Qu’est ce que la permaculture?

“Mais que veut dire le “perma” dans “permacyclists? Permanent? Permafrost?”

Voilà une question qu’on entend régulièrement.

Généralement, lorsque l’on répond “permaculture”, un petit silence et l’inévitable question “qu’est-ce que la permaculture?” s’ensuivent. Ce qui ne manque jamais de nous embêter un peu car il est très difficile de définir la permaculture de manière concise sans perdre l’attention de l’auditeur au bout de trois secondes.

Alors, pour vous qui avez toujours voulu savoir ce qu’était la permaculture sans devoir étudier une définition ennuyeuse et abstraite, nous avons préparé une mise-à-jour spéciale Permaculture avec des photos et des références afin que vous puissiez bien visualiser ce dont nous parlons!

Pour ceux qui préfèrent les mise-à-jour « voyage », nous vous donnons rendez-vous dans deux semaines pour un compte-rendu de notre séjour de deux mois au Mexique.

Et bien sûr, n’oubliez pas de visiter notre section « projets » que nous mettons à jour régulièrement avec des vidéos et des descriptifs d’initiatives environnementales positives !

Puerto Vallarta, une station balnéaire très touristique sur l’Océan Pacifique et la première grande étape de notre voyage au Mexique, nous a amenés, un peu par chance, à pratiquer la permaculture de manière très concrète.


Nous n’étions évidemment pas venus pour ses plages (après 16 mois à vélo en Afrique nous avons plutôt le réflexe de chercher l’ombre) ni même pour les Starbucks mais bien pour y faire du wwoofing pendant 4 semaines .

C’est ainsi que nous avons pu travailler avec Ana, mexicaine et Krystal, américaine, deux acupunctrices qui ont décidé de lancer un petit business de paniers bio à Puerto Vallarta en tentant de motiver quelques agriculteurs du coin à se lancer dans l’aventure du bio. (Nous travaillons sur une vidéo qui expliquera mieux leur projet donc je n’en dis pas plus pour l’instant).

Elles ont derrière leur maison un jardin expérimental qui leur permet de tester les variétés de fruits et légumes dont elles voudraient développer la commercialisation. Le problème est qu’elles sont tellement occupées par leur boulot qu’elles n’ont pas le temps de s’occuper de ce jardin autant qu’elles le souhaiteraient.

L’occasion était trop belle : après quelques minutes de discussion, tout le monde était d’accord pour que nous appliquions les principes de la permaculture – aussi appelée « l’agriculture du paresseux » dans ce petit jardin afin d’essayer de le rendre le plus productif possible.

Après avoir passé un peu de temps à dessiner un plan du jardin et des changements envisagés (appelé « design » dans le langage permaculture), nous avons pris pelle et marteau pour construire le premier élément essentiel de tout jardin : un compost, bien sûr!

Le compost est très utile car il permet de « fabriquer » du terreau de qualité avec très peu de moyens et en peu de temps. Il suffit d’avoir deux compartiments où l’on empile les déchets organiques en alternant ceux de la cuisine et du jardin. Lorsque un compartiment est rempli, il faut laisser le tas se décomposer pendant quelques temps en le mélangeant et/ou en ajoutant de l’eau (tout cela varie en fonction du climat!). Ensuite, le terreau peut être utilisé de différentes manières dans le jardin.

Nous avons utilisé pour tous les changements effectués uniquement les matériaux disponibles et locaux. Il est bien sûr possible de construire des composts plus beaux -et plus chers- mais l’un des principes de la permaculture est de prendre soin de la Terre : réutiliser ou recycler sont donc des priorités.

Ensuite, il fallait adresser l’essentielle question de l’eau. Sous les tropiques comme dans les régions plus désertiques, il est essentiel de pouvoir récupérer l’eau de pluie. Que celle-ci tombe régulièrement ou pendant quelques mois par an, il est important de préparer le terrain pour utiliser au mieux les litres d’or liquide qui tombent du ciel.

Il y a bien sûr des dizaines de techniques peu coûteuses qui permettent de faire cela. Pour notre part, nous avons utilisé les techniques des croissants et des baissières.

Le croissant consiste à construire une barrière solide en aval d’un arbre en forme de et oui, croissant. L’idée est que l’eau sera freinée dans sa course et aura le temps de s’infiltrer profondément dans le sol et d’ainsi nourrir l’arbre pendant plus longtemps. Sur la photo de gauche, vous voyez que nous avons empilé de la matière organique directement sur le sol afin de créer du terreau de qualité sans devoir passer par le compost (ce n’est pas toujours joli mais c’est extrêmement efficace et c’est une technique très permaculture : le moins d’efforts pour un maximum de résultats!)

La baissière (ou rigole de drainage) est une sorte de petit canal qui va d’un bout à l’autre du terrain, qui est creusé le long de la courbe de niveau et à niveau ! Comme le montre la photo de notre baissière à moitié creusée au Kenya (voir mise-à-jour sur l’île de Mfangano) celle-ci collecte l’eau qui tombe en amont et permet ainsi à l’eau de s’infiltrer plus profondément. Un terrain peut avoir un nombre élevé de baissières s’il est très pentu. L’idéal est de planter arbres et arbustes sur les bords de la baissière afin de profiter de l’eau ainsi récoltée et pour empêcher l’érosion du sol. Au bout de quelques années, ces plantes reprendront le rôle de la baissière. Facile et pas cher comme technique! Pour voir les résultats stupéfiants d’une bonne gestion de l’eau selon la Permaculture voyez: Greening the Desert

Une fois la question de l’eau solutionnée, il s’agit de déterminer les endroits qui seront plantés. Il est fondamental de bien délimiter les endroits plantés des sentiers (il faut savoir qu’un lit de jardin sur lequel quelqu’un a marché, met deux ans pour s’en remettre).

Nous avons commencé par délimiter tous les lits existants avec des briques légèrement enfoncées dans le sol (matériau à notre disposition, des dizaines d’autres sont possibles) et nous avons creusé de nouveaux lits avec la méthode dite de « double bêchage » (double-dig en anglais, ce n’est pas notre méthode préférée car elle demande beaucoup de bêchage comme son nom l’indique mais nous n’avions pas trop le choix car le sol était tellement argileux et compacté que rien n’y poussait). Lorsque vous créez de nouveaux lits, il faut toujours penser à maximiser l’espace à disposition. Souvent cela veut dire qu’il ne faut pas penser « carré » ou « rectangle » mais bien à l’une des nombreuses formes complexes que l’on retrouve dans la Nature (goutte d’eau, spirale, H, cercles, etc). En observant la Nature – un principe fondamental de la Permaculture- vous constaterez qu’il n’y a pas beaucoup de lignes droites…

Ici, nous avons creusé des lits que nous avons tapissés de cartons mouillés (avec le temps, ils vont se désintégrer et c’est pour éviter que des « mauvaises herbes » y poussent), saupoudrés de dolomite, puis recouverts de compost, de la terre fraîchement excavée et enfin, nous avons planté des cacahouètes (qui permettent de fixer dans le sol l’azote qui est dans l’air : une manière de fertiliser le sol de manière toute naturelle ! Il y a bien sûr beaucoup d’autres plantes qui jouent ce rôle). Enfin, nous avons recouvert le tout de « mulch » , dans le cas présent de la paille (à nouveau, il a des milliers de mulch possible, voyez ce qui est organique, local et abondant chez vous).

Le mulch permet notamment de protéger le sol du soleil et du vent et de maintenir l’humidité dans le sol plus longtemps. L’idée du mulch est à nouveau d’imiter la Nature qui ne laisse jamais un morceau de terre sans couverture : observez une forêt par exemple ou la manière dont le trèfle recouvrera vos parterres dès que vous avez le dos tourné. Observez ensuite les champs des fermiers conventionnels au mois de mars par exemple, lorsque le sol est laissé sans protection et est emporté par la pluie et le vent ! L’érosion du sol est un énorme problème dans le monde entier et rend l’agriculture dans beaucoup de régions de plus en plus difficile voire impossible.

N’oubliez pas de tracer les sentiers dans les grands lits afin de ne jamais devoir marcher sur le sol planté !


Pour tous ceux qui aiment cuisiner comme Ana et Krystal, rien de tel que d’avoir une belle spirale à épices dans son jardin ! Comme nous, vous pouvez en construire une avec les matériaux disponibles en deux heures et profiter toute l’année d’herbes aromatiques qui peuvent ainsi pousser dans les conditions qu’elles préfèrent. En effet, comme vous pouvez le voir sur les photos, la spirale est en pente et permet de planter plus dans un petit espace. Par ailleurs, il y a des microclimats : plus de soleil et plus sec au dessus et plus à l’ombre et humide en bas. Il est par ailleurs possible de changer la nature du sol (plus de compost ou plus de sable par exemple) pour recréer des espaces pour des plantes avec des besoins différents).

Nos hôtesses voulaient également avoir un endroit pour faire un grand feu (la construction en bois un peu bizarre est un « sweatlodge » utilisé une fois par mois).

Pour maximiser l’espace, nous avons décidé de construire un grand mur en terre-paille pour protéger le lit nouvellement créé, des flammes.

Et hop, on mélange l’argile trouvée dans le jardin (il suffit juste de creuser un trou jusqu’à qu’on atteigne l’argile) avec un peu de paille, du sable et de l’eau.

Il faut d’abord faire quelques tests pour trouver les proportions parfaites pour l’argile que vous avez chez vous (cela varie beaucoup d’un endroit à l’autre ! Faites un test avec l’argile pure, puis 1 portion argile- 1 portion sable, ensuite 1 portion argile- 2 sable, etc et voyez la solidité de chaque exemplaire)

Et puis, on mélange bien.

Après avoir installé la base de notre mur, nous commençons à empiler les couches de terre-paille. Il suffit juste de ne pas faire de trop grosses couches et de laisser le temps à chaque couche de bien sécher. On continue comme cela jusqu’à la hauteur souhaitée. La beauté du matériau permet d’être aussi très créatif dans les formes.

Ici, nous faisons un mur très simple. Je tiens à préciser qu’à cause de la saison des pluies nous n’avons pas eu le temps de finir le mur nous-mêmes mais nous avons transmis la technique à notre collègue Farid et à nos hôtesses.

Il est possible de faire plein de belles choses en terre-paille comme des fours à pizzas ou des cheminées. La technique est simple, naturelle et quasiment gratuite. Votre imagination est la seule limite !

Et voilà, après 4 semaines de travail (quelques heures par jours, 5 jours par semaine) nous sommes parvenus à construire les bases d’un jardin permaculture qui, s’il est habilement exploité, permettra de produire énormément de choses.

Ainsi, comme dans la Nature, pas question de planter des monocultures en lignes droites et très espacées l’une de l’autre. Il est aussi utile de réfléchir à l’association des plantes (compagnonnage) et à ne pas hésiter à planter plus que ce que recommande les instructions (par exemple, en jetant les semences dans le lit au hasard). Un superbe concept est aussi celui de guilde de plantes, il s’agit d’une association très poussée de plantes comestibles de tous types qui permettent d’utiliser tout l’espace disponible et de créer des barrières naturelles contres les insectes et les maladies. Il y a aussi la possibilité de créer ce qu’on appelle une forêt comestible : superbe formule combinant reforestation et nutrition !

Voilà maintenant que vous avez une meilleure idée de ce qu’est la permaculture, nous vous invitons à faire de même chez vous ! Rien de tel que des tomates et du basilic du jardin pour donner une saveur toute spéciale à vos spaghettis ! Par ailleurs, chaque aliment que vous ferez pousser vous-même, non seulement vous offrira le plaisir d’observer la Vie chez vous mais en plus, vous réduirez votre dépendance au supermarché, au pétrole, aux pesticides et pleins d’autres choses qui détruisent notre belle planète et le futur de nos enfants. Bref, c’est win-win comme on dit !

Pour plus d’informations sur la permaculture nous vous invitons à lire notre section « ressources » où vous trouvez des livres et sites internet intéressants autres que ceux déjà mentionnés dans ce texte.

N’hésitez surtout pas à nous écrire si vous avez des questions ou des commentaires.

Permaculturement vôtres,

Anna et Dave.

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USA to Mexico

Les photos sont disponibles ici.

Une toute nouvelle vidéo résumant notre projet est disponible ici.

Nous sommes bien arrivés au pays des mariachis, des piñatas et des tacos!

Après plus d’un an et demi de voyage, on accumule les chocs culturels sans trop broncher mais c’est peut-être pour cela aussi qu’on est tellement heureux d’être posés ici à Puerto Vallarta pendant quatre semaines, le temps de souffler un peu.

Mais commençons par le début….

Nous vous avions laissés à Washington D.C. au pays de l’Oncle Sam où nous avions décidé de voyager avec style et où nous nous étions donc offerts deux billets de train pour  la Nouvelle Orléans.

Vu le prix du billet, le train est un luxe mais ce n’est pas un luxe ponctuel ni rapide.

Le problème c’est qu’aux Etats-Unis – où mis à part dans le Nord-Est, les mots “transport public” sont une insulte- ce sont des compagnies privées qui exploitent le réseau ferroviaire qui, à l’échelle de ce “pays-continent”, est énorme mais mal réparti et  les trains passagers doivent laisser la priorité aux trains de marchandises.

Pour ma part, cependant, j’étais surtout excitée de descendre vers le vrai “Sud” car  je n’y avais encore jamais été.

Pendant le trajet, nous avons pu voir des petites villes dignes d’”Autant en emporte le vent” avec les belles maisons aux grandes colonnes blanches et rocking chairs devant la porte ainsi qu’un nombre incalculable d’églises de toutes les dénominations chrétiennes imaginables se faisant concurrence à coup de pancartes criardes.

Plus choquant était le nombre de maisons mal entretenues et marquées par la pauvreté et puis la succession de forêts recouvertes de kudzu, une plante japonaise très utile mais surtout très envahissante et enfin, les images apocalyptiques de certaines villes en Alabama, détruites la semaine précédente par un ouragan. Nous étions tellement bouches bées que nous n’avons pas eu le réflexe de sortir la caméra…

Après 28 heures et mille arrêts au milieu des bois,  nous étions à la Nouvelle-Orléans.  Nous n’avions cependant pas eu de chance avec couchsurfing.org et avons dû découvrir cette ville chaude et spéciale par nous-même, ce qui est toujours dommage.

Du coup, on s’est mis en mode “touriste” pendant quatre jours, nous promenant de long en large sur les longues avenues à la découverte des architectures multiples dont seule la Nouvelle Orléans à le secret.

Même si nous n’étions pas, comme 90% des touristes, attirés par le fameux Quartier Français et par les mœurs très légères qui y règnent, le caractère magique de la ville ne nous a pas échappé.

Chaque rue regorge d’histoires de cette ville portuaire où se sont côtoyés pirates des caraïbes et prêtresses vaudou, esclaves affranchis et aventuriers européens, prostituées et propriétaires de plantations de tabac. Quelle musique! Quelle cuisine! Quelle ambiance!

Nous avons aussi eu le grand plaisir de goûter à quelques spécialités locales avec l’équipe locale d’ATD Quart Monde au bord du Mississippi avant de reprendre le bus pour le Texas ( je vous passerai les détails sur nos voyages en bus mais si je devais choisir un objet qui symboliserait à la perfection la mort de l’Empire Américain ce serait le bus Greyhound).

Nous avions, comme probablement le reste de la planète, pas mal de clichés sur l’Etat de Georges W. Bush.

Comme nous avons eu la chance de faire du couchsurfing (CS) à Houston, d’être accueillis par de la famille éloignée  à Austin et de rencontrer des associations environnementales locales, nous avons passé une semaine géniale pendant laquelle nous avons rencontré des dizaines de personnes ouvertes, engagées et accueillantes, à mille lieux de tous nos préjugés. Mais quand donc apprendra-t-on?

Ce fut un pur plaisir même si nous étions très stressés parce que nous devions filmer nos premières interviews (la vidéo devrait sortir d’ici 2 semaines). Nous avons du coup beaucoup bossé pendant cette semaine mais nous étions soutenus à tout moment par des gens enthousiasmés par notre projet.

Nous avons d’autant plus besoin de soutien que nous nous sentons très tristes de ne plus pouvoir voyager à vélo. En Afrique, nous avons pris goût à la sensation de liberté et d’indépendance du  voyage à vélo. Finies les nuits calmes en pleine nature! Maintenant,  nous allons là où le bus veut bien nous mener et c’est bien souvent dans une ville malheureusement. Et puis, nous dépendons complètement d’autres personnes pour notre logement mais aussi pour notre transport. Bref, c’est un apprentissage que de voyager sans nos vélos!

Mais voilà, il y a tellement de choses merveilleuses qui se sont mises en place depuis que nous avons décidé de faire ce projet, qu’il est difficile de trop se plaindre. Les gens que nous contactons pour des interviews ou des collaborations; nos hôtes et leurs amis sont tous tellement serviables et cela nous donne l’énergie nécessaire pour apprendre à manipuler une caméra, des micros et des logiciels de post-production complexes.

Et puis, ce qui nous motive surtout c’est que partout où nous allons, nous rencontrons des gens qui sont inquiets pour l’avenir et voudraient agir mais ne savent pas par où commencer. C’est exactement pour cela que nous voulons partager avec qui veut bien nous écouter les expériences tellement inspirantes des gens que nous avons rencontrés en Afrique et que nous rencontrons aux Amériques.

Je ne voulais pas le croire mais aujourd’hui, je le vois, je le vis: une véritable révolution est en cours!

Après cette semaine grandiose au Texas, nous nous sommes rendus à Tucson, une ville libérale de l’Arizona qui a fait l’actualité il y a quelques mois lorsqu’un malade mental à tiré sur la représentante Démocrate Gabrielle Griffords. La réponse des dirigeants locaux ? Facile ! Ils ont changé la loi et sont maintenant autorisés à porter des armes à feu partout où ils le souhaitent….

Tucson, situé en plein désert de Sonora, ne manque pas de charme et se fond relativement bien dans le paysage: les gens ici ont renoncé à l’idée d’avoir une pelouse devant leur maison et y mettent donc des plantes désertiques telles que le photogénique cactus saguaros  (je dis cela parce qu’ailleurs en Arizona et en Californie, il y a des gens qui peignent les pierres ou leur gazon sec en vert! C’est véridique! Google it!). Il y a aussi beaucoup de galeries d’art, de petites boutiques et restos au charme fou et des coffee shops où on se verrait bien finir nos vies. Le centre historique de la ville est composées de belles maisons à toit plat en adobe. Bref, c’est très western et nous laisse même un goût de trop peu.

Après plus de deux mois aux Etats-Unis, nous les quittons avec des sentiments ambivalents.

D’un côté, il est impossible de ne pas être touché par l’incroyable diversité des cultures et des paysages ainsi que par la gentillesse des gens, de l’autre, il est difficile de ne pas être choqué par la pauvreté omniprésente, le nombre de gens obèses et clairement malades ainsi que par le mode de vie absolument destructeur adopté par la grande majorité des Américains. Et je ne vais même pas vous parler de la politique américaine qui énerverait même le Dalaï Lama !

En bref, les Etats-Unis c’est comme l’Afrique du Sud, c’est un pays tellement divers et  intense qu’on ne peut que l’adorer et le détester à la fois.

Malgré les avertissements reçus depuis des mois par quelques américains paniqués à l’idée que nous allions traverser la frontière mexicaine en bus, tout s’est bien passé. Comme toujours en cas d’hystérie générale, il suffit d’écouter ceux qui savent vraiment de quoi ils parlent.

Nous avons passé deux jours à Hermosillo, une petite ville banale au Nord du Mexique, en plein désert où il n’a plus plu depuis 9 mois (d’ailleurs à l’heure où j’écris ces lignes cette partie du Mexique, l’Arizona et le Texas sont la proie de feux de forêts énormes mais, heureusement, il n’y a absolument AUCUN lien avec le changement climatique. Mon Dieu, non, non! Le changement climatique? Qu’est-ce que c’est?).

A Hermosillo, nous vivons à nouveau une très chouette rencontre avec Andrea, notre hôtesse CS, qui nous emmène dans un bar où se rassemblent punks et rancheros gauchos pour écouter des musiciens fâchés contre le système.

Je sens que l’ambiance révolutionnaire qui semble régner dans cette partie-ci du monde va nous plaire!

Après un bref passage par Guadalajara, adorable berceau des mariachis, nous atterrissons à Puerto Vallarta, ville balnéaire ultra-prisée par les Américains. Ici, arrêt de 4 semaines, le temps de faire du wwoofing sur une petite coopérative bio et d’organiser la suite de la descente.

Mais ça, c’est une autre histoire et en attendant, nous vous invitons à découvrir la petite vidéo qui résume notre voyage en Afrique ainsi que notre nouveau projet en 4 minutes seulement (ne vous y trompez pas, on a mis au moins 40 heures à la faire! Merci Gwen pour tes conseils judicieux!)! Montez le son et si vous aimez, n’hésitez pas à partager!

Nous vous souhaitons un beau mois de juillet et de belles vacances si vous partez!

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Les Etats-Unis

Les photos sont ici

Quel plaisir d’enfin trouver quelques instants pour pouvoir partager avec vous nos “aventures” de ces deux derniers mois et nos futurs projets!

Depuis notre dernière mise-à-jour, il me semble qu’un siècle s’est écoulé! C’est avec énormément de joie que nous avons retrouvé nos familles et nos amis après 16 mois d’absence. Pour ma part, j’ai passé  un mois de mars merveilleux dans le plat pays qui est le mien à serrer dans mes bras des gens que j’aime et qui ont eux aussi fait leur bout de chemin depuis notre départ. Dave a fait la même chose de son côté de l’Atlantique.

Entre ceux qui ont embrassé une nouvelle carrière, publié un livre, écrit des pièces de théâtre, ouvert une école de Tai-Chi, produit des documentaires ou des paniers bio, reçu des prix divers, construit une nouvelle maison ou qui sont devenus parents, nous ne savions pas trop si nous pouvions reprendre les choses là où nous les avions laissées.

Heureusement, nos craintes étaient infondées et nous avons été chaudement accueillis par nos familles qui ont patiemment écouté nos récits encore trop frais et décousus et par nos amis impatients de nous raconter leurs dernières aventures. Un vrai bonheur! Merci à tout ceux que nous avons pu revoir car c’était magnifique! Vivement l’été 2012 pour qu’on remette ça et puis pour que nous puissions revoir d’autres têtes aussi…

Le seul hic dans tout ce tourbillon d’émotions était probablement l’étrange maladie de Dave qui avait commencé à le tourmenter au Malawi. Cela devenait d’autant plus inquiétant qu’aucun médecin ne savait de quoi il s’agissait vraiment et que chaque diagnostic impliquait un nombre incroyable de tests et parfois même d’opérations chirurgicales complexes!

Heureusement, le mystère fut résolu par un médecin spécialisé en médecine tropicale, qui les yeux brillants d’excitation, a annoncé à Dave qu’il s’agissait tout simplement de la bilharziose (vous pouvez lire plus sur ce sujet dans notre section FAQ sur la malaria) et qu’il fallait juste prendre quatre petites pilules pour la modique somme de 200 $ pour s’en débarrasser. C’est drôle parce que le médecin au Malawi était vachement moins excité par le cas de Dave et que le médicament là-bas coûtait 2 $…

Une fois Dave guéri, je l’ai rejoint à New York où nous avons passé plusieurs semaines à préparer la suite du voyage entre deux évènements familiaux. Nous avions clairement sous-estimé le temps que cela nous prendrait de revoir nos proches, d’organiser nos récits, photos et idées sur le voyage en Afrique et de préparer un nouveau voyage d’un an sans nos vélos sur un tout autre continent! Que de boulot et d’heures passées à trier, ranger, écrire, lire, acheter du matériel, brainstormer, contacter des gens et des organisations, étudier des cartes, etc.

Mais le plus difficile dans tout cela était de digérer le choc culturel et émotionnel que nous éprouvons depuis notre retour d’Afrique. D’un côté, tout est tellement familier et connu mais de l’autre, nous sommes très tristes de découvrir que rien n’a vraiment changé. Alors que nous sommes depuis quelques mois particulièrement angoissés par toutes les questions liées au changement climatique, force est de constater que non seulement, nos gouvernements n’ont absolument rien entrepris sur la question mais qu’en plus le sujet de l’environnement commence à sérieusement fatiguer les gens et qu’aux Etats-Unis, les environnementalistes sont traités de “communistes” voir même de « terroristes ».

Au-delà du fait qu’à mon humble avis, toute femme doit être féministe et tout être humain doit être environnementaliste, cet état des choses nous a mis une bonne claque.

Pourtant les signes du changement sont absolument partout. Depuis que nous sommes arrivés aux Etats-Unis en mars, il y a eu des tornades meurtrières dans le Midwest, des inondations inouïes à Memphis qui menacent aujourd’hui la Nouvelle Orléans, des récoltes entières gâchées par des pluies diluviennes, des conditions de sècheresses extrêmes et des feux de forêts au Texas. Et puis, je pourrais aussi vous parler de la fracturation hydraulique qui est en train de rendre stériles des milliers d’hectares de terre du Canada jusqu’au Tennessee (voyez le documentaire “Gasland” sur le sujet). En Pennsylvanie, il y a quelques semaines, un puits a explosé en envoyant de l’eau ultra polluée dans les réserves d’eau potable de la région.

Tous ces évènements et beaucoup d’autres sont un signal très clair pour ceux qui veulent bien le voir que la civilisation telle que nous la connaissons a ses meilleurs jours derrière elle. Pour nous qui avons pu bénéficier du pétrole bon marché et de toutes les choses merveilleuses qui en découlent, il est temps de se rendre compte qu’entre la question du changement climatique et celle du pic pétrolier, nous devons absolument repenser notre façon de vivre.

Certes, le défi est énorme et il est vraiment aisé de se laisser aller au nihilisme et à la déprime lorsqu’on pense à l’échelle du problème ( presque 7 milliards de terriens!!) et à la révolution nécessaire pour nous sortir de ce pétrin. Toutefois, on essaie de penser que finalement, ces énormes crises sont aussi une opportunité exceptionnelle – une crisortunité comme dirait Homer Simpson- de bâtir un monde meilleur. Oui, je sais, ça sonne kitsch, naïf et hippie mais nous pensons sincèrement qu’il est meilleur pour tout le monde – et en premier lieu, pour notre santé mentale!- de travailler avec le positif. Sinon, autant tout de suite s’acheter un lopin de terre au Canada et une kalashnikov en attendant la fin du monde.

L’heure est extrêmement grave et des centaines de livres et de documentaires paraissent tous les jours pour nous parler des problèmes (certains sont décrits sur notre page « ressources »). S’il est fondamental de s’informer sur ces problèmes et de se rendre compte de l’urgence de la situation  (généralement, les gens qui comprennent l’ampleur du problème passe par une phase de déprime, c’est normal), il faut s’accrocher et passer à la phase suivante: l’action. Il y a des centaines de milliers d’initiatives qui existent déjà, des tas de gens brilliantissimes qui se sont penchés sur la question et qui offrent des réponses intelligentes. L’excellente nouvelle donc c’est que pour construire un nouveau monde plus résilient, il ne faut même pas réinventer la roue, il suffit de rejoindre ou d’amplifier ce qui existe déjà!

D’ailleurs, si vous voulez en savoir plus sur ce qu’il se fait déjà, vous tombez à pic parce que nous allons  tout au long de notre voyage partir à la rencontre d’initiatives locales et positives qui contribuent à la solution. Nous comptons partager un maximum de nos découvertes via notre site – que mon héros de mari a rendu plus sexy- dans les sections projets, mise-à-jour et ressources et via un documentaire que nous sommes en train de préparer sur les projets entre NYC et Rio de Janeiro. En chemin, on espère aussi pouvoir donner notre présentation sur notre voyage en Afrique à qui voudra bien nous écouter.

C’est donc dans cette optique que nous avons été prendre l’air frais pendant trois semaines dans les montagnes de la Caroline du Nord, à Asheville. Une ville très verte dans le Bible belt où il semble que tous les restaurants se fournissent chez les fermiers bio locaux et où tout le monde semble être soucieux de sa consommation. Un heureux changement après New York, Boston et Washington D.C. ..

A Asheville, nous avons suivi un cours de construction naturelle. Nous avons appris à mélanger de différentes manière de l’argile, du sable et de la paille pour en faire tour à tour des briques, du mortier ou du plâtre. Nous avons appris à construire avec du bambou, du bois récupéré et des ballots de paille et nous avons appris les bases de la peinture naturelle, de la charpente en bois, des fondations et pleins d’autres choses que nous espérons pouvoir partager avec les gens que nous rencontrerons pendant notre voyage.

Maintenant nous sommes de retour à Washington D.C. où nous avons eu l’occasion de parler de nos projets avec 350.org et ATD Quart Monde, de mettre enfin notre site à jour et d’apprendre à utiliser notre caméra (tout conseil sur comment tenir une caméra jusqu’à comment faire un documentaire bienvenue!).

Demain, nous commençons notre descente d’un an vers le Sud.

Premier arrêt: la Nouvelle Orléans.

Excitation!

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Malawi

Photos disponibles ici

Voici notre dernière mise-à-jour pour la partie africaine de notre voyage! Je vous présente d’ores et déjà mes excuses pour une mise-à-jour un peu plus longue que les dernières mais j’ai beaucoup de choses à vous raconter!

Après avoir arrêté de pédaler à Nampula, dans le Nord du Mozambique, nous avons embarqué nos vélos et tout notre barda sur des camions, des bus et autres trains pour arriver à Lilongwe, capitale du Malawi quelques jours plus tard. Là, nous avons proposé notre aide pendant deux semaines au Centre de Permaculture de Lilongwe, lancé en novembre 2009. Le centre (www.naturesgiftpermaculture.org) est tout jeune mais c’est incroyable ce qu’une équipe motivée est parvenu à y faire: il y a des cours de jardinage pour les gens venus de tous horizons, des paniers bio et de superbes jardins de démonstration.

C’est le meilleur exemple de ce que la permaculture peut offrir à l’échelle commerciale que nous ayons vu jusqu’à présent.

Nous avons aussi rencontré les Nordins, un couple d’Américains passionnants, modestement installés dans un des quartiers de Lilongwe depuis 8 ans et qui petit à petit sont parvenus à faire passer le message sur la permaculture à tout le voisinage (www.neverendingfood.org).  Biswick, un jeune homme  du coin très doué qui a très vite compris les bienfaits de la permaculture est parti tenter l’expérience dans son village. Nous avons eu l’immense privilège de visiter ces deux endroits.

Il est difficile d’exprimer ce que l’on ressent face à des villages africains où la saison des pluies n’est plus “la saison de la faim” car il y a à manger toute l’année grâce à une diversification des cultures et du mode alimentaire, des villages où il y a de l’eau toute l’année même à la fin de la saison sèche de 9 mois grâce à quelques aménagements simples et gratuits permettant une récolte intelligente des pluies abondantes, des villages où la malaria n’est presque plus un problème car les endroits de reproduction des moustiques ont été  intelligemment plantés et ménagés et enfin, des villages où produire de la nourriture n’est pas un travail qui brise le dos des femmes car la permaculture c’est avant tout la promotion de techniques limitant au maximum le travail et les efforts pour un maximum de résultats.

Face à l’enthousiasme contagieux de Biswick, il est difficile de ne pas se laisser emporter par un optimisme devenu finalement assez rare chez nous ces derniers temps (ok, j’admets que je n’ai probablement jamais été une optimiste).Mais en voyant ces villages verdoyants, pleins de vie, il est impossible d’échapper à l’évidence:  la permaculture peut sauver l’Afrique, le monde même!

