et lorsque l’espace n’est pas entièrement déforesté, il y a, à la place des forêts originales, des plantations de pins servant à la construction d’encore plus de résidences pour riches. Partout, nous voyons des panneaux expliquant que la région est quasiment sans eau due à une sècheresse exceptionnelle…

S’il y a peut-être des gens qui ne sont pas touchés par le fait que l’environnement est presque complètement détruit, j’ose croire que traverser les bidonvilles à vélo (et non pas à 150 km/heure dans une voiture climatisée) où s’entasse une masse humaine à la peau noire et sans le sou ne les laisserait pas indifférents.

Depuis près d’un an, nous pédalons dans du délire mais ici, c’est vraiment le sommet! Le pire c’est que beaucoup pensent que l’Afrique du Sud devrait servir de modèle pour les autres pays africains…

Heureusement, après avoir pédalé des jours de suite parmi les champs de blés déprimants et le long de la fameuse “Garden Route” – le joyau touristique de la région qui est censé être une forêt indigène superbe mais qui se transforme lentement mais sûrement en une énorme plantation de pins (plus de 80% de la forêt ont été coupés depuis 1960), nous sommes tombés sur un petit paradis.

Il s’agit d’une auberge de jeunesse ultra écolo, situé à 800 km à vélo de Cape Town, où nous campons parmi les montagnes et une vraie forêt aux allures de jungle. Il y a aussi un potager permaculture, un centre d’éducation à l’environnement où tout se réutilise et se recycle, de grandes ballades à faire et surtout une équipe très motivée qui nous a accueillis à bras ouverts. Nous avons donc décidé de nous installer ici pendant une semaine, le temps de les aider à arracher les arbres acacia mearnsii  dans leur forêt ou à cuisiner en échange de délicieux repas végétariens (oui, je perçois l’ironie dans le fait que nous gagnons notre croûte en arrachant des arbres mais il s’agit de l’espèce d’arbre la plus envahissante de la planète). On y rencontre aussi des voyageurs très intéressants avec qui nous échangeons sur tous les sujets qui nous passionnent. Bref, nous sommes ravis!

Donc voila, le meilleur et le pire en l’espace d’un mois. J’aimerais pouvoir vous raconter que le monde est beau et que tout va bien mais au lieu de cela, je me rends compte avec tristesse que les mots-clés décrivant le mieux ce que nous voyons pendant ce voyage (et avant!) sont pollution, déforestation, désertification et misère humaine….  Sincèrement, si vous avez des enfants, des petits-enfants, des nièces, des neveux, des filleul(e)s ou des amis avec des enfants, bougez maintenant car tout n’est pas perdu et il y a des millions de choses à faire pour rectifier le tir! Lorsque je vous écris d’ici, sur le balcon d’une auberge avec vue sur une superbe forêt indigène en attendant un repas local, bio, végétarien et bon marché, je me dis qu’il y a des millions d’initiatives déjà en place qui n’attendent que nous pour les aider.

Demain, nous retournons sur Cape Town où nous ferons une retraite de méditation silencieuse pendant dix jours avant de retrouver la famille de Dave début novembre. Après cela, nous aimerions travailler sur une ferme pendant 2 semaines avant d’emmener notre amie Megan au Lesotho pour y faire de la randonnée.

Bref, plus de vélo pour nous pendant presque deux mois! Ils vont nous manquer mais nous sommes tout de même super excités par la suite du programme. Nous espérons que ce petit update vous trouve en pleine forme et n’hésitez jamais à nous faire part de vos commentaires!

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Namibie

Nous sommes désolés mais le récit n’est disponible qu’en anglais. Vous trouverez les photos ici et les conseils pour cyclistes en français et en anglais ici.

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Update Photo: Namibie

Comme promis, nous vous invitons avec grand plaisir à jeter un coup d’œil aux photos prises lors de notre voyage en Namibie avec mon frère et mon père. Nous avons fait un tour de trois semaines (fin juillet à mi-août) en voiture couvrant presque 4500 km, soit la moitié de ce que nous venons de parcourir à vélo!! Ce que nous avons vu et vécu est manifestement différent de ce que nous voyons et vivons de nos selles mais c’était magnifique. Nous espérons que ces quelques images vous donnerons quelques justes impressions de la beauté infinie de la Namibie.

Depuis lors, nous avons parcouru 1000 kilomètres depuis Windhoek et nous vous écrivons d’un petit camping au bord du fleuve Orange à 16 km de la porte d’entrée de l’Afrique du Sud. Nous sommes extrêmement impatients de découvrir ce pays complexe et ne manquerons pas de mettre notre site à jour lorsque nous aurons atteint le Cap de Bonne espérance, la première grande étape de notre voyage.

Merci déjà de nous avoir lu et nous vous souhaitons beaucoup de bonheur dans les semaines à venir.

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Botswana

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Le soleil descendait à toute vitesse et nous étions encore loin du prochain village. Nous avions déjà 105 kilomètres dans les jambes et la perspective de faire 30 kilomètres de plus, dans le noir, ne m’enchantait pas du tout. En fait, j’essayais de convaincre Dave de planter la tente juste là, à quelques mètres de la route, personne ne nous verrait et nous passerions une nuit tranquille. “De toute façon, il n’y a pas d’animaux dans ce stupide parc national!” conclus-je mon plaidoyer. C’est évidemment au moment où j’achève ma phrase que nous voyons les premiers animaux sauvages en deux jours à vélo dans le parc de Bwabwata, au Nord de la Namibie. Nous nous trouvons au milieu d’une dizaine d’éléphants allant se rafraîchir à la rivière de l’autre côté de la route. Nos cœurs palpitent mais avant même d’avoir eu le temps de faire le moindre geste, les éléphants nous tournent le dos et s’enfuient en courant. Nous n’avons pas cherché à comprendre pourquoi des bêtes de quatre tonnes ont peur de deux cyclistes et nous avons achevé notre trajet de 135 kilomètres juste de l’autre côté de la barrière électrique protégeant le staff du parc d’une invasion animalière.

Nous nous trouvions alors dans le Caprivi strip, une petite languette de Namibie logée entre le Botswana et l’Angola qui a servi de base militaire Sud-Africaine dans les années 1970-1980. Les traces de ce passé se lisent sur les visages  suspicieux des habitants des rares villages le long de la route ainsi que dans les noms de ces villages, comme celui d’Omega III où nous avions campé la veille.

L’avantage logique des longues journées de vélo c’est que nous parvenons plus rapidement à destination et nous étions donc ravis de passer le poste-frontière du Botswana (ultra-moderne mais complètement désert) en date du 1er juillet, jour national de Sir Seretse Khama, le premier président du pays. Nous étions particulièrement excités d’arriver ce jour-là car nous avions récemment lu “Colour Bar” de Susan Williams (Ed. Penguin), où elle retrace avec brio, sur base d’archives rendues publiques il y a peu, le véritable parcours du combattant que Seretse Khama a mené avant de devenir président.

En effet, Seretse Khama, héritier du trône du royaume des Bamangwata qui faisait alors partie du protectorat britannique de Bechuanaland, avait commis l’impardonnable erreur d’épouser une anglaise blanche lors de son séjour à Oxford. Le gouvernement britannique,  terrorisé à l’idée de fâcher les gouvernements sud-Africain et rhodésien, entama alors une campagne scandaleuse  pour empêcher Khama d’arriver au pouvoir. Tous les coups étaient permis et le gouvernement britannique n’a pas hésité à forcer Khama et son épouse en exil  pendant 6 ans à Londres alors que les habitants du royaume (hormis les blancs, horrifiés à l’idée qu’un mariage mixte puisse exister) s’étaient prononcés par consensus sur le fait que la couleur de peau de l’épouse du roi n’avait aucune importance et qu’ils ne voulaient être gouvernés que par Seretse Khama.

Par un heureux concours de circonstances, le gouvernement a finalement accepté le retour de Seretse Khama dans son pays qu’il a mené vers l’indépendance en 1966. C’est peu après que d’énormes gisements de diamants ont été découverts au Botswana. Cette source de richesse, inespérée dans un pays semi-aride habité par des pastoralistes dénués, a été habilement exploitée par le gouvernement botswanais, lequel peut se targuer aujourd’hui d’être parmi les deux exemples communément cités de réussite en Afrique (l’autre étant l’île Maurice).

Malgré le fait que Seretse Khama était un être particulièrement exceptionnel, nous sommes déçus de n’apercevoir aucun signe de commémoration, outre les banques fermées, dans les rues de la première ville après la frontière.

Le lendemain, nous poursuivons notre route longeant la rive ouest du fleuve Okavango. Nous avions décidé de visiter les montagnes de Tsodilo, un lieu sacré pour les San, les chasseurs-cueilleurs qui peuplaient à l’époque toute la région de l’Afrique du Sud et rendus populaires par le film “Les dieux sont tombés sur la tête”.
C’est en lisant le beau récit de voyage “The lost world of the Kalahari” de Laurens Van der Post que nous avions eu l’idée de changer notre trajet pour arriver à ce lieu, loin du parcours touristique habituel. L’explorateur sud-Africain est parvenu à partager avec ses lecteurs la magie du site où sa longue expédition à la recherche des San l’avait conduit en 1957.

Cette réussite a cependant été lamentée par le même Van der Post, tout contrit, dans son livre “The voice of the thunder” lorsqu’en revenant sur les lieux en 1980 il y découvre avec horreur les dégâts causés par le tourisme.

Tsodilo n’est certes pas le seul endroit au monde a avoir été gâché par le tourisme (je pourrais vous parler de Zanzibar par exemple pendant des heures) mais l’histoire dramatique des San lui donne un caractère particulièrement tragique.

Les San sont des êtres humains mythiques qui ont inspiré de nombreuses thèses d’anthropologie et l’action d’innombrables ONG, notamment à cause du fait horrifiant qu’ils sont en voie de disparition. Ils étaient présents en Afrique du Sud depuis plus de 20.000 ans  lorsque les Bantus descendus du Nigeria- Cameroun ont commencé à convoiter leurs terres afin de s’y installer comme agriculteurs. Les San qui n’ont pas été tués ou absorbés par les Bantus devenus majoritaires étaient repoussés vers les régions plus inhospitalières au Sud. Le sort des San fut définitivement scellé par l’arrivée des Blancs qui menèrent de véritables campagnes d’extermination du 17ième au 20ième siècle.

Les San, attaqués au Nord comme au Sud, ont donc vu leur nombre drastiquement diminuer et leur territoire réduit à une peau de chagrin. Face à l’ampleur du massacre, le Botswana, qui  reste la demeure de 60% des 100 000 San survivants, a créé la Central Kalahari Game Reserve ou CKGR afin de leur permettre de continuer de vivre leur mode de vie unique.

Deux éléments sont venus perturber ce relatif “happy end”: premièrement, le gisement de diamant le plus riche au monde a été découvert dans le CKGR dans les années 1980 et deuxièmement, des conservateurs européens ont accusé les San – plutôt que de longues périodes de sècheresse- d’être les responsables de la disparition des animaux dans la réserve. Il n’en fallait pas plus au gouvernement botswanais pour en reprendre le contrôle. Ce regain de contrôle  a pris la forme d’une part, de limitations drastiques du droit de chasse des San et d’autre part, de relocalisations forcées dans des villages déprimants situés en dehors de la réserve. Après plusieurs vagues d’expulsions, la Haute Cour du Botswana a jugé, dans un arrêt de 2006, ces relocalisations illégales et anticonstitutionnelles. Le gouvernement n’a pas daigné y donner suite et le 21 juillet 2010, la même Cour a interdit aux San l’accès au seul point d’eau de la réserve, rendant de facto caduc l’arrêt de 2006.

L’avenir des San est donc très incertain et il faut espérer que la pression internationale parviendra à faire changer le gouvernement botswanais de direction.

Nous étions cependant choqués d’apprendre qu’en 2009, un grand complexe touristique (ce qui implique piscine, toilettes européennes etc) avait été construit en plein milieu du CKGR!

Business et droits de l’homme font rarement bon ménage…

Nous étions également frappés d’entendre Tsetsana, notre guide San à Tsodilo, nous expliquer que des animaux sauvages allaient être amenés à Tsodilo afin d’attirer plus de touristes. A croire que visiter un site sacré avec plus de 2500 peintures pariétales vieilles de plus de 5000 ans n’est intéressant que s’il y a des lions en prime…

En tant que guide particulièrement sympa, Tsetsana nous a aussi amenés à un concours de danse sur le thème du SIDA (le Botswana détient le triste record du plus haut taux d’infection HIV) et de la drogue dans le village. Il était fascinant de voir des hommes et des femmes San  participer à des danses traditionnelles bantus avec les autres villageois en setswana. Il y avait beaucoup de couples mixtes et nous avons pu voir comment une absorption paisible des San dans la culture majoritaire était à l’œuvre.

Moins paisibles étaient les villages de Kuke et D’Kar par lesquels nous sommes passés un peu plus tard. Le premier correspondait parfaitement à mon image d’un camp de réfugiés délabré et égalait en misère les villages Rroms que nous avons traversés en Roumanie, le second était un temple de l’activité ONGique dans la région: superbes bâtiments neufs faisant office de musées, de centres touristiques ou de centres d’artisanat San surgissant dans des rues poussiéreuses où déambulaient des hommes désœuvrés et ivres à trois heures de l’après-midi. L’extrême pauvreté se lisait sur tous les visages et nous en sommes partis très vite avec un mal de ventre indescriptible. Il est parfois trop pénible de regarder l’histoire de l’Homme dans les yeux.

Lorsque nous interrogeons Adam, un chercheur canadien qui écrit sa thèse sur les ONG  travaillant avec les San, il nous explique ne pas encore savoir si Kuke est un camp de réfugiés ou un camp de travail forcé (il y a une carrière à quelques kilomètres) et qu’il n’ y a absolument aucune coopération entre les ONG “s’occupant” des San…

Nous poursuivons cependant notre voyage sur une note beaucoup plus positive: l’exploration en mokoro (barque en bois à fond plat) du mythique delta de l’Okavango qui nous faisait déjà de l’œil en Belgique lorsque, à défaut de vraie nature, nous étions scotchés devant “Planet Earth” (superbe documentaire de la BBC qui traite notamment de ce delta intérieur). Le fleuve Okavango naît des pluies angolaises et termine sa course en plein milieu du désert du Kalahari. Presque comme par magie, le delta de l’Okavango a la particularité de ne jamais complètement s’assécher et l’eau y reste toujours fraîche. Le delta est un ensemble superbe d’énormes étendues de papyrus, de joncs et de nénuphars  parsemées de petites îles fertiles où se pressent baobabs, palmiers et grands arbres endémiques au delta que des dizaines de milliers d’hippopotames, d’éléphants, de buffles, d’antilopes et de zèbres partagent en plus ou moins grande harmonie avec les populations locales.

Par chance, nous sommes tombés sur une petite association locale de polers qui pour un prix ultra compétitif (voir la section “pour cyclistes”) nous ont offert une expérience très forte dont nous sommes revenus enchantés et encore plus touchés par la beauté infinie de la Nature.

Notre guide, John, un natif du delta, nous a embarqués avec toute son expérience sur son mokoro pour un voyage de deux jours inoubliable. Les pluies angolaises cette année ont été exceptionnelles et nous avons pu monter dans le mokoro 6 kilomètres avant le point d’embarquement habituel. Nous avons glissé pendant plus d’une heure au-dessus de chemins de sable et des champs des villageois, entre les vaches et les ânes, avant de quitter le monde dominé par les humains. John a ramé pendant cinq heures le long de petits chemins pas plus larges que la barque tracés par les pêcheurs à travers des champs de papyrus et de joncs. Tout au long du trajet, il ne manquait jamais de nommer les centaines d’oiseaux et d’insectes que nous croisions.

Nous étions en telle extase devant ce microcosme que nous en avions oublié les plus grosses bêtes qui habitent le delta. Nous avons donc été particulièrement surpris lorsqu’un hippopotame mal-léché nous a chargés. Voir cet animal préhistorique de plusieurs tonnes courir à toute vitesse, nous a rapidement fait prendre conscience de la précarité de notre embarcation. Sachant tous que l’hippopotame est le plus grand tueur en Afrique, nous étions tous bien silencieux!   Heureusement, John a su d’une main experte nous tirer de ce mauvais pas. Nous avons aussi pu observer de très près les trois magnifiques éléphants qui cherchaient l’ombre du baobab à 30 mètres de notre campement sur une île perdue dans le delta dont il est impossible de saisir l’immensité.

Juste avant de commencer à rédiger ce texte cependant, nous avons lu dans le livre passionnant “When the rivers run dry” de Fred Pearce (un must-read!!) que l’Angola et la Namibie avaient le projet de construire des barrages sur l’Okavango pour l’irrigation et pour la production d’hydroélectricité. Le débat fait encore rage entre les écologistes scandalisés et les ingénieurs sur les conséquences de telles constructions mais nous espérons que ces derniers n’oublieront pas le Rio Grande, la mer d’Aral, le fleuve Jaune et tous ces autres joyaux de la nature détruits à jamais par l’arrogance humaine.

Après notre expérience absolument magique dans le Delta, il était un peu difficile de reprendre la route qui était ennuyeuse au possible. En effet, le paysage est celui d’un désert au sable grisâtre et à l’apparence sale, le bord de la route est complètement dépourvu de végétation et l’absence de collines empêche d’avoir une vue à plus de 20 mètres. Pédaler un millier de kilomètres dans un paysage aussi peu excitant est un défi mental plus que physique. Les vaches, les ânes et les chevaux (les premiers que nous voyons en Afrique) sont les rares distractions que nous offre la fameuse Trans-Kalahari Highway. Les rencontres avec d’autres êtres humains sont rares aussi. Nous campions dans le bush quasiment tous les soirs car le Botswana est le paradis des touristes qui ont des dollars à flamber. Camper dans le Kalahari semble plus romantique que ce ne l’est en réalité: particulièrement lorsqu’il y fait -5°C la nuit et que nous ne sommes pas équipés pour de pareilles températures!

C’est donc avec énormément de plaisir que nous avons retraversé la frontière de la Namibie et parcouru les 300 derniers kilomètres jusqu’à Windhoek qui nous ont permis de passer nos premiers 8000 km depuis le début du voyage. Nous y arrivons fatigués, t-shirts troués,  pantalons déchirés et vélos en pièces! Heureusement, nous avons déposé ces derniers à l’unique magasin de vélo de Windhoek avant de partir nous refaire une santé en compagnie de ma famille pendant trois semaines.

Nous reprendrons la route dès demain en direction du Cap avec comme objectif de ne suivre que les petites routes jusque là. Nous espérons arriver au Cap vers la mi-septembre et d’ici là, nous mettrons en ligne les photos prises lors de notre voyage de trois semaines en voiture en Namibie.

Vos commentaires nous font toujours plaisir et merci beaucoup de m’avoir lue! Enfin, n’hésitez pas à vous inscrire à notre google group pour être averti par email de nos mises-à-jour!


 


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La Zambie

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“La Zambie, c’est tout plat!” nous avait assuré  Alexander, notre hôte couchsurfing à Mbeya, en Tanzanie. Nous étions alors à 110 km de la frontière et très curieux de savoir ce qui nous attendait de l’autre côté. J’ignore encore pourquoi nous avons cru un Suisse sur parole mais en tout cas, la Zambie n’est pas plate. Ok, ce n’est pas l’Ouganda mais ce n’est pas plat. En tout cas pas au sens belge du terme.

Cependant après avoir pédalé quelques jours, nous nous sommes rendus compte que la topographie n’était pas du tout le plus grand challenge pour le cycliste en Zambie. Il y a aussi le fait que dans le Nord de la Zambie, et bien, il n’y a pas grand chose. En fait, il n’y a rien. Juste des arbres, des hautes herbes qui bloquent le peu de vue qu’il y a, une route et du sable, beaucoup de sable. Tellement de sable en fait qu’après 2, 3 jours sur pistes, nous décidons de suivre le goudron. De toute façon, comme nous n’avons pas de carte de la Zambie, il est plus sûr de suivre les rares panneaux parsemant les 1600 km de goudron allant de la Tanzanie à la Namibie.

Qui dit nouveau pays, dit nouveau rythme. Ici, c’est l’hiver, et la nuit, il peut faire froid. Particulièrement pour des gens comme nous qui ont pris goût à la chaleur et qui mettent un pull lorsqu’il ne fait que 30 °C…nous nous levons donc plus tard et nous pédalons nos 5 heures par jour sous un soleil radieux mais dont la chaleur est tempérée par le vent. Et oui, le vent: meilleur ami ou Némésis du cycliste. Plus souvent Némésis quand même.

Ce qui change aussi depuis notre entrée en Zambie c’est que nous devons être tout à fait indépendants: il n’y a pas de restaurants, pas de cafés, peu de terrains de camping, pas de petit hôtel local à 5$. Les pauses chaï et les repas de riz aux haricots qui rythmaient nos journées de vélo en Tanzanie ont bel et bien disparus dans cette nouvelle culture qui n’a pas adoptée la tradition du thé comme ses voisines à l’ Est.

Les distances entre les villages de taille moyenne sont trop grandes pour les relier en une journée et nous sommes souvent seuls assis le long de la route pour manger des boîtes de conserves. La conséquence évidente de ce changement un peu tristounet c’est qu’il est plus difficile de rencontrer des gens (déjà qu’il n’y en a pas beaucoup en Zambie qui a la taille de la France, l’Angleterre et la République d’Irlande réunies pour seulement 10 millions d’habitants!).

