Qu’est ce que la permaculture?

“Mais que veut dire le “perma” dans “permacyclists? Permanent? Permafrost?”

Voilà une question qu’on entend régulièrement.

Généralement, lorsque l’on répond “permaculture”, un petit silence et l’inévitable question “qu’est-ce que la permaculture?” s’ensuivent. Ce qui ne manque jamais de nous embêter un peu car il est très difficile de définir la permaculture de manière concise sans perdre l’attention de l’auditeur au bout de trois secondes.

Alors, pour vous qui avez toujours voulu savoir ce qu’était la permaculture sans devoir étudier une définition ennuyeuse et abstraite, nous avons préparé une mise-à-jour spéciale Permaculture avec des photos et des références afin que vous puissiez bien visualiser ce dont nous parlons!

Pour ceux qui préfèrent les mise-à-jour « voyage », nous vous donnons rendez-vous dans deux semaines pour un compte-rendu de notre séjour de deux mois au Mexique.

Et bien sûr, n’oubliez pas de visiter notre section « projets » que nous mettons à jour régulièrement avec des vidéos et des descriptifs d’initiatives environnementales positives !

Puerto Vallarta, une station balnéaire très touristique sur l’Océan Pacifique et la première grande étape de notre voyage au Mexique, nous a amenés, un peu par chance, à pratiquer la permaculture de manière très concrète.


Nous n’étions évidemment pas venus pour ses plages (après 16 mois à vélo en Afrique nous avons plutôt le réflexe de chercher l’ombre) ni même pour les Starbucks mais bien pour y faire du wwoofing pendant 4 semaines .

C’est ainsi que nous avons pu travailler avec Ana, mexicaine et Krystal, américaine, deux acupunctrices qui ont décidé de lancer un petit business de paniers bio à Puerto Vallarta en tentant de motiver quelques agriculteurs du coin à se lancer dans l’aventure du bio. (Nous travaillons sur une vidéo qui expliquera mieux leur projet donc je n’en dis pas plus pour l’instant).

Elles ont derrière leur maison un jardin expérimental qui leur permet de tester les variétés de fruits et légumes dont elles voudraient développer la commercialisation. Le problème est qu’elles sont tellement occupées par leur boulot qu’elles n’ont pas le temps de s’occuper de ce jardin autant qu’elles le souhaiteraient.

L’occasion était trop belle : après quelques minutes de discussion, tout le monde était d’accord pour que nous appliquions les principes de la permaculture – aussi appelée « l’agriculture du paresseux » dans ce petit jardin afin d’essayer de le rendre le plus productif possible.

Après avoir passé un peu de temps à dessiner un plan du jardin et des changements envisagés (appelé « design » dans le langage permaculture), nous avons pris pelle et marteau pour construire le premier élément essentiel de tout jardin : un compost, bien sûr!

Le compost est très utile car il permet de « fabriquer » du terreau de qualité avec très peu de moyens et en peu de temps. Il suffit d’avoir deux compartiments où l’on empile les déchets organiques en alternant ceux de la cuisine et du jardin. Lorsque un compartiment est rempli, il faut laisser le tas se décomposer pendant quelques temps en le mélangeant et/ou en ajoutant de l’eau (tout cela varie en fonction du climat!). Ensuite, le terreau peut être utilisé de différentes manières dans le jardin.

Nous avons utilisé pour tous les changements effectués uniquement les matériaux disponibles et locaux. Il est bien sûr possible de construire des composts plus beaux -et plus chers- mais l’un des principes de la permaculture est de prendre soin de la Terre : réutiliser ou recycler sont donc des priorités.

Ensuite, il fallait adresser l’essentielle question de l’eau. Sous les tropiques comme dans les régions plus désertiques, il est essentiel de pouvoir récupérer l’eau de pluie. Que celle-ci tombe régulièrement ou pendant quelques mois par an, il est important de préparer le terrain pour utiliser au mieux les litres d’or liquide qui tombent du ciel.

