La fin?

Lorsqu’en novembre 2009 nous avons quitté notre pluvieuse Bruxelles sur nos vélos surchargés nous n’avions aucune idée de ce qui nous attendait.

Nous ne savions pas que l’un des 700 gorilles de montagne qui existent encore aujourd’hui allait faire semblant de nous charger alors que nous passions par une petite route dans les forêts Ougandaises.

Nous ne savions pas que le long de la côte du Mozambique nous allions être invités par quelques uns des milliers de paysans qui cultivent leurs terres juste au niveau de la mer, à partager une bière de noix de cajou.

Nous ne savions pas qu’en Tanzanie et en Namibie nous devrions remplir nos gourdes d’eau en creusant le lit de rivières asséchées, la seule manière d’obtenir le précieux liquide.

Nous étions partis pour faire un tour du monde à vélo et visiter des projets de permaculture en chemin. Nous savions depuis longtemps que l’environnement était important, mais nous pensions que nous avions le temps, que les choses n’étaient pas si graves que ça.

Seize mois et plus de 12.000 km plus tard, nous avions rencontré tellement de personnes, vu tellement de choses que nous nous sommes rendu compte que continuer à voyager en simples observateurs n’avait plus de sens pour nous.

La déforestation n’est pas un problème du futur – les gorilles sont en voie d’extinction aujourd’hui. Le changement climatique n’est pas un concept abstrait- il peut inonder les côtes du Mozambique demain. La sècheresse et l’accès à l’eau potable ne sont pas des luttes temporaires- c’est la vie quotidienne de 700 millions de personnes dans le monde aujourd’hui et ce nombre ne fait qu’augmenter.

L’Afrique nous a convaincus qu’il était extrêmement urgent que nous passions tous à l’action pour l’environnement. Parce que l’environnement ne peut plus être dissocié des causes sociales. Parce que l’Homme ne peut vivre sans environnement.

Nous avons alors eu l’idée de continuer le voyage en Amérique Latine – en transport en commun cette fois-ci- pour filmer les gens qui travaillent déjà sur les solutions, de partager leurs expériences et de montrer comment chacun d’entre nous peut passer à l’action dans sa propre communauté. Le Sommet de la Terre Rio+20, la plus grande conférence internationale dans l’histoire des Nations Unies, avec pour thème le développement durable, devint notre destination.

Trouver les gens qui travaillent sur les solutions fut beaucoup plus facile que nous le pensions initialement. Tout pays, toute ville a une masse de gens qui travaillent sur les solutions environnementales. Le plus difficile pour nous fut d’apprendre à faire des films, gérer un site internet et les réseaux sociaux, de trouver un équilibre entre le travail que notre nouveau projet exigeait et les heures passées dans les transports en commun jusqu’à Rio- tout en essayant de profiter aussi des paysages et cultures incroyables que nous traversions.

En Amérique Latine comme en Afrique, ce sont les rencontres que nous avons faites qui étaient les expériences les plus fortes. Comme lorsque nous avons fêté Noël dans une communauté indigène dans la forêt Amazonienne, en dansant et partageant de la bière de yucca, lorsque nous poussions un tracteur le long d’un chemin de boue du Chiapas sous la pluie et en pleine nuit, ou encore lorsque nous étions debout à 4 heures du matin dans une ferme le long de la côte Equatorienne pour accompagner les fermiers lors de leur préparation pour le marché hebdomadaire. Dans ces moments, nous nous sommes rendu compte de l’incroyable résilience, de l’humilité et de la détermination des gens qui essaient de résoudre nos problèmes environnementaux. Ils ont été – et sont encore- notre plus grande source d’inspiration.

Si nous pouvions tous être à moitié aussi motivés que les paysans qui plantent des arbres dans le Chiapas, les communautés indigènes qui protègent la forêt Amazonienne ou les fermiers équatoriens qui sacrifient leur sommeil pour apporter des produits bio aux communautés urbaines défavorisées, alors le monde pourrait changer du jour au lendemain.

Après 14 mois de voyage en Amérique Latine, nous sommes arrivés au Sommet de Rio où les dirigeants de 130 pays se sont réunis pour discuter le développement durable. L’opportunité était énorme – océans, subsides pour les énergies fossiles, les nouveaux objectifs pour le développement durable- ce Sommet devait être l’endroit où les nations devaient s’unir pour se mettre d’accord sur des objectifs mesurables et de mettre de l’argent sur la table pour les réaliser.

Bien sûr, rien de tout cela n’est arrivé. Les négociations furent un échec et dans les termes du Directeur de Greenpeace, le document final n’est autre que “la plus longue note de suicide dans l’histoire de l’humanité”. Une grande opportunité de construire un monde meilleur nous a échappée à Rio.

Cet échec ne change donc rien aux problèmes qui nous font face.

  • Dans l’arctique Russe, des fontaines de méthane ont été découvertes ce qui suggère que le méthane qui était jusque là sous le sol de la mer est en train de remonter à la surface, un développement potentiellement catastrophique pour la vie sur la planète.
  • L’étendue de glace arctique est au plus bas et en bonne voie pour battre le record (de 2011).
  • Sans parler des inondations aux quatre coins du monde (Royaume-Uni, Inde, Russie, Japon, etc) et les feux de forêts en Sibérie, notamment.

Tous ces évènements sont exactement ce que les scientifiques prédisent depuis des années sur la base des modèles qu’ils ont développés. Et tout ceci n’est qu’un début. Lorsque nous sommes partis en 2009 nous pensions que les gros problèmes environnementaux pouvaient être évités avec un peu de bonne volonté et d’action. Nous pensions que nous serions OK. Près de 1000 jours plus tard, nous savons que ce n’est pas le cas. Le monde est déjà en train de chauffer et c’est trop tard pour l’arrêter. Nos gouvernements ne vont pas agir (à temps) et il est inutile de l’espérer. Ce que nous pouvons encore changer c’est le degré de réchauffement et éviter la catastrophe totale. Et pour cela, nous devons tous passer à l’action.