Cependant, les Zambiens que nous rencontrons sont absolument charmants. Ils sont extrêmement polis et respectueux de notre espace personnel même s’ils sont un peu froids au début ce qui s’explique par des raisons historiques. En effet,  vers la fin du 19ième siècle, un certain Cecil Rhodes, le fameux magnat des diamants dont j’aurai certainement encore l’occasion de vous parler, a pu mettre la main sur l’immense territoire situé entre le Cap de bonne espérance et les rives du Zambèse. La Zambie, alors baptisée Rhodésie du Nord (pour vous dire à quel point Rhodes était le cerveau derrière la conquête violente de cette partie du continent) et sa voisine, la Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe) étaient largement exploitées, par la société de Rhodes, la fameuse British South African Company (BSAC)  -à laquelle la Couronne anglaise avait donné des pouvoirs quasi-gouvernementaux- et par les Britanniques ensuite, pour leurs ressources minières (or, diamants et cuivre essentiellement). Parce que la Rhodésie du Sud était alors habitée par plus de Blancs, une grande partie des bénéfices de l’activité minière au Nord était investie dans des infrastructures au Sud. Si cette période vous intéresse, vous pouvez lire “Diamonds, Gold and War” de Martin Meredith. C’est édifiant.

Lorsque les Zambiens, après une âpre et épuisante lutte pour leur indépendance, ont enfin pu avoir leur mot à dire dans la gestion de leurs affaires, il n’y avait pas grand chose pour les y aider. Dans un pays d’une taille aussi gargantuesque, il fallait un gouvernement très riche pour pouvoir investir dans des services de base. Cependant, le président Kenneth Kaunda -qui est resté au pouvoir pendant 27 ans- a fait le choix idéologique mais peu stratégique de soutenir les militants de l’ANC (African National Congress, le parti de Nelson Mandela) qui se battaient contre le scandaleux régime de l’Apartheid en Afrique du Sud et en Rhodésie du Sud. Les sanctions qui ont suivies étaient très sévères et ont drainé le peu de capital qu’il restait encore après la chute du cours mondial du cuivre.

Le pays est donc resté exsangue jusque très récemment où après une nette augmentation du prix du cuivre (et des imbroglios politiques typiques de l’Afrique sub-saharienne post-indépendance), des investissements substantiels ont pu être faits dans les centres urbains où vivent 50 % des Zambiens.

Depuis les années 1970 toutefois, une grande infrastructure est omniprésente dans le pays. Il s’agit de la ligne de chemin de fer reliant Dar es Salaam à Kapiri Mposhi, une ville minière située à 200 km au Nord de Lusaka dans la province du “Copper belt”. Cet investissement a été fait par les Chinois à la demande de la Zambie- alors que les Chinois n’y avaient pas d’intérêts à l’époque – car les Occidentaux eux n’avaient pas le courage de se fâcher avec le régime Sud-Africain (dont ils connaissaient les atrocités) … Aujourd’hui encore, la plupart du pays est désert et la vie dans les villages est vraiment difficile car tous les services sont centralisés dans les grands centres urbains. 

Il y a donc une population blanche assez importante dans la région minière (Sud-Africains et Australiens notamment) et de plus en plus de Blancs du Zimbabwe, fuyant la politique revancharde de Mugabe, achètent d’énormes terrains en Zambie pour y continuer leurs pratiques agricoles conventionnelles non durables. Partout nous avons vu des publicités pour des semences hybrides, des pesticides et engrais polluants, des machines agricoles au prix exorbitant forçant ainsi les pauvres paysans à s’endetter jusqu’au cou, (ne fut-ce que pour acheter de nouvelles semences chaque année), à tuer leurs précieux lopins de terre qu’ils ont su conserver pendant des siècles et à accroître leur dépendance envers le pétrole (dans l’agriculture conventionnelle, la production d’une calorie de grains nécessite 16 calories d’énergie (lire  pétrole) et d’une calorie de viande requiert 70 calories d’énergie. Il ne faut pas être Einstein pour comprendre que ce système constitue une catastrophe écologique et sociale à l’échelle planétaire).
 
Tout ceci explique les relations compliquées entre les Blancs et les Noirs ici. Toutefois, un sourire et quelques mots de cibemba, ouvrent toutes les portes. Nous avons surtout pu expérimenter cela lorsque nous avions envie de “dormir” dans un village (je mets le verbe entre guillemets parce que chaque village compte plus de coqs que d’habitants. Même si le mythe veut que le coq chante au lever du soleil, ce n’est qu’un mythe.) Parfois, nous décidons de tout de même dormir dans les villages, une nuit blanche étant finalement un petit prix à payer pour les soirées souvent exceptionnelles que nous y passons.