Il y a bien sûr des dizaines de techniques peu coûteuses qui permettent de faire cela. Pour notre part, nous avons utilisé les techniques des croissants et des baissières.

Le croissant consiste à construire une barrière solide en aval d’un arbre en forme de et oui, croissant. L’idée est que l’eau sera freinée dans sa course et aura le temps de s’infiltrer profondément dans le sol et d’ainsi nourrir l’arbre pendant plus longtemps. Sur la photo de gauche, vous voyez que nous avons empilé de la matière organique directement sur le sol afin de créer du terreau de qualité sans devoir passer par le compost (ce n’est pas toujours joli mais c’est extrêmement efficace et c’est une technique très permaculture : le moins d’efforts pour un maximum de résultats!)

La baissière (ou rigole de drainage) est une sorte de petit canal qui va d’un bout à l’autre du terrain, qui est creusé le long de la courbe de niveau et à niveau ! Comme le montre la photo de notre baissière à moitié creusée au Kenya (voir mise-à-jour sur l’île de Mfangano) celle-ci collecte l’eau qui tombe en amont et permet ainsi à l’eau de s’infiltrer plus profondément. Un terrain peut avoir un nombre élevé de baissières s’il est très pentu. L’idéal est de planter arbres et arbustes sur les bords de la baissière afin de profiter de l’eau ainsi récoltée et pour empêcher l’érosion du sol. Au bout de quelques années, ces plantes reprendront le rôle de la baissière. Facile et pas cher comme technique! Pour voir les résultats stupéfiants d’une bonne gestion de l’eau selon la Permaculture voyez: Greening the Desert

Une fois la question de l’eau solutionnée, il s’agit de déterminer les endroits qui seront plantés. Il est fondamental de bien délimiter les endroits plantés des sentiers (il faut savoir qu’un lit de jardin sur lequel quelqu’un a marché, met deux ans pour s’en remettre).

Nous avons commencé par délimiter tous les lits existants avec des briques légèrement enfoncées dans le sol (matériau à notre disposition, des dizaines d’autres sont possibles) et nous avons creusé de nouveaux lits avec la méthode dite de « double bêchage » (double-dig en anglais, ce n’est pas notre méthode préférée car elle demande beaucoup de bêchage comme son nom l’indique mais nous n’avions pas trop le choix car le sol était tellement argileux et compacté que rien n’y poussait). Lorsque vous créez de nouveaux lits, il faut toujours penser à maximiser l’espace à disposition. Souvent cela veut dire qu’il ne faut pas penser « carré » ou « rectangle » mais bien à l’une des nombreuses formes complexes que l’on retrouve dans la Nature (goutte d’eau, spirale, H, cercles, etc). En observant la Nature – un principe fondamental de la Permaculture- vous constaterez qu’il n’y a pas beaucoup de lignes droites…

Ici, nous avons creusé des lits que nous avons tapissés de cartons mouillés (avec le temps, ils vont se désintégrer et c’est pour éviter que des « mauvaises herbes » y poussent), saupoudrés de dolomite, puis recouverts de compost, de la terre fraîchement excavée et enfin, nous avons planté des cacahouètes (qui permettent de fixer dans le sol l’azote qui est dans l’air : une manière de fertiliser le sol de manière toute naturelle ! Il y a bien sûr beaucoup d’autres plantes qui jouent ce rôle). Enfin, nous avons recouvert le tout de « mulch » , dans le cas présent de la paille (à nouveau, il a des milliers de mulch possible, voyez ce qui est organique, local et abondant chez vous).

Le mulch permet notamment de protéger le sol du soleil et du vent et de maintenir l’humidité dans le sol plus longtemps. L’idée du mulch est à nouveau d’imiter la Nature qui ne laisse jamais un morceau de terre sans couverture : observez une forêt par exemple ou la manière dont le trèfle recouvrera vos parterres dès que vous avez le dos tourné. Observez ensuite les champs des fermiers conventionnels au mois de mars par exemple, lorsque le sol est laissé sans protection et est emporté par la pluie et le vent ! L’érosion du sol est un énorme problème dans le monde entier et rend l’agriculture dans beaucoup de régions de plus en plus difficile voire impossible.

N’oubliez pas de tracer les sentiers dans les grands lits afin de ne jamais devoir marcher sur le sol planté !


Pour tous ceux qui aiment cuisiner comme Ana et Krystal, rien de tel que d’avoir une belle spirale à épices dans son jardin ! Comme nous, vous pouvez en construire une avec les matériaux disponibles en deux heures et profiter toute l’année d’herbes aromatiques qui peuvent ainsi pousser dans les conditions qu’elles préfèrent. En effet, comme vous pouvez le voir sur les photos, la spirale est en pente et permet de planter plus dans un petit espace. Par ailleurs, il y a des microclimats : plus de soleil et plus sec au dessus et plus à l’ombre et humide en bas. Il est par ailleurs possible de changer la nature du sol (plus de compost ou plus de sable par exemple) pour recréer des espaces pour des plantes avec des besoins différents).

Nos hôtesses voulaient également avoir un endroit pour faire un grand feu (la construction en bois un peu bizarre est un « sweatlodge » utilisé une fois par mois).

Pour maximiser l’espace, nous avons décidé de construire un grand mur en terre-paille pour protéger le lit nouvellement créé, des flammes.

Et hop, on mélange l’argile trouvée dans le jardin (il suffit juste de creuser un trou jusqu’à qu’on atteigne l’argile) avec un peu de paille, du sable et de l’eau.

Il faut d’abord faire quelques tests pour trouver les proportions parfaites pour l’argile que vous avez chez vous (cela varie beaucoup d’un endroit à l’autre ! Faites un test avec l’argile pure, puis 1 portion argile- 1 portion sable, ensuite 1 portion argile- 2 sable, etc et voyez la solidité de chaque exemplaire)

Et puis, on mélange bien.

Après avoir installé la base de notre mur, nous commençons à empiler les couches de terre-paille. Il suffit juste de ne pas faire de trop grosses couches et de laisser le temps à chaque couche de bien sécher. On continue comme cela jusqu’à la hauteur souhaitée. La beauté du matériau permet d’être aussi très créatif dans les formes.

Ici, nous faisons un mur très simple. Je tiens à préciser qu’à cause de la saison des pluies nous n’avons pas eu le temps de finir le mur nous-mêmes mais nous avons transmis la technique à notre collègue Farid et à nos hôtesses.

Il est possible de faire plein de belles choses en terre-paille comme des fours à pizzas ou des cheminées. La technique est simple, naturelle et quasiment gratuite. Votre imagination est la seule limite !

Et voilà, après 4 semaines de travail (quelques heures par jours, 5 jours par semaine) nous sommes parvenus à construire les bases d’un jardin permaculture qui, s’il est habilement exploité, permettra de produire énormément de choses.

Ainsi, comme dans la Nature, pas question de planter des monocultures en lignes droites et très espacées l’une de l’autre. Il est aussi utile de réfléchir à l’association des plantes (compagnonnage) et à ne pas hésiter à planter plus que ce que recommande les instructions (par exemple, en jetant les semences dans le lit au hasard). Un superbe concept est aussi celui de guilde de plantes, il s’agit d’une association très poussée de plantes comestibles de tous types qui permettent d’utiliser tout l’espace disponible et de créer des barrières naturelles contres les insectes et les maladies. Il y a aussi la possibilité de créer ce qu’on appelle une forêt comestible : superbe formule combinant reforestation et nutrition !

Voilà maintenant que vous avez une meilleure idée de ce qu’est la permaculture, nous vous invitons à faire de même chez vous ! Rien de tel que des tomates et du basilic du jardin pour donner une saveur toute spéciale à vos spaghettis ! Par ailleurs, chaque aliment que vous ferez pousser vous-même, non seulement vous offrira le plaisir d’observer la Vie chez vous mais en plus, vous réduirez votre dépendance au supermarché, au pétrole, aux pesticides et pleins d’autres choses qui détruisent notre belle planète et le futur de nos enfants. Bref, c’est win-win comme on dit !