Cela fait un bien fou d’enfin entendre des étrangers dire que l’Afrique est riche: “Avec un climat pareil, le Malawi peut faire pousser plus de 600 sortes de plantes, ajoutez à cela une main-d’œuvre abondante, et le Malawi devrait exporter de la nourriture aux USA et pas l’inverse!” nous explique Kristof Nordin. “Avec quelques techniques de base, tout peut pousser ici. Les famines qui s’y sont produites ces dernières années sont liées à la monoculture du maïs commencée il y a 60 ans (et imposée par un dictateur aujourd’hui parti). Aujourd’hui beaucoup de Malawiens disent qu’attaquer le maïs c’est attaquer leur culture mais c’est faux, leurs grands-parents ne mangeaient pas de maïs mais bien des centaines d’autres plantes quasiment disparues aujourd’hui!”.

L’histoire du maïs en Afrique est passionnante mais trop longue pour ce blog, par contre, nous pouvons vous dire que tous les pays visités utilisent le maïs comme la base de leur alimentation. Partout, les gens mangent de la pâte faite à partir d’eau et de farine de maïs, de préférence la plus blanche possible. Le problème est que cette nourriture, très “bourrante” n’est absolument pas nutritive et que le maïs ne peut pousser que dans des conditions parfaites, la moindre petite sècheresse et ce sont des pays entiers qui n’ont plus rien à se mettre sous la dent. Et c’est comme cela qu’il y a des millions d’enfants qui ont de gros problèmes de croissance et de développement intellectuel dans un climat où le mot “abondance” devrait être un euphémisme.

Nous sommes donc loin du discours misérabiliste qu’adoptent pas mal d’ONG sans vision et omniprésentes au Malawi (cela n’a pas empêché les famines de 2002 et de 2005. Mais que font-elles ces ONG et ces agences de développement???? Aujourd’hui, ces ONG et agences proposent d’investir des millions de dollars pour enrichir le sucre ou le beurre de cacahuète avec des vitamines et minéraux. Dans le genre “on ne touche pas au vrai problème” on fait difficilement mieux ). Bien sûr, il faudrait une énorme dose d’éducation et il faudrait secouer quelques préceptes (agri)culturels mais cela est vrai pour tous les problèmes qui plombent notre belle planète. En effet, il faudrait aussi éduquer le milliard d’êtres humains surnourris ainsi que tous les êtres humains qui surconsomment. Pas facile mais pas impossible non plus.

Cette obsession des Africains pour le maïs n’est que l’un des éléments que nous avons pu retrouver dans tous les pays visités pendant nos 16 mois de voyage. Malgré les très nettes différences qui existent entre chaque pays (par exemple, la Tanzanie et l’Ouganda, sont voisines mais sont incomparables à plein de niveaux!) et le fait qu’il est impossible de parler de l’Afrique comme s’il s’agissait d’un pays, il y a cependant une sorte de cohérence entre les différents pays de l’Afrique subsaharienne, une sorte d’huile essentielle que nous avons pu retrouver après chaque passage de frontière.

Ainsi la grande résilience, l’infinie patience, l’aisance à établir des contacts avec d’autres humains, le respect pour la vieillesse, l’hospitalité, la facilité à exprimer l’allégresse, la politesse très codée, la débrouillardise généralisée, le sens de la communauté et aussi la jeunesse énergétique sont parmi les choses positives qui nous ont frappées au quotidien. L’Afrique que nous avons vue a un potentiel humain absolument époustouflant. Partant, l’une des choses qui m’a rendue le plus triste pendant ce voyage c’est le gaspillage de ce potentiel. Combien de prix Nobel, de boursiers Rhodes, de boursiers de génie Mc Arthur sont gaspillés tous les jours sur ce continent à cause de la malnutrition, d’un système d’éducation déplorable et des dizaines d’autres facteurs qui font que l’Afrique est comme elle est?

Mais les raisons de ce gaspillage sont aussi ironiquement souvent liées aux aspects que nous pensons être les plus positifs de la société Africaine: la résilience, la patience et la débrouillardise par exemple  impliquent un plus grand degré de tolérance envers des dictateurs monstrueusement cratopathes, une infrastructure et des services publics quasi-inexistants, des ONG souvent incompétentes, et une vie généralement (très) difficile.

Le sens de la communauté, un sens qui est trop perdu en occident et que l’Afrique pourrait nous enseigner, implique d’un côté un système qui met en place les fameux “Big Men”, des africains qui ont réussi (généralement dans la politique) et en échange d’un support économique sans fin pour leurs familles, leurs amis, les membres de leur ethnies (le cercle s’élargit en fonction de leurs richesses et pouvoir) ils reçoivent respect et une place spéciale dans leur communauté. Il est évident que les “petits” big men sont essentiels pour pallier l’inexistence d’une quelconque sécurité sociale mais il n’est pas difficile de voir  en quoi ce système est la voie royale vers une corruption débilitante.

De l’autre côté, le sens de la communauté est à l’origine d’une jalousie collective qui empêche beaucoup d’esprits entreprenants ou différents de vraiment se sortir de la pauvreté générale. Celui qui réussit mieux que les autres est immédiatement rappelé à l’ordre par des accusations de sorcellerie (omniprésente!), de sabotage ou ultime sanction, un rejet de la communauté. Nous avons pu observer ces choses de près lorsque nous avons passé du temps avec des Africains plus créatifs que la moyenne. Biswick par exemple, est régulièrement accusé de sorcellerie et de satanisme. A défaut de pouvoir être tiré vers le haut, la communauté tire tout le monde vers le bas. Un autre exemple, ce sont les marchés où les vendeurs vendent les deux mêmes légumes (généralement tomates et oignions). Un véritable casse-tête pour l’étranger qui désire répartir au mieux ses dollars dans une communauté qui en a désespérément besoin.  A qui acheter? à la vieille dame ou à la jeune mère? Et puis, à quelle vieille dame et à quelle jeune mère, il y a en a au moins dix qui vous supplient de leur acheter quelque chose?

Ces différents aspects du sens de la communauté paraissent contradictoires quelque part mais ils coexistent assurément en Afrique sub-saharienne.

Je pourrais vous parler pendant des heures de ce que nous avons appris sur la culture commune aux Bantous. Comme par exemple, cette capacité naturelle à partager les biens matériels avec d’autres mais une réticence obstinée à partager le savoir (gratuitement). En tant que voyageurs occidentaux, venant d’une culture où nous ne donnons rien de matériel mais échangeons constamment des informations, nous avons mis des mois à comprendre ça! Ainsi, obtenir des indications claires pour se rendre à un endroit précis était un parcours du combattant pour nous (et le sera toujours). La question “Où puis-je trouver le puits du village?” est généralement suivie par un geste imprécis dans une certaine direction et lorsque vous demanderez plus de précisions vous recevrez le même geste imprécis appuyé par un regard ennuyé. Bon, OK, il faut juste répéter l’opération jusqu’à ce que le geste imprécis aille dans la direction opposée, le puits n’est plus très loin.

Ou encore, une gentillesse et une capacité quasi-infinie pour l’hospitalité font partie du quotidien du voyageur en Afrique. “Welcome!” “Hello! How are you?” résonnent de toute part lorsqu’on se promène en rue mais de l’autre côté, malheur à celui qui paie pour un service, comme dans un restaurant ou dans un hôtel, il ne recevra de la part du serveur ou de l’hôtelier qu’un regard ennuyé au mieux, fâché au pire. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’Afrique n’est pas une société de services. Pour des raisons que nous ignorons complètement c’est comme si payer un africain pour être gentil lui enlevait toute envie d’être gentil. Bien sûr, tous les serveurs ne sont pas léthargiques ou méchants mais ils sont plutôt l’exception qui confirment la règle.

Un autre exemple que nous avons mis des mois à comprendre, parce que nous étions coincés dans nos mentalités occidentales – et le sommes encore toujours- c’est que généralement lorsqu’un Africain vous demande de lui donner quelque chose (votre vélo par exemple) c’est un compliment plutôt qu’une réelle demande. En effet, il est très impoli de faire des compliments directs aux gens à cause du risque d’attirer des mauvais esprits ou des mauvais sorts. Un Africain ou un étranger expérimenté répondrait par une blague qui cacherait d’un côté un non poli, de l’autre un merci pour le compliment.( Bien sûr, cela se complique dans les pays envahis par les ONG où les gens habitués à recevoir des choses gratuitement veulent vraiment que vous leur donniez la chose demandée). Ce genre de subtile rhétorique est le produit d’une culture essentiellement orale. Même sans comprendre la langue, il est fantastique de voir un paysan sans éducation au delà de la 3ième primaire, se lever lors d’une occasion spéciale pour donner un discours de vingt minutes avec une aisance qui laisserait pantois les ténors du Barreau parisien.

Un autre aspect typique de l’Afrique subsaharienne est l’omniprésence de la jeunesse: 50% des africains ont moins de quinze ans. Les enfants sont partout! Pas un jour ne passe sans que je ne tombe amoureuse d’un sourire, d’une petite voix qui dit “Howwayou?” ou d’un regard timide qui joue à cache-cache. Je vous souhaite à tous de faire un jour l’expérience de passer à côté d’une école, de lancer un “How are you?” à la ronde et d’entendre 200 gosses qui répondent à l’unisson “I am fine!”.

Et c’est justement pour ces enfants que j’ai tellement de colère en moi. De la colère envers bien évidemment ces dictateurs qui laissent leurs concitoyens dans la misère mais aussi et surtout de la colère envers tous les riches de ce monde qui volent l’avenir de ces enfants en détruisant la planète à petit feu pour satisfaire des envies qui ne les rendent même pas heureux..

Je sais bien évidemment que la plupart des gens ne consomment pas POUR détruire notre planète mais les signes de cette destruction sont partout et il est vraiment temps que nous arrêtions le massacre. Ce qui nous a le plus mis le bourdon ces derniers seize mois c’est l’omniprésence de la marque humaine partout où nous allions: déforestation, désertification, urbanisation sans règles, pollution des eaux, des sols, de l’air, mauvaise gestion des déchets, agriculture chimique, destruction des habitats naturels, et j’en passe. L’Afrique est par ailleurs le continent le moins développé de tous! L’ampleur de la destruction laisse craindre le pire pour l’avenir.

Parce que l’avenir, c’est le changement climatique. C’est le plus grand défi que l’espèce humaine ait jamais eu à affronter. Le terrorisme, la guerre froide, la grippe aviaire etc ne sont rien à côté du risque de voir, parmi d’autres effets, des méga-sécheresses, des méga- ouragans et le niveau de la mer monter de plusieurs mètres d’ici quelques décennies si nous ne changeons rien à notre façon de vivre.

D’ailleurs, même si nous arrêtons d’émettre le moindre gramme de CO2 demain, nous devrons tout de même gérer une nouvelle planète où il fera en moyenne 1.5°C plus chaud que lorsque notre civilisation est née. Les conséquences de ce réchauffement seront très lourdes et il est fondamental qu’à l’instar des Néerlandais, des Britanniques et des Bangladeshis , nous nous y préparions.