Ainsi, un soir, nous atterrissons dans un petit village qui n’est sur aucune carte. Francis, qui pédalait avec nous sur les derniers kilomètres, nous propose de planter notre tente devant sa maison. Nous demandons la permission au chef du village qui accepte. Pour notre plus grand bonheur, Francis est un excellent animateur d’enfants. Le soir venu, lorsque nous avons savouré le délicieux repas préparé par son épouse, Francis nous installe sur un tapis devant sa maison entourés par les dizaines de personnes venus voir les wazungu. Nous proposons alors de répondre aux questions que les enfants se posent sur notre voyage. Pendant plus d’une heure, les enfants nous demandent toute sorte de choses comme “Comment faites-vous pour vous défendre contre les animaux sauvages?” ou “Comment faites-vous pour réparer vos vélos?” ou encore “Qui garde vos champs lorsque vous êtes partis?”. Francis a fait un super travail de traduction et nous avons vraiment passé une soirée très, très spéciale et il est impossible de bien vous décrire l’expérience avec mes maigres mots.

Ensuite, Francis propose aux enfants de nous chanter des chansons. Etant donné qu’il y a trois dénominations présentes nous avons droit à une chanson catholique, une chanson des témoins de Jehovah et une chanson anglicane. Ce qui est chouette c’est que tous les enfants connaissent toutes les chansons… Ensuite, il nous est demandé de chanter. Nous proposons de chanter l’un des rares chants religieux que nous connaissons (en Français et en Anglais en plus!) : “Douce nuit”. On commence notre duo et après une phrase, toute l’assemblée ce met à hurler de rire pendant 10 minutes. C’est un peu vexant mais c’est vrai qu’on n’est pas des pros…

Un autre jour, nous avons demandé à planter la tente devant la maison de Paul. Il est un commerçant dont le business fonctionne bien et il a une jolie maison avec un grand terrain. Il nous invite à l’intérieur pour nous présenter sa femme et ses cinq enfants. Nous sommes installés sur l’un des 4 canapés que compte la pièce principale où sont également rassemblés une myriade de sets de casseroles de tous formats et couleurs (une preuve de richesse indéniable), des appareils électroniques en tout genre, une grande étagère remplie de cassettes vidéos et des horloges à tous les murs.

Ensuite, Paul allume la télé (cela paraît bizarre mais c’est comme cela que nous sommes reçus dans les familles africaines aisées) et il met un DVD de matchs de catch.  De manière très touchante, il a choisi un match où le lutteur américain gagne…

Une autre fois encore, nous voulions nous arrêter dans un village et demandons à un passant où nous pouvions trouver le “headman” pour demander la permission de camper. Il nous indique une vague direction et nous y allons.

En chemin, nous tombons sur un vieil homme avec une belle allure accompagné d’un jeune homme. Le vieil homme nous explique être le “sub-chief” (donc plus haut que le headman) et il nous explique où nous pouvons camper. Le problème c’est que le sub-chief a bu une bière avec chacun de ses consultants ce jour-là et qu’il n’est plus très cohérent. Le jeune homme qui s’appelle Derek, quitte le sub-chief de manière un peu abrupte et nous commande de le suivre. Nous sommes un peu gênés mais n’avons pas trop le choix. Derek nous explique que nous serons au calme chez lui car il vit encore chez sa mère qui est la chamane du village et les gens en ont peur. Nous sommes super excités de rencontrer une chamane et je commence à rêver de tout ce qu’elle va pouvoir nous enseigner sur les plantes médicinales locales.

A peine arrivés devant sa maison, la chamane nous salue et puis nous demande si nous avons des médicaments pour elle car elle a mal aux genoux….

Une belle déception donc mais un nouvel exemple parmi les milliers que nous avons déjà de la disparition de l’héritage et du savoir africains en Afrique.

Sur ce, le sub-chief revient à l’attaque (il nous avait suivi de loin) en nous expliquant que nous ne pouvons pas camper là, que nous sommes en danger et qu’il nous oblige à venir camper chez lui à 3 km de là. Après d’âpres négociations, nous parvenons à obtenir son accord et lui promettons de venir le saluer le lendemain matin dans son palais. La nuit se passe bien même si nous nous sommes rendus compte que Derek n’est pas tout à fait un garçon comme les autres. Mais bon, cela ne doit pas être facile tous les jours d’être le fils d’une chamane…

Le lendemain, Derek nous guide à travers la forêt vers le palais du sub-chief que nous trouvons complètement sobre. Le palais est une case normale avec de belles décorations typiques des Bembas. Il nous installe dans une petite rotonde avec des petits bancs et un fauteuil rouge tout rapiécé qui lui fait office de trône. Il nous offre un gros sac de cacahuètes et je propose de le prendre en photo. Il accepte, part se changer et revient habillé très élégamment. Il prend une pause très solennelle mais lorsque je lui demande son adresse pour lui envoyer la photo, il part chercher deux grands sacs en plastic remplis de paperasses. Après dix minutes de recherches, il trouve un papier sur lequel est inscrit son adresse. C’était un roi vraiment très touchant.

Ainsi passent les jours et les kilomètres. Nous atteignons Lusaka (la capitale, donnée utile pour votre prochain Trivial Pursuit) où nous prenons quelques jours de repos avant de reprendre la route jusqu’à Livingstone où nous attendent les fameuses chutes Victoria.

Ces dernières sont le résultat de l’énorme fleuve Zambèse qui se déverse à un débit incroyable sur une longueur d’ 1,7 km dans un gouffre énorme qui forme la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe. Elles sont mieux vue du côté de ce dernier mais la perspective de payer deux visas à 50 $ pour ensuite payer l’entrée d’un parc national juste pour voir les chutes sous un autre angle ne nous tente pas. Nous restons donc du côté Zambien où les chutes se voient de très près. De tellement près en fait qu’il est impossible de vraiment les voir à cause de la vapeur d’eau. Le bruit est assourdissant et nous sommes complètement trempés mais la visite en valait vraiment la peine.

Plus nous avançons vers la sud, plus nous nous sommes rendus compte que comme je l’ai dit plus haut, les relations entre Noirs et Blancs sont différentes ici de celles qui prévalent en Afrique de l’Est. Pour la première fois depuis le début de notre voyage, nous rencontrons une quatrième catégorie de Blancs en Afrique: les Africains blancs (les trois autres catégories étant les missionnaires, les volontaires et les professionnels de l’aide au développement).

Nous avons été à plusieurs reprises très mal à l’aise -voire complètement choqués- de  la manière dont les Blancs (qui sont donc les propriétaires de grandes fermes ou de gros business) traitent les Noirs. Nous avons vu des scènes qui seraient complètement décriées en Europe ou aux USA (en tout cas, je l’espère!) et avons parfois éprouvé une véritable gêne d’être Blancs lorsque nous arrivions dans des villages. Pour vous donner un simple exemple de l’ambiance ici; tout le monde appelle Dave “Boss”, même les personnes âgées et beaucoup de personnes font des révérences lorsqu’ils nous saluent ! Des patrons blancs appellent leurs employés par leur prénom et ceux-ci répondent par des “Yes, sir!”,  des patrons blancs conduisent leur gros pick-up et les ouvriers noirs sont assis dans la benne alors qu’il y a des places assises à l’avant, des blancs rentrent dans les magasins et gueulent parce que le service n’est pas assez rapide à leur goût, des blancs arrivent dans les stations-services et crient “essence, essence” à l’employé noir, sans un bonjour, s’il-vous-plaît, merci ou sourire, etc, etc, etc.

Bref, nous sentons que l’Histoire complexe mais très violente de l’Afrique du Sud est omniprésente et nous sommes de plus en plus intrigués de voir ce qu’il se passe en République d’Afrique du Sud. Les deux autres cyclotouristes que nous avons rencontrés nous ont expliqué qu’en Namibie et en Afrique du Sud, le racisme est encore pire…

Soit, après avoir pédalé plus de 1500 km, nous étions presque à la fin de notre périple zambien. Je ne pense pas que la Zambie soit une destination de rêve en tant que telle mais si vous y passez un jour, vous aussi, j’en suis sûre, tomberez sous le charme de ses habitants.

Pour notre part, nous avons continué notre route vers Windhoek en passant par le Caprivi, dans le nord de la Namibie avant de tourner plein Sud vers le Botswana. Le tout vous sera conté au prochain épisode! Merci de m’avoir lue et au plaisir de recevoir de vos nouvelles!

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