Cap Oriental

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Aïe, aïe, six semaines et quelques milliers de kilomètres déