Mozambique

Les photos sont disponibles ici

(Des infos pratiques pour les cyclistes disponibles ici)

“Ok, alors pour arriver à l’auberge de jeunesse, on suit l’Avenue Vladimir Lenin jusqu’à l’Avenue Kim Il Seung et puis on tourne à droite sur l’avenue Mao Tze Tung.’ m’explique Dave alors que nous roulons sur l’autoroute à 3 bandes nous menant à Maputo, “la plus charmante capitale africaine” selon le Lonely Planet. Lorsque j’avais lu cette description, je m’étais naïvement imaginée une jolie petite ville portugaise pleine de charme et de terrasses de cafés. Le Lonely Planet et moi n’avons pas la même définition du mot “charme”, ce qui n’est finalement pas notre seul point de désaccord. D’ailleurs je me demande pourquoi on se fatigue encore à le porter avec nous…

Quoiqu’il en soit, Maputo est à l’image du Sud du Mozambique: une ville sale et bruyante mais relativement dynamique, qui tente tant bien que mal d’effacer les traces de 20 ans de guerre civile et de remettre au goût du jour un communisme devenu bien désuet depuis la chute du mur de Berlin. Le centre de la ville est essentiellement composé d’immenses blocs d’appartements mêlés à d’improbables bâtiments (art déco notamment) souvent décrépis, le long de larges avenues où l’on peut se promener tranquillement à l’ombre de vieux jacarandas qui donnent un peu de couleurs au béton.

Nous arrivons cependant un peu tard pour voir le vrai visage de Maputo. C’est le 31 décembre et tout ceux qui peuvent se le permettre ont fui la ville depuis longtemps pour aller faire la fête sur les plages  quelques centaines de kilomètres plus au Nord. Nous qui avions envie de fêter le nouvel an cette année, c’est bien râpé.  Nous passons quatre jours à parcourir la ville à pied dans tous les sens et sa diversité  est attrayante. Nous y retrouvons l’ambiance de la côte swahili qui donne un charme oriental à cette partie-ci de l’Afrique.

Lorsque nous reprenons la route, nous croisons le trafic des riches citadins qui retournent au travail. Nous devons donc partager la seule route goudronnée du pays avec pas mal d’autres véhicules pendant les deux-trois premiers jours. C’est aussi les vacances des Sud-africains qui viennent coloniser la côte sud avec leurs énormes 4×4 tractant de nombreux jet ski ou des quads. (Contente de voir qu’on ne cesse de trouver de nouvelles façons de brûler notre précieux pétrole dans notre indispensable atmosphère.)

Le voyage à vélo est sympa cependant: les gens que nous rencontrons sont extrêmement accueillants et souriants. La nature ici est luxuriante. Chaque famille semble avoir son petit bout de paradis vert et le soir lorsque nous nous arrêtons pour planter la tente dans une cour familiale, les habitants sont fiers de nous montrer leurs richesses: mangues, papayes, bananes, goyaves, noix de coco, noix de cajou, ananas, fruits de la passion, oranges, mandarines, citrons, pastèques, manioc, riz, maïs, pommes de terre douces, choux, tomates et j’en passe. “Nous ne devons acheter qu’un peu de riz et du savon au magasin, le reste, nous le produisons nous-mêmes” nous explique fièrement Vincenzo qui nous invite à partager un verre de vin de noix de cajou avec sa famille pour célébrer notre arrêt sur ses terres.

Notre rythme a changé cependant depuis que nous avons repris la route au Swaziland, qu’on a traversé en deux jours de vélo. C’est la saison des pluies dans cette partie du monde et le pire moment pour visiter le Mozambique. Les températures dépassent allègrement les 35° C et il y a souvent 85% d’humidité. Nous sommes donc debout à 4h30 du matin pour pédaler l’essentiel de nos cinq heures avant 11 heures et faisons encore une heure de vélo après 16h avant de trouver un endroit où planter la tente.

Faire cinq heures d’effort physique dans un climat pareil nous rend souvent malades: maux de têtes, nausées, déshydratation, petits empoisonnement alimentaires à droite, à gauche, des démangeaisons dues à la chaleur et je ne vous parle même pas des moustiques, des mouches qui donnent des vers et des vers tout court qui grouillent partout et surtout dans le ventre des enfants.

Après quatre mois en Afrique du Sud, c’est un énorme choc que de rentrer dans l’un des pays les plus pauvres au monde même si le Mozambique est devenu la coqueluche des “aideurs au développement” en réduisant de manière impressionnante son taux de pauvreté depuis la fin de la guerre en 1992.