Et bien sur, il se trouve que l’Afrique, le continent le moins responsable de tout ce problème, est aussi par une cruelle ironie du sort celui qui souffrira le plus de ses conséquences. Ceci est à mon humble avis la plus grande injustice de tous les temps.

C’est pour cela que pour Dave et moi, l’idée de quitter l’Afrique aujourd’hui pour reprendre une vie pépère dans une maison proprette, un boulot traditionnel avec 2,4 enfants serait comme cracher au visage de chaque personne rencontrées sur ce continent. Autrement dit, c’est impensable.

Alors voilà, après des mois de discussions, de réflexion, de rencontres, de lecture, nous avons un peu modifié nos futurs projets.

En très gros, nous nous sommes rendus compte qu’il est urgent et fondamental que toutes les personnes qui en ont la capacité s’engagent dans la lutte pour sauver notre planète.

Vu l’échec total de Kyoto, la débâcle de Copenhague et le minuscule accord obtenu à Cancun, il est devenu manifeste que la solution doit venir d’en bas. Il est évident que pour une myriade de raisons, le monde politique ne prête qu’une oreille distraite aux cris d’alarme de la communauté scientifique et qu’il nous appartient à nous, les citoyens de ce monde, de l’obliger à les entendre et à réagir. Pas demain, pas en 2015 mais aujourd’hui.

Ce n’est pas un petit défi. D’autant plus qu’il y a encore pas mal d’incertitudes, d’incompréhension et d’ignorance sur le sujet du changement climatique parmi la majorité des gens. Nous mêmes, qui sommes quand même pas mal engagés pour l’environnement, n’avons réalisé l’urgence de la crise que très récemment (bon, vivre dans le bush africain n’aide pas) et nous avons passé l’essentiel des ces dernières semaines à lire tout ce que nous pouvions trouver sur le sujet. Nous allons donc plus travailler sur notre section “ressources” pour y mettre une liste des livres, des sites internet et des documentaires classés par thème que nous avons trouvé utiles pour comprendre les problèmes.

Les problèmes mais aussi les solutions car la très bonne nouvelle c’est que les technologies et les idées nécessaires pour nous sortir de l’impasse existent déjà et qu’il suffit que nous les appliquions et que nous exigions de nos gouvernements qu’ils les appliquent aussi.

Oui! le défi est énorme et l’échelle des changements nécessaires donne le tournis mais lorsqu’on voit l’effet que peut avoir un homme qui s’immole par le feu en Tunisie sur toute une région du monde, il est difficile de ne pas voir que nous avons tous un pouvoir énorme et que le changement peut arriver très vite.

Alors voilà, pas de défaitisme, pas de pessimisme noir, pas de cynisme, pas de climato-scepticisme il faut juste bouger. Pour nous qui serons là quand ça va péter, pour tous les enfants qui n’ont absolument rien demandé et pour ceux qui n’ont jamais contribué au problème. On parle quand même du risque de l’extinction de l’espèce humaine ici. Même Lady Gaga, Justin Bieber et Prison Break risquent de disparaître. Ça vaut la peine de se battre,non ?

En tout cas pour Dave et moi la voie à suivre est claire. Nous nous sommes rendus compte que l’heure de faire le tour du monde à vélo est passée (et en fait c’est le cas toutes les activités humaines qui ne font rien pour aider dans la lutte contre le changement climatique). Il est temps de nous rendre utiles. Donc, nous rentrons voir nos familles pendant quelques semaines, et à partir de début avril nous allons descendre de New York jusqu’à Rio di Janeiro en transport en commun que nous voudrions atteindre avant mai 2012, moment du prochain sommet de l’ONU sur le développement durable. C’est là que sera discuté l’essentiel de la suite de Kyoto. Probablement l’une des dernières chances de sauver notre climat. En vue de ce sommet, nous allons travailler pour des organisations comme ATD Quart Monde et 350.org (une super organisation! Checkez leur site!) et faire ce que l’on peut (cuisiner, préparer des power points, s’enchaîner à un arbre ou être aveuglés par des gaz lacrymogènes, qui sait??).

En chemin, nous allons nous arrêter dans un maximum de fermes bio (surtout permaculture qui fait vraiment, vraiment, vraiment, entièrement partie de la solution!) pour apprendre notre futur métier. Nous avons envie de nous installer sur un petit morceau de terre d’ici la fin 2012, de produire des fruits et légumes sains à de bons prix pour notre communauté, de faire ce que l’on peut pour rendre notre ferme carbone-négative et de rejoindre le mouvement de plus en plus actif qui lobby les gouvernements du monde entier pour prendre les décisions qui ne peuvent être prises par des citoyens ordinaires.

Quant à notre site internet, nous voudrions le garder même si nous ne méritons plus le qualificatif de  cyclistes (nous en sommes très tristes d’ailleurs!). Dorénavant, le site contiendra des récits de voyage mais aussi des  compte-rendu sur les initiatives, les idées, les projets, les inventions et les technologies qui font parties de la solution que nous découvrirons en route ou ailleurs. (si vous avez des suggestions surtout francophones, écrivez-nous!). Ce seront donc aussi les sections “permaculture” et “ressources” qui seront misent à jour régulièrement.

Je terminerai par vous dire que Dave et moi avons espoir en l’avenir parce que s’il est vrai que l’homme est un singe nu mal adapté aux réalités du 21ième siècle, il est surtout un génie au cœur d’or ! Si vous en doutez, je vous conseille de jeter votre télé par la fenêtre!

Voilà, maintenant, allez vite sur notre section ressources et lisez, lisez, lisez tout ce que vous pouvez!

La prochaine fois que nous vous écrirons ce sera des Etats-Unis. Un bon choc culturel en perspective!

Merci mille fois de m’avoir lue, désolée pour la longueur de mon texte et j’espère que je ne vous ai pas trop embêtés!


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Mozambique

Les photos sont disponibles ici

(Des infos pratiques pour les cyclistes disponibles ici)

“Ok, alors pour arriver à l’auberge de jeunesse, on suit l’Avenue Vladimir Lenin jusqu’à l’Avenue Kim Il Seung et puis on tourne à droite sur l’avenue Mao Tze Tung.’ m’explique Dave alors que nous roulons sur l’autoroute à 3 bandes nous menant à Maputo, “la plus charmante capitale africaine” selon le Lonely Planet. Lorsque j’avais lu cette description, je m’étais naïvement imaginée une jolie petite ville portugaise pleine de charme et de terrasses de cafés. Le Lonely Planet et moi n’avons pas la même définition du mot “charme”, ce qui n’est finalement pas notre seul point de désaccord. D’ailleurs je me demande pourquoi on se fatigue encore à le porter avec nous…

Quoiqu’il en soit, Maputo est à l’image du Sud du Mozambique: une ville sale et bruyante mais relativement dynamique, qui tente tant bien que mal d’effacer les traces de 20 ans de guerre civile et de remettre au goût du jour un communisme devenu bien désuet depuis la chute du mur de Berlin. Le centre de la ville est essentiellement composé d’immenses blocs d’appartements mêlés à d’improbables bâtiments (art déco notamment) souvent décrépis, le long de larges avenues où l’on peut se promener tranquillement à l’ombre de vieux jacarandas qui donnent un peu de couleurs au béton.

Nous arrivons cependant un peu tard pour voir le vrai visage de Maputo. C’est le 31 décembre et tout ceux qui peuvent se le permettre ont fui la ville depuis longtemps pour aller faire la fête sur les plages  quelques centaines de kilomètres plus au Nord. Nous qui avions envie de fêter le nouvel an cette année, c’est bien râpé.  Nous passons quatre jours à parcourir la ville à pied dans tous les sens et sa diversité  est attrayante. Nous y retrouvons l’ambiance de la côte swahili qui donne un charme oriental à cette partie-ci de l’Afrique.

Lorsque nous reprenons la route, nous croisons le trafic des riches citadins qui retournent au travail. Nous devons donc partager la seule route goudronnée du pays avec pas mal d’autres véhicules pendant les deux-trois premiers jours. C’est aussi les vacances des Sud-africains qui viennent coloniser la côte sud avec leurs énormes 4×4 tractant de nombreux jet ski ou des quads. (Contente de voir qu’on ne cesse de trouver de nouvelles façons de brûler notre précieux pétrole dans notre indispensable atmosphère.)

Le voyage à vélo est sympa cependant: les gens que nous rencontrons sont extrêmement accueillants et souriants. La nature ici est luxuriante. Chaque famille semble avoir son petit bout de paradis vert et le soir lorsque nous nous arrêtons pour planter la tente dans une cour familiale, les habitants sont fiers de nous montrer leurs richesses: mangues, papayes, bananes, goyaves, noix de coco, noix de cajou, ananas, fruits de la passion, oranges, mandarines, citrons, pastèques, manioc, riz, maïs, pommes de terre douces, choux, tomates et j’en passe. “Nous ne devons acheter qu’un peu de riz et du savon au magasin, le reste, nous le produisons nous-mêmes” nous explique fièrement Vincenzo qui nous invite à partager un verre de vin de noix de cajou avec sa famille pour célébrer notre arrêt sur ses terres.

Notre rythme a changé cependant depuis que nous avons repris la route au Swaziland, qu’on a traversé en deux jours de vélo. C’est la saison des pluies dans cette partie du monde et le pire moment pour visiter le Mozambique. Les températures dépassent allègrement les 35° C et il y a souvent 85% d’humidité. Nous sommes donc debout à 4h30 du matin pour pédaler l’essentiel de nos cinq heures avant 11 heures et faisons encore une heure de vélo après 16h avant de trouver un endroit où planter la tente.

Faire cinq heures d’effort physique dans un climat pareil nous rend souvent malades: maux de têtes, nausées, déshydratation, petits empoisonnement alimentaires à droite, à gauche, des démangeaisons dues à la chaleur et je ne vous parle même pas des moustiques, des mouches qui donnent des vers et des vers tout court qui grouillent partout et surtout dans le ventre des enfants.

Après quatre mois en Afrique du Sud, c’est un énorme choc que de rentrer dans l’un des pays les plus pauvres au monde même si le Mozambique est devenu la coqueluche des “aideurs au développement” en réduisant de manière impressionnante son taux de pauvreté depuis la fin de la guerre en 1992.

Nous pédalons jusqu’à Inhambane, une jolie petite ville d’où nous tentons pour 20 euros une petite excursion en mer, armés de palmes et de tubas, espérant rencontrer des requins-baleines. Pas de chance: il pleut, il fait froid sur le bateau, ma voisine passe le trajet à vomir et nous ne voyons pas plus de requins-baleines qu’il n’y a d’alliance sur mon doigt (je l’ai perdue quelque part dans l’Océan Indien. Enfin, si je sais où elle est, elle n’est pas vraiment perdue, hein). Bref, un bon coup d’épée dans l’eau, cela nous apprendra à payer pour “faire des trucs”.