Pour plus d’informations sur la permaculture nous vous invitons à lire notre section « ressources » où vous trouvez des livres et sites internet intéressants autres que ceux déjà mentionnés dans ce texte.

N’hésitez surtout pas à nous écrire si vous avez des questions ou des commentaires.

Permaculturement vôtres,

Anna et Dave.

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10 Responses to Qu’est ce que la permaculture?

  1. val says:

    i am so impressed. you accomplished so much in your four weeks at the farm. now.. if only vermont were on your radar… ;)

  2. And if we happened to arrive during the four weeks of summer! Thanks for reading Val!

  3. Emily says:

    This is fantastic! I had the pleasure of visiting Organic Select in May while visiting my mom, who knows Krystal. What they are doing is so great. The space looks really wonderful with all the things you guys did!

  4. Hi Emily, so glad you like the photos! I’m sure that it all looks even better now that Ana and Krystal have gone to town planting – in their hands the place is really going to flourish for sure. Did you see the video we made about their project as well? Hope it captured some of the great work they do!

  5. Nicos says:

    Very nice article ! Just two small remarks :
    Nitrogen, it’s azote in french (sorry my scientific side ;) )
    And there is no limits at the imagination !

    enjoy

  6. Winnie Fouassin says:

    Vraiment, vous êtes formidable !
    J’ai lu avec plaisir l’article sur la “permaculture” et ce projet au Mexique !
    Très intéressant !
    Bonne poursuite à vous !

  7. Chère Winnie,

    Merci beaucoup, cela nous fait très plaisir que notre petite présentation toute personnelle de ce sujet tellement vaste vous ait plu! Nous espérons que votre potager à vous se porte bien!

    A bientôt,
    Anna et Dave.

  8. Hey Nicos! Mille fois merci pour ta remarque sur l’azote! A force de parler Anglais et Espagnol toute la journée, j’en perds mon Français. C’est bien dommage! Merci pour ton attention et surtout ta fidelité. Nous sommes impatients de découvrir ce que ton imagination sans limite peut produire dans un jardin ;) ! A bientôt l’ami!

  9. Virginie says:

    Holà!! J’ai vu le lien sur Allô la planète et j’trouve ça excellent. Si tu peux me donner quelques pistes ou adresses pour faire du wwoofing, j’serai enchantée. Au fait tu connais The BOSQUE FOREST? C’est au Mexiqueet et ça à l’air vraiment pas mal. Tu peux regarder sur leur site ou sur facebook. Bon courage et surtout amusez-vous!! Paz Amor y Libertad!! Besos a vos dos. Virginie

  10. Hello Virginie! Gracias pour ton message et pour l’adresse au Mexique. Malheureusement. nous sommes bien au sud du Mexique maintenant et n’aurons probablement pas l’occasion d’aller voir ce qu’ils font là-bas! Peut-être une prochaine fois!
    Pour les pistes pour le wwoofing, je peux te recommander le projet de ferme bio sur l’île de Mfangano au Kenya. Sinon, je pense que le wwoofing est un système génial qui fonctionne surtout dans les pays développés (pour toute une série de raisons). Le mieux pour trouver un chouette lieu c’est le bouche à oreille car il n’y a pas vraiment de système de feed back sur wwoof et du coup, chaque engagement est un coup de poker. Je te conseille cependant de lire le guide pratique sur le wwoofing écrit par un couple qui a voyagé et wwoofé en France, Canada, Nouvelle-Zélande et Japon. Tu trouveras plus d’infos ici: “http://wwoofguide.com/a-propos-livre/. Je ne l’ai pas lu moi-même mais il est sorti en avril 2011 et l’auteure a l’air vraiment sympa et enthousiaste. J’espère que cela t’aidera! Bonne chance à toi et à bientôt peut-être, Annabelle.

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