Nous pédalons jusqu’à Inhambane, une jolie petite ville d’où nous tentons pour 20 euros une petite excursion en mer, armés de palmes et de tubas, espérant rencontrer des requins-baleines. Pas de chance: il pleut, il fait froid sur le bateau, ma voisine passe le trajet à vomir et nous ne voyons pas plus de requins-baleines qu’il n’y a d’alliance sur mon doigt (je l’ai perdue quelque part dans l’Océan Indien. Enfin, si je sais où elle est, elle n’est pas vraiment perdue, hein). Bref, un bon coup d’épée dans l’eau, cela nous apprendra à payer pour “faire des trucs”.

Pédaler entre deux orages c’est bien mais prendre le bus pour les éviter c’est mieux. Nous nous télétransportons donc de Inhambane à Quelimane dans le Nord en passant par Beira où nous sommes accueillis par un charmant couple de juristes portugais qui vivent au Mozambique depuis quelques mois. Nous apprenons pas mal de choses sur la corruption (le fait que les étudiants ne pouvant pas présenter la carte du FRELIMO, le parti au pouvoir, ne réussissent pas leurs examens ou que Beira qui vote MDM, un nouveau parti, ne reçoit pas un kopeck des millions de dollars injectés dans l’économie par les généreux donateurs ne sont que deux exemples parmi bien d’autres), sur le taux extrêmement élevé, mais finalement normal pour la région, de personnes contaminées par le HIV/SIDA, sur la pauvreté écœurante qui fini par rendre cynique à défaut de fou, etc.

Pffff, c’est intense le Mozambique! La pauvreté abjecte dans laquelle les gens sont réduits à vivre dans un monde où des gens se rendent en Lamborghini – ou un autre de ces gadgets pour vaniteux- pour aller manger des produits de luxe me rend triste et déprimée. Nous nous demandons ce que nous faisons là, juste à pédaler alors qu’il y a tellement de choses à faire pour changer les choses. Nous reparlons beaucoup du futur, modifions quelques uns de nos plans (mais il est encore trop tôt pour en parler) et reprenons la route à partir de Quelimane.

Le Nord du Mozambique est très différent du Sud. Je pense qu’il s’agit de la région la plus pauvre que nous ayons vue jusqu’à présent. Fini l’accueil chaleureux et sympa des habitants. Nous savons depuis longtemps que l’attitude des gens par rapport à notre petite expédition est une expression de leur niveau d’éducation et d’ouverture au monde. Ici, les petits enfants nous fuient en pleurant, les plus grands deviennent hystériques et courent derrière nous, les adultes, s’ils osent nous regarder, nous regardent passer bouches bées, les adolescents les plus téméraires nous suivent silencieusement à vélo juste pour le plaisir de nous observer un peu plus longtemps. Nous causons des accidents (de vélos heureusement, personne n’a assez d’argent pour s’acheter un toit de tôle ondulée et encore moins une voiture), nous interrompons les messes et les cours dans les écoles et causons de grands attroupements dans tous les villages où nous nous arrêtons.

Le soir, lorsque nous avons planté la tente sous les “ouh” et les “ah” des petits et des grands, je sors une petite carte de l’Afrique et dans mon plus beau “portugnol” j’explique un peu notre voyage. La seule question qui suit parfois mon petit speech c’est de savoir si nous avons des enfants. Notre réponse génère alors un grand silence suspicieux parmi les femmes qui à mon âge ont parfois 4 ou 5 enfants.

Pas de “Vous devez être fatigués/en pleine forme?”, de “Combien de crevaisons?” ni de “Que faites-vous pour vous protéger des animaux?” qui sont les questions standards des belges, comme des Sud-Afs et des enfants  de Dar es Salaam ou de la brousse Zambienne. Même dans le sud du Mozambique,  lorsque nous étions déjà dans notre tente, nous pouvions entendre les familles avoir des discussions animées sur notre voyage jusque tard dans la nuit.

Ici, rien de tout cela.