Pédaler entre deux orages c’est bien mais prendre le bus pour les éviter c’est mieux. Nous nous télétransportons donc de Inhambane à Quelimane dans le Nord en passant par Beira où nous sommes accueillis par un charmant couple de juristes portugais qui vivent au Mozambique depuis quelques mois. Nous apprenons pas mal de choses sur la corruption (le fait que les étudiants ne pouvant pas présenter la carte du FRELIMO, le parti au pouvoir, ne réussissent pas leurs examens ou que Beira qui vote MDM, un nouveau parti, ne reçoit pas un kopeck des millions de dollars injectés dans l’économie par les généreux donateurs ne sont que deux exemples parmi bien d’autres), sur le taux extrêmement élevé, mais finalement normal pour la région, de personnes contaminées par le HIV/SIDA, sur la pauvreté écœurante qui fini par rendre cynique à défaut de fou, etc.

Pffff, c’est intense le Mozambique! La pauvreté abjecte dans laquelle les gens sont réduits à vivre dans un monde où des gens se rendent en Lamborghini – ou un autre de ces gadgets pour vaniteux- pour aller manger des produits de luxe me rend triste et déprimée. Nous nous demandons ce que nous faisons là, juste à pédaler alors qu’il y a tellement de choses à faire pour changer les choses. Nous reparlons beaucoup du futur, modifions quelques uns de nos plans (mais il est encore trop tôt pour en parler) et reprenons la route à partir de Quelimane.

Le Nord du Mozambique est très différent du Sud. Je pense qu’il s’agit de la région la plus pauvre que nous ayons vue jusqu’à présent. Fini l’accueil chaleureux et sympa des habitants. Nous savons depuis longtemps que l’attitude des gens par rapport à notre petite expédition est une expression de leur niveau d’éducation et d’ouverture au monde. Ici, les petits enfants nous fuient en pleurant, les plus grands deviennent hystériques et courent derrière nous, les adultes, s’ils osent nous regarder, nous regardent passer bouches bées, les adolescents les plus téméraires nous suivent silencieusement à vélo juste pour le plaisir de nous observer un peu plus longtemps. Nous causons des accidents (de vélos heureusement, personne n’a assez d’argent pour s’acheter un toit de tôle ondulée et encore moins une voiture), nous interrompons les messes et les cours dans les écoles et causons de grands attroupements dans tous les villages où nous nous arrêtons.

Le soir, lorsque nous avons planté la tente sous les “ouh” et les “ah” des petits et des grands, je sors une petite carte de l’Afrique et dans mon plus beau “portugnol” j’explique un peu notre voyage. La seule question qui suit parfois mon petit speech c’est de savoir si nous avons des enfants. Notre réponse génère alors un grand silence suspicieux parmi les femmes qui à mon âge ont parfois 4 ou 5 enfants.

Pas de “Vous devez être fatigués/en pleine forme?”, de “Combien de crevaisons?” ni de “Que faites-vous pour vous protéger des animaux?” qui sont les questions standards des belges, comme des Sud-Afs et des enfants  de Dar es Salaam ou de la brousse Zambienne. Même dans le sud du Mozambique,  lorsque nous étions déjà dans notre tente, nous pouvions entendre les familles avoir des discussions animées sur notre voyage jusque tard dans la nuit.

Ici, rien de tout cela.

Lorsque je perds patience parce que nous sommes continuellement traités comme des animaux en cage
ou que des gens se moquent de notre peau blanche ou de notre moyen de locomotion, j’essaie de me souvenir que le Mozambique est le 40ième pays que je visite alors que les gens ici n’ont probablement jamais quitté leur village; que nous avons lu des centaines de livres dans notre vie alors qu’ici il y a 6 instituteurs pour 410 élèves qui ne comprennent pas le Portugais – la langue de l’enseignement; que notre tente est plus confortable et plus imperméable que leurs cases; que nous pouvons nous offrir à manger dans un pays où la nourriture est outrageusement chère (un petit poulet-frites (des produits locaux) coûte 4 euros!!!!); que nous pouvons prendre le bus alors qu’un ticket Inhambane-Quelimane coûte un quart du salaire mensuel d’un prof (2500 meticais = 56 euros, un loyer en ville coûte facilement 1500 meticais); que nous venons de pays qui causent le réchauffement climatique dont eux vont ressentir les effets bientôt lorsqu’ils verront leurs précieuses terres disparaître sous la mer et que  si j’en ai marre de voir cette misère, je peux prendre un avion (que la plupart n’ont jamais vu) direction l’Europe (qu’ils ne peuvent même pas imaginer) pour trouver un boulot qui me permettra de gagner en un mois au minimum l’équivalent de trois ans de salaire moyen ici.

Alors, je ravale mon impatience mal placée et je lance un “Bom día” à ceux qui veulent bien l’entendre.

Arrivés à Nampula, grande ville au Nord, la roue arrière de Dave nous lâche à nouveau. Le problème est sérieux. Tellement sérieux que nous devrions nous faire envoyer les pièces de Belgique. Malgré la gentillesse habituelle de l’équipe de la Maison du Vélo à Bruxelles, cet envoi serait beaucoup trop cher et injustifiable par rapport aux quelques centaines de kilomètres qui nous séparent de notre but. Alors voilà, le voyage à vélo en Afrique s’arrête ici pour nous. Heureusement, le Malawi est un pays qui est très actif en matière de permaculture et nous sommes ravis d’aller passer un peu de temps là-bas. En attendant le Malawi, nous sommes partis à la découverte des îles perdues dans le temps telles qu’Ibo et Ilha de Moçambique. Pas trop mal comme prix de consolation…

Nous avons donc encore quelques petits projets intéressants avant notre retour au pays natal! Quelle  joie cependant de penser à notre retour et au fait de vous revoir!

A bientôt!

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Cap Oriental

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Aïe, aïe, six semaines et quelques milliers de kilomètres déjà depuis la dernière mise-à-jour. Désolée! Le temps passe vraiment trop vite!

Donc, depuis le départ de la famille de Dave mi-novembre, nous avons mis nos vélos sur un bus jusqu’à East London, dans la province du Cap Oriental. De là, nous sommes remontés sur nos vélos pour tenter la traversée de l’ancien Transkei ou Wild Coast,  une région à l’histoire particulièrement sud-africaine.  Elle n’est en effet rien d’autre que l’un des dix fameux Bantoustans ou Homelands créés par les architectes machiavéliques de l’apartheid.

Leur programme était ambitieux: empêcher les noirs d’avoir la nationalité sud-africaine afin de sécuriser le contrôle blanc sur le pays riche en minéraux. Pour cela pensaient-ils, il suffisait de déplacer les Noirs, divisés en ethnies, vers des parties du pays qui seraient autonomes dans un premier temps, indépendantes par la suite. Le Transkei était un Bantoustan réservé aux Khosas, l’ethnie de Nelson Mandela.  En 1994 les Bantoustans furent réintégrés à la République Sud-africaine et Nelson Mandela, le grand homme, prenait la présidence d’un pays fondé en 1910 sur l’inégalité raciale et sur la division entre les peuples le composant.

Cinq minutes après être descendus du ferry qui traverse le fleuve Kei, nous avons compris que rien n’a  changé ici depuis 1994: le gouvernement a laissé la situation comme elle était: plutôt que d’investir sérieusement et massivement dans une région extrêmement pauvre, il a préféré verser une allocation à tous ses habitants et se concentrer sur les régions urbaines avec plus de potentiel. A ce jour, il n’y a toujours pas d’industrie, l’agriculture – même de subsistance! – y est très peu développée, les terres sont communales, les chefs traditionnels – non élus- détiennent tous les pouvoirs (ce qui est la porte ouverte à la corruption et à l’arbitraire). Résultat des courses: 86% de la population active est sans emploi (de manière permanente) et la majorité écrasante des enfants ratent les tests scolaires standardisés (car ils sont en Anglais et les enfants parlent encore moins l’Anglais qu’en Ouganda!). Le gouvernement ayant d’autres chats à fouetter, il n’est pas certain que les choses changeront un jour.

Malgré ces statistiques catastrophiques, nous y retrouvons – avec un certain plaisir je dois dire- les petites routes en terre peu fréquentées, les villages formées de cases rondes, les écoliers en uniforme – la touche britannique par excellence en Afrique- nous saluant comme s’ils n’avaient jamais vu de blancs, les mamas portant fagots de bois sur la tête et nourrisson sur le dos, des hommes buvant de la bière de maïs en groupe, de vieilles dames toutes ridées portant des vêtements plus traditionnels en route vers l’église.  Tout ce petit monde vit dans des paysages magnifiques: de belles collines vertes et ondulantes avec vue sur l’Océan Indien bleu cobalt. Les gens sont extrêmement accueillants et souriants et nous étions ravis d’être de retour dans l’Afrique que nous aimons tellement (même s’ils nous a fallu plusieurs longs mois pour nous y attacher).

Ce n’est cependant pas sans réticences que le Transkei s’offre aux voyageurs à vélo. Après plus d’un mois de paresse, nous n’étions pas prêts de retrouver des collines sur lesquelles manifestement personne n’a fait d’effort pour construire des routes logiques et où nous passons 15 fois dans la même journée du niveau de la mer à 500 mètres d’altitude sous un soleil brûlant que nous n’avions plus vu depuis la Namibie. Nous poussons souvent nos vélos surchargés jusqu’au sommet sous les “bye-bye”  ou “sweets, sweets!” enthousiastes des enfants.

Même si nous avions l’impression d’être en pleine campagne tanzanienne (si ce n’est pour le nombre    impressionnants d’écoles, de centre médicaux et de pompes à eau neufs), le Transkei est encore en Afrique du Sud. En sus des milliers d’avertissements reçus par des Sud-af blancs sur les “grands dangers” du Transkei, nous avons eu le déplaisir d’être interrompus à  plusieurs reprises lors de nos pauses le longs de la route par des gens dans leur 4×4 qui s’arrêtaient pour nous dire que nous devions partir très vite de là car la région est trop dangereuse. “Les noirs sud-africains sont différents des autres noirs.” nous explique-t-on ou encore “Ici, c’est l’Afrique sauvage”. Il est difficile en tant que touriste de ne pas écouter les conseils des “locaux” mais en Afrique du Sud, il n’y a pas d’autre choix. Si vous deviez écouter les Sud-af blancs vous n’iriez nulle part dans ce superbe pays.

S’il est vrai que l’Afrique du Sud est le deuxième pays le plus dangereux au monde après la Colombie (Nous avons rencontré deux médecins allemands qui travaillent à Durban, ils passent leurs journées à recoudre des blessés par balles. “Ça nous change de l’Allemagne” expliquent-ils avec un sourire), être  obsédé par le crime, complètement parano et se méfier de tous les hommes noirs âgés de 15 à 45 ans n’est certainement pas une solution. D’autant plus que cette paranoïa est la porte ouverte à un racisme absolument délirant (alors que la plupart des victimes sont des noirs dans les townships) . Le racisme ici est aussi réel que la criminalité. Nous ne comptons plus le nombre de Sud-afs ou Namibiens blancs qui nous ont sorti des horreurs racistes endéans les 5 minutes de notre rencontre ou qui se plaignaient de leurs employés noirs comme s’ils étaient une sous-catégorie humaine.