Il y a une très bonne nouvelle. La bonne nouvelle c’est que les solutions existent déjà et qu’elles sont magnifiquement simples. Nous n’avons pas besoin de nos gouvernements (sauf bien sûr, s’ils veulent travailler avec nous) pour les appliquer. Les grandes entreprises cesseront de polluer lorsque nous cesserons de leur donner notre argent pour le faire. Pour planter des arbres, construire des communautés résilientes, sauvegarder des semences nous n’avons besoin que de notre propre énergie et de notre détermination.

Et les choses peuvent changer rapidement.

Lorsque nous sommes partis, la Tunisie, la Libye et l’Egypte étaient gouvernées par des dictateurs sans vergogne. Les Indignés, #occupy, et la pléthore de mouvements étudiants aujourd’hui dans les rues du monde n’existaient pas. Les gens agissent, les gens se lèvent et demandent le changement, il y a un véritable mouvement là dehors, qui grandit chaque jour et qui se bat pour avoir un avenir, tout simplement.

L’humanité est dos au mur et il appartient à chaque individu de décider pour lui même ce qu’il veut faire à partir de ce constat. Et si nous avons certainement dans le passé jugé durement les choix des autres, nous avons rencontré trop d’êtres humains pendant ces 1000 jours de voyage que pour avoir encore envie de le faire.

Mais pour nous, les petits permacyclistes, notre choix est fait.

Dès qu’Anna aura obtenu sa carte verte pour les Etats-Unis, nous irons nous installer à Woodstock dans l’Etat de New York où notre amie Megan possède un petit bout de terre. Nous allons tenter de créer un mode de vie plus durable et plus résilient en adoptant au quotidien les conseils et idées que nous avons glanés en cours de route.

Nous voulons planter des arbres. Nous voulons cultiver notre nourriture. Nous voulons faire partie d’une communauté résiliente et solidaire. Nous voulons sauver les semences de variétés anciennes. Nous voulons rejoindre le Mouvement de Transition et participer aux actions de 350.org. Nous voulons être des cyclistes quotidiens.

Via notre site internet et les réseaux sociaux, nous désirons partager avec tous ceux que cela intéresse le restant des belles initiatives que nous avons visitées en Amérique Latine, celles que nous visiterons en Belgique et aux USA et puis aussi, nos propres expériences lorsque nous nous installerons à Woodstock.

Nous vous proposons donc de nous accompagner encore pour un petit bout de chemin si vous le désirez. Et si vous décidez de nous laisser ici, nous vous remercions de nous avoir suivis jusqu’à présent et nous espérons avoir pu vous donner quelques bonnes idées de voyage ou d’actions environnementales à mener dans votre communauté.

Pour nous, le vrai voyage commence maintenant et nous espérons que le vôtre vous rende aussi heureux que nous l’avons été sur les routes du monde.

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9 Responses to La fin?

  1. Val says:

    How hard it is to put your time on the road into one succinct post! I’ve enjoyed reading your blog posts and the offer still stands if you want to brainstorm funding leads… actually, I’d love to talk sometime to hear more about your ‘what’s next’ and fill you in on some of my latest work (I’m doing some work with 350VT now too).

    hugs!! Welcome back to the US.

  2. stef says:

    et bien, partants pour continuer à vous suivre, et adapter nos comportements. je vous embrasse, steph

  3. Kathryn Meyer says:

    Harvey and I send our congratulations to you both for your extraordinary accomplishment . The fact that we are so happy to have you home shouldn’t distract us from our pride in what you have managed to do.

  4. Liz Johndrow says:

    You guys inspire me SO and I can’t wait to visit sometime. NY in August?! Bioneers by the Bay in Oct? Bill M. is speaking . Well, somewhere, sometime soon, okay?!

  5. Lisa says:

    Amazing, y’all. Hard to believe all that you’ve lived since the time we saw you in 2011 here at the farm. While life has moved for us at perhaps a less frenetic pace than it has for you, these last couple years have been intense, and I haven’t kept as completely up to date on all your travels and learning as I’d wanted. I’m hoping to slowly dig back through the incredible archives you’ve amassed here.

    So glad you’ll be on our continent again — hoping we’ll see you before too long.

  6. Thanks Liz! We would love to find a time to meet up – but alas, we wont’ be around in August, we’ll be off to Belgium already. In October though… we’ll be in touch!

  7. Thanks Lisa! Hope to see you soon too, let us know if you come up north anytime soon!

  8. Hi Val! Thanks so much – and actually we would love to talk to you about what you’re up to and funding and all kinds of things… We’ll write you a message to discuss more. Lucky 350VT to have you on their side!

  9. Mary Vinois says:

    Chers vous Deux,
    J’espère pouvoir vous accueillir un de ces jours pas trop lointain sur mon petit bout de Terre où il fait bon vivre et où la berceuse de chaque jour est hommage à l’Univers!
    Bravo pour tout ce que vous avez accompli, vous êtes merveilleux!
    Par vos témoignages ,j’ai pu être avec vous tout au long de votre chemin, vous accompagner avec émotion et avoir l’impression que je n’étais pas seule à voir que ce changement était urgent…
    Merci d’être vous, merci pour tout ce que vous apportez!
    Gratitude, Paix et Amour en partage
    De<3 à <3
    Bonne route parsemée de bonheur
    Bisous
    Mary

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