Lorsque je perds patience parce que nous sommes continuellement traités comme des animaux en cage
ou que des gens se moquent de notre peau blanche ou de notre moyen de locomotion, j’essaie de me souvenir que le Mozambique est le 40ième pays que je visite alors que les gens ici n’ont probablement jamais quitté leur village; que nous avons lu des centaines de livres dans notre vie alors qu’ici il y a 6 instituteurs pour 410 élèves qui ne comprennent pas le Portugais – la langue de l’enseignement; que notre tente est plus confortable et plus imperméable que leurs cases; que nous pouvons nous offrir à manger dans un pays où la nourriture est outrageusement chère (un petit poulet-frites (des produits locaux) coûte 4 euros!!!!); que nous pouvons prendre le bus alors qu’un ticket Inhambane-Quelimane coûte un quart du salaire mensuel d’un prof (2500 meticais = 56 euros, un loyer en ville coûte facilement 1500 meticais); que nous venons de pays qui causent le réchauffement climatique dont eux vont ressentir les effets bientôt lorsqu’ils verront leurs précieuses terres disparaître sous la mer et que  si j’en ai marre de voir cette misère, je peux prendre un avion (que la plupart n’ont jamais vu) direction l’Europe (qu’ils ne peuvent même pas imaginer) pour trouver un boulot qui me permettra de gagner en un mois au minimum l’équivalent de trois ans de salaire moyen ici.

Alors, je ravale mon impatience mal placée et je lance un “Bom día” à ceux qui veulent bien l’entendre.

Arrivés à Nampula, grande ville au Nord, la roue arrière de Dave nous lâche à nouveau. Le problème est sérieux. Tellement sérieux que nous devrions nous faire envoyer les pièces de Belgique. Malgré la gentillesse habituelle de l’équipe de la Maison du Vélo à Bruxelles, cet envoi serait beaucoup trop cher et injustifiable par rapport aux quelques centaines de kilomètres qui nous séparent de notre but. Alors voilà, le voyage à vélo en Afrique s’arrête ici pour nous. Heureusement, le Malawi est un pays qui est très actif en matière de permaculture et nous sommes ravis d’aller passer un peu de temps là-bas. En attendant le Malawi, nous sommes partis à la découverte des îles perdues dans le temps telles qu’Ibo et Ilha de Moçambique. Pas trop mal comme prix de consolation…

Nous avons donc encore quelques petits projets intéressants avant notre retour au pays natal! Quelle  joie cependant de penser à notre retour et au fait de vous revoir!

A bientôt!

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5 Responses to Mozambique

  1. Tysa says:

    Anna & Dave,
    I am so sorry that this last push has been so discouraging. We might say isn’t it amazing it wasn’t this bad before. I left a link on my facebook page about the evolution of world economies and the processing of data, yes I know it sounds like a thriller, but actually it is. One of the points is that even in subsaharan africa there is an enormous difference between countries so it makes no sense to speak of it as one place. I think that your trip demonstrates this as I have read along from Kenya until today. It is one thing to hear it another to see it and yet a third to feel it. I love you both and wish you all good luck on the end of the trip. Try to make the last part easy on yourself, it sounds like a really tough time recently. Take care of each other (Anna also look at the white ribbon website and it’s documents if you are bored in an airport. It is actually fascinating. I have been doing research on maternal mortality in africa for a talk I am giving and it is a cool site.I am beginning to see that too much depends on how we demonstrate data
    All my love
    T
    all my love
    T
    Love Terri

  2. Amaya says:

    Hi Dave and Anna,
    Your insightful, often humorous and always entertaining reports from Afica will be missed. Enjoy your last few days on the continent and have fun scheming up a new adventure.

    Best
    Amaya and Eric

  3. Margot says:

    Beste Annabel en Dave,

    Een paar maanden geleden maakte tante Henriette mij attent op jullie website. Ik ben hem toen meteen gaan lezen en heb me ‘geabonneerd’ op berichtjes via de email.
    Ik heb dus onlangs ook gelezen dat jullie je zeer bijzondere fietstocht hebben moeten beeindigen.
    Vanmiddag was ik met de kinderen bij tante Henriette en heb ik haar dit bericht ook doorgegeven. Ik begreep dat zij jullie in maart zal ontmoeten. Dan zullen wij daarna ook wel via haar jullie verhalen horen.
    Heel veel groeten van Margot uit Utrecht.

  4. Permacyclists says:

    Beste Margot,

    Dank je wel voor dit onverwacht berichtje! We vinden het heel fijn dat onze families onze website volgen en de berichten die we van hen kregen via onze website waren zeer belangrijk in de moeilijke momenten. We zitten nu in Lilongwe, hoofdstad van Malawi en binnen een week vliegen we thuis. Na 15 maanden in Afrika zijn we erg ongeduldig onze families weer te zien! Ik verheug me dat Tante Henriette in maart naar Brussel zal komen.
    Binnen een week gaan we ook onze toekomstige projecten uitleggen op onze website. Hopelijk zullen we nog het plezier hebben jullie te lezen! We wensen jullie het allerbeste. Veel groeten, Anna and Dave.

  5. Pingback: The end? | permacyclists

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