Après 13 mois sur ce continent, nous nous rendons compte que dans beaucoup de situations, la culture africaine traditionnelle et le système capitaliste moderne  sont incompatibles mais il est possible de trouver un entre-deux qui soit respectueux de tout le monde. Nous avons rencontré suffisamment de Sud-af blancs, noirs et asiatiques qui cohabitent au quotidien dans le respect mutuel et qui sont en train de concrétiser ce fameux “rainbow nation” en se basant sur les côtés positifs de chacune des communautés. Un pays où les feuilletons sont en 6 langues a certainement des choses positives à enseigner au reste du monde….

Nous étions dans le Transkei depuis une bonne semaine, lorsque le vélo de Dave nous a lâché en plein milieu d’une colline speciale Transkei. Nous embarquons donc nos vélos pour la deuxième fois sur un bus jusqu’ à Durban. Nouvelle ville sud-africaine, nouveau monde: Durban c’est là où l’Inde rencontre l’Afrique. La ville est d’une diversité absolument incroyable et elle a une très chouette énergie (bien sûr, on vous dira aussi que Durban est une ville extrêmement dangereuse où il ne faut pas se promener blablabla). Nos vélos chez le réparateur et Dave passé chez le médecin pour une petite fièvre africaine et hop, nous prenons le bus pour Maseru, capitale du Lesotho où nous récupérons notre amie Megan en pleine forme – malgré le décalage horaire et les 20 heures de vol depuis NYC.

Le Lesotho, surnommé “le Royaume dans le ciel” est un pays de la taille de la Belgique situé à plus de 1400 mètres de hauteur en plein cœur de l’Afrique du Sud. Les montagnes sont en grès et l’érosion leur a donné de jolies courbes toutes douces. Le pays est riche en sources d’eau fraîche (vendue en partie à l’Afrique du Sud) et les paysages sont très verts malgré l’absence d’arbres.

Petite capitale africaine très calme, Maseru n’a pas grand chose à offrir mais il suffit de prendre le bus pendant quelques heures pour se retrouver au bout du monde!

Dans les montagnes, la vie pastorale bat son plein et nous avons eu l’impression de faire de la randonnée dans une sorte de Mongolie africaine, très éloignée de la civilisation occidentale. Ici, pas de voitures, de toute façon, il n’y a pas de routes. Le poney adapté au terrain accidenté est le mode de transport par excellence et les gens vivent très simplement dans des huttes de pierre aux toits de chaume.  La vie ici est vraiment rude et le climat ne pardonne pas: l’hiver, il neige beaucoup et l’été, il y a de sérieux orages qui causent beaucoup de dégâts.

En 10 jours, nous n’avons malheureusement pas eu l’occasion de beaucoup explorer ce pays vraiment spécial mais c’est une perle à découvrir si vous êtes dans la région.

Megan rentrée chez elle, nous avons parcouru pas mal de kilomètres avec les mini-bus locaux (“C’est beaucoup trop dangereux! Il ne faut jamais les emprunter!” ) pour arriver dans une petite ferme bio/permaculture dans la province du Kwa-Zulu Natal (“Kwa Zulu Natal? Il ne faut pas y aller, les Zulus sont vraiment dangereux!”). Là, nous avons passé deux semaines trop courtes à traire des vaches, fabriquer des fromages, faire du pain, du beurre, du yaourt, des produits cosmétiques naturels, à filer de la laine et du coton,  à s’occuper du potager, des poules, des lapins, des cochons et des chevaux entourés de superbes montagnes. Il était en effet grand temps de remettre le “perma” dans permacyclistes. C’est chose faite et nous sommes prêts à reprendre nos vélos dès mardi. Demain nous tricherons une dernière fois en les mettant sur un bus jusqu’au Swaziland. De là, nous pédalerons jusqu’au Malawi d’où nous prendrons l’avion le 6 mars pour nos pays respectifs.

En avril, nous reprendrons la route en Amérique du Sud.

Nous tournons donc la page sud-africaine de notre voyage. Quatre mois dans ce pays et je dois avouer que je n’ai jamais rien visité d’aussi intense de ma vie! D’un côté, le racisme et la criminalité omniprésents génèrent pas mal de sentiments négatifs, de l’autre, l’hospitalité et la gentillesse sans bornes rencontrées ici nous ont donné l’impression d’être au Shangri-la du voyageur. Je pourrais vous écrire des pages entières sur ce que nous avons vu, entendu et vécu dans ce pays mais le mieux est encore de vous épargner mes litanies socio-politico-débiles et de vous inviter à venir découvrir ce pays par vous même.

Petits conseils lecture:  “Diamonds, gold and war” de Martin Meredith, “Pleure mon pays bien-aimé” d’Alan Paton, “Country of my skull” d’Antjie Krog et “South Africa’s brave new world” de R.W. Johnson.

N’hésitez pas à vous inscrire à notre google group ou à trouver notre page “permacyclists” sur Facebook.

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Vipassana

Voici le lien vers quelques photos de notre année en Afrique

Voilà déjà un an que nous sommes sur la route et nous avons passé une année merveilleuse!
D’autant plus qu’elle se clôture par une découverte spirituelle magnifique. Et oui, j’ai dit “spirituelle” car ce n’est pas tout de passer ses journées à pédaler dans des paysages superbes et de rencontrer des gens géniaux, notre voyage a aussi un aspect spirituel !  Les cyniques du fond peuvent rigoler…

Je dois vous prévenir tout de suite que je parle de spiritualité sans Dieu. Personnellement, j’ai passé 21 ans dans l’enseignement catholique et si je me sens très touchée par le message de Jésus (“Aime ton prochain…”etc), je me sens aussi très éloignée de l’Institution. Quant à Dave, son éducation religieuse plus complexe  que la mienne – faite d’un mix savant de christian science, de judaïsme pratique et d’athéisme moderne- l’a éloigné de toutes les religions.

Partis en athées convaincus, nous avons survécu à de multiples tentatives de (re)conversion par des chrétiens de toutes dénominations. Nous avons finalement accepté le fait que nous n’avions pas la foi, ni en dieu(x), ni en un Esprit (magique, bienveillant ou malveillant). Nous savions aussi que nous n’étions pas à la recherche d’un substitut, de rites, de rituels, de traditions ou de croyances New Age ou autres. Malgré cela, nous voulions, nous aussi, pouvoir replacer nos petites vies dans un cadre plus larges qu’elles.

Depuis quelques temps, nous savions que notre réponse se trouverait plus à l’Est mais n’avions jamais pris le temps de vraiment chercher. Des amis nous avaient parlé d’une forme de méditation, appelée Vipassana, qui a changé leur vie. Ils nous avaient expliqué qu’il y avait des centres dans le monde entier pour apprendre la technique. Nous pensions garder cela pour l’Asie (chaque continent a pour nous un thème) mais le temps passant, nous nous sommes rendus compte de plusieurs choses:

Premièrement, le fait est que nous sommes heureux. En fait, nous n’avons probablement jamais été aussi heureux de nos vies mais nous nous rendons compte que ce bonheur est fragile car il dépend de circonstances extérieures que nous ne maîtrisons pas. Si l’une de ces conditions venait à disparaître (genre plus de vélo pour raison de santé), nous ne serions plus aussi heureux.

Deuxièmement, malgré le fait que nos vies soient parfaites en ce moment, nous ne pouvons nous empêcher d’être tourmentés par nos démons ou par des désirs d’avoir plus, toujours plus. Cela nous a particulièrement frappés lorsque nous avons pédalé pendant 3 mois dans des régions quasi-désertiques. Le face-à-face constant avec notre esprit sans moyen de le contrôler est un exercice pénible et fatigant que nous ne tenons plus à répéter.

Enfin, cette année de voyage nous a offert beaucoup de sentiments extrêmes telles que la colère envers les hommes (pour la destruction environnementale par exemple) mais aussi beaucoup d’amour pour ces mêmes hommes qui sont fondamentalement extraordinaires et bons. Nous voulions apprendre à cultiver les sentiments positifs et à réduire les sentiments négatifs.

Ces trois constats combinés à la lecture du “Plaidoyer pour le bonheur” de Mathieu Ricard, nous ont amenés à chercher un centre de méditation Vipassana avant d’arriver en Asie. Par chance, le seul centre en Afrique est en Afrique du Sud, près de Cape Town! Mieux encore, il y avait un cours de dix jours fin octobre. L’occasion était trop parfaite et en trois clics, nous étions inscrits.

Alors Vipassana, c’est quoi? Nous n’en savions pas grand chose si ce n’est qu’un journaliste new-yorkais décrit l’expérience ainsi: “Si à la fin, on a l’impression de quitter Shangri-la, c’est parce qu’au début, on a l’impression d’être à Guantanamo.” A mon avis, à Guantanamo, ils se disent qu’une retraite Vipassana c’est le Club Med mais la plupart des gens en liberté seraient d’accord avec cette description.
L’aspect Guantanamo c’est notamment dix jours de silence total, l’interdiction de quitter le centre pendant ce temps, la séparation hommes-femmes stricte,  l’interdiction de consommer de la viande, de l’alcool ou du tabac, le lever à 4 h du matin (oui, il y a un 4 h du matin!) et 11 heures de méditation par jour.

La méditation c’est quoi? C’est être assis en tailleur sur un coussin et observer – sans visualisation, ni répétition de mantras- sa respiration naturelle quand elle entre et sort par le nez. Onze heures par jour.
La technique se complique un peu le 4ième jour : il faut apprendre à se concentrer sur les sensations physiques éprouvées dans chaque partie du corps, de la tête et pieds et des pieds à la tête. Le but est de rester d’humeur égale (équanime) tout le temps quel que soit le caractère de la sensation (agréable ou non). Parfois, en méditant, on éprouve des sensations géniales et parfois, on a juste mal au ventre. Les deux sont bons, il faut juste l’observer et l’accepter sans créer de désir pour les sensations de flottement ou d’aversion pour le mal de ventre.

Au début, je “méditouille” dans le genre: une respiration – deux respirations et hop! je me retrouve dans un de mes milliers de scénarios ou de souvenirs. Le temps que je me rende compte que je suis partie, 10 ou 20 minutes sont passées. Et il faut recommencer. Encore et encore. Jusqu’à ce que la concentration devienne meilleure et qu’à la fin, je puisse observer des sensations subtiles dans tous le corps.

Cette technique, enseignée par le Bouddha il y a 2500 ans, est simple et complexe à la fois. L’idée est que nos sentiments sont précédés ou accompagnés par des sensations physiques. Avec beaucoup de pratique, le méditateur peut reconnaître les sensations physiques avant même que le sentiment ne le submerge et en observant les sensations objectivement, il parvient à rester maître de ses sentiments. Pour les gens comme les moines bouddhistes, elle permet d’arriver au Nirvana et d’être complètement libérés. Pour des gens comme Dave et moi elle permet de rester cool dans toutes les situations de la vie. Il est ainsi possible, dit le Bouddha, d’être vraiment heureux.

Et je le crois. Lorsque le dixième jour est arrivé, il était impossible de louper les grands sourires qui s’affichaient sur le visage des gens. Nous étions bien sûr loin d’être libérés mais nous nous sentions tous habités par des sentiments de paix, de joie et de compassion au point que nous avions juste envie de dire à tout le monde: “Faites-le! C’est génial!”.

Je voudrais aussi préciser que cette technique de méditation est universelle, non-sectaire, efficace et gratuite. Ainsi, de par le monde, des gens de toutes les dénominations la pratiquent sans pour autant renier leurs religions. Il ne s’agit pas de se convertir au bouddhisme, loin de là. Vipassana est enseignée dans des prisons en Inde et aux USA notamment et il a été observé qu’il y avait moins de violence et moins de récidives lorsque les prisonniers  la pratiquaient. Elle est gratuite en ce qu’un nouvel élève ne peut rien payer. Il est logé et nourri grâce aux dons faits par les anciens élèves qui ont envie de rendre cette expérience possible pour lui. Si vous n’en avez jamais entendu parler c’est parce qu’il n’y a pas de pub autre que le bouche-à-oreille.

Malgré le règlement assez hard du Centre Vipassana, le plus difficile est bien évidemment de continuer  à pratiquer deux heures par jour… jusqu’à la fin de ses jours. Jusqu’à présent, Dave et moi y arrivons plus ou moins bien. D’ailleurs, les jours où je n’ai pas le temps de méditer le matin, je sens que mon humeur est plus en dents de scie (et cela en à peine 3 semaines de pratique!).

En tout cas, nous étions très heureux lorsque nous avons accueillis la famille de Dave à Cape Town et nous avons passé deux semaines merveilleuses en leur compagnie. C’est probablement parce que sa famille est super mais nous sommes sûrs que la méditation a aussi quelque chose à voir là-dedans…

Maintenant, nous reprenons la route à East London pour découvrir la côte Est de l’Afrique du Sud. Plus d’infos au prochain épisode!

Si vous voulez plus d’infos sur la méditation vipassana, vous pouvez surfer sur www.dhamma.org ou  nous envoyer un email!

Merci de m’avoir lue et merci pour vos messages de soutien!

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Western Cape

(Photos disponibles ici)

C’est non sans peine que nous nous sommes arrachés à Cape Town.

Non seulement parce qu’il s’agissait d’une toute grande étape – très attendue – dans notre voyage mais aussi parce que Cape Town a immédiatement été propulsée dans le top 3 de nos villes préférées (avec Istanbul et Portland, Oregon). Son architecture nous donnait l’impression de circuler dans une version plus humaine de Manhattan et son côté alternatif nous a offert marchés bio, galeries d’art et boutiques avec personnalités. Nous avions l’impression d’être arrivés dans un nouveau “chez nous”.

Le flux incessant de belles rencontres n’a rien enlevé à la magie de notre séjour au Cap: nous avons été invités à un braai (= barbecue sud-africain, une passion nationale) et un tour de la ville par Hanlie et Wim (qui nous ont hébergés en passant), nous avons été tirés jusqu’au sommet de Table Mountain par Jaco et Stéphanie et notre matériel a été magiquement réparé par Geoff et Catherine. Dur, dur donc de quitter ce petit monde et de se remettre en selle après une semaine!

Les paysages spectaculaires qu’offre la côte à la sortie de Cape Town ont cependant eu raison de notre tristesse et c’est avec beaucoup de plaisir que nous avons fait l’un des plus beaux trajets depuis le début du voyage. De grandes montagnes superbement érodées se jettent dramatiquement dans l’Océan Atlantique qui à cette époque-ci de l’année regorge de baleines franches australes. Il est possible d’en voir des dizaines et des dizaines lorsqu’on prend le temps de s’installer sur la rive. Nous avons aussi vu de près des pingouins africains et des otaries. Nous avons pédalé jusqu’à la pointe la plus au Sud du continent où se rejoignent l’Océan Atlantique et l’Océan Indien dans un beau paysage de dunes blanches. Nous avons rencontré un chocolatier belge exilé sous le soleil sud-africain depuis 40 ans a qui nous avons acheté du vrai chocolat (nous sommes encore à la recherche d’un brasseur belge…).

Par ailleurs, abstraction faite de la pluie et du vent, c’est un jeu d’enfant de voyager à vélo dans cette partie-ci de l’Afrique du Sud. Les routes sont bonnes, les endroits où loger confortables et accessibles (douche chaude tous les jours!) et il est facile de trouver de la nourriture introuvable au Nord (pain, fromage, café filtré etc).

Nous avions été avertis il y a un petit temps déjà par les blancs rencontrés  plus au Nord que nous allions enfin retrouver “la civilisation” en Afrique du Sud.

En effet, nous avons retrouvé “la civilisation” et nous avons souvent eu l’impression que pédaler ici, aux USA ou en Europe serait la même chose.

Cependant, comme dans nos pays d’origine, il est presque impossible de fuir les millions de 4×4 neufs transportant une seule personne (dont le prix d’achat pourrait nourrir un village africain (lire “non-civilisé”) pendant 5 ans), il est impossible de ne pas remarquer le nombre absolument délirant de personnes obèses dans les rues (un tiers des sud africains!!!), le nombre de chaînes de supermarchés et de fast-food dont les poubelles sont remplies de nourriture, le nombre incroyable de résidences secondaires énormes qui bouffent espace et énergie ô combien vitaux et qui restent vides 11 mois par an, les millions d’hectares complètement dénués d’arbres, érodés jusqu’à la roche et plantés de monocultures qui vont nourrir des animaux plutôt que des hommes et lorsque l’espace n’est pas entièrement déforesté, il y a, à la place des forêts originales, des plantations de pins servant à la construction d’encore plus de résidences pour riches. Partout, nous voyons des panneaux expliquant que la région est quasiment sans eau due à une sècheresse exceptionnelle…

S’il y a peut-être des gens qui ne sont pas touchés par le fait que l’environnement est presque complètement détruit, j’ose croire que traverser les bidonvilles à vélo (et non pas à 150 km/heure dans une voiture climatisée) où s’entasse une masse humaine à la peau noire et sans le sou ne les laisserait pas indifférents.

Depuis près d’un an, nous pédalons dans du délire mais ici, c’est vraiment le sommet! Le pire c’est que beaucoup pensent que l’Afrique du Sud devrait servir de modèle pour les autres pays africains…

Heureusement, après avoir pédalé des jours de suite parmi les champs de blés déprimants et le long de la fameuse “Garden Route” – le joyau touristique de la région qui est censé être une forêt indigène superbe mais qui se transforme lentement mais sûrement en une énorme plantation de pins (plus de 80% de la forêt ont été coupés depuis 1960), nous sommes tombés sur un petit paradis.

Il s’agit d’une auberge de jeunesse ultra écolo, situé à 800 km à vélo de Cape Town, où nous campons parmi les montagnes et une vraie forêt aux allures de jungle. Il y a aussi un potager permaculture, un centre d’éducation à l’environnement où tout se réutilise et se recycle, de grandes ballades à faire et surtout une équipe très motivée qui nous a accueillis à bras ouverts. Nous avons donc décidé de nous installer ici pendant une semaine, le temps de les aider à arracher les arbres acacia mearnsii  dans leur forêt ou à cuisiner en échange de délicieux repas végétariens (oui, je perçois l’ironie dans le fait que nous gagnons notre croûte en arrachant des arbres mais il s’agit de l’espèce d’arbre la plus envahissante de la planète). On y rencontre aussi des voyageurs très intéressants avec qui nous échangeons sur tous les sujets qui nous passionnent. Bref, nous sommes ravis!

Donc voila, le meilleur et le pire en l’espace d’un mois. J’aimerais pouvoir vous raconter que le monde est beau et que tout va bien mais au lieu de cela, je me rends compte avec tristesse que les mots-clés décrivant le mieux ce que nous voyons pendant ce voyage (et avant!) sont pollution, déforestation, désertification et misère humaine….  Sincèrement, si vous avez des enfants, des petits-enfants, des nièces, des neveux, des filleul(e)s ou des amis avec des enfants, bougez maintenant car tout n’est pas perdu et il y a des millions de choses à faire pour rectifier le tir! Lorsque je vous écris d’ici, sur le balcon d’une auberge avec vue sur une superbe forêt indigène en attendant un repas local, bio, végétarien et bon marché, je me dis qu’il y a des millions d’initiatives déjà en place qui n’attendent que nous pour les aider.

Demain, nous retournons sur Cape Town où nous ferons une retraite de méditation silencieuse pendant dix jours avant de retrouver la famille de Dave début novembre. Après cela, nous aimerions travailler sur une ferme pendant 2 semaines avant d’emmener notre amie Megan au Lesotho pour y faire de la randonnée.

Bref, plus de vélo pour nous pendant presque deux mois! Ils vont nous manquer mais nous sommes tout de même super excités par la suite du programme. Nous espérons que ce petit update vous trouve en pleine forme et n’hésitez jamais à nous faire part de vos commentaires!

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Namibie

Nous sommes désolés mais le récit n’est disponible qu’en anglais. Vous trouverez les photos ici et les conseils pour cyclistes en français et en anglais ici.

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Update Photo: Namibie

Comme promis, nous vous invitons avec grand plaisir à jeter un coup d’œil aux photos prises lors de notre voyage en Namibie avec mon frère et mon père. Nous avons fait un tour de trois semaines (fin juillet à mi-août) en voiture couvrant presque 4500 km, soit la moitié de ce que nous venons de parcourir à vélo!! Ce que nous avons vu et vécu est manifestement différent de ce que nous voyons et vivons de nos selles mais c’était magnifique. Nous espérons que ces quelques images vous donnerons quelques justes impressions de la beauté infinie de la Namibie.

Depuis lors, nous avons parcouru 1000 kilomètres depuis Windhoek et nous vous écrivons d’un petit camping au bord du fleuve Orange à 16 km de la porte d’entrée de l’Afrique du Sud. Nous sommes extrêmement impatients de découvrir ce pays complexe et ne manquerons pas de mettre notre site à jour lorsque nous aurons atteint le Cap de Bonne espérance, la première grande étape de notre voyage.

Merci déjà de nous avoir lu et nous vous souhaitons beaucoup de bonheur dans les semaines à venir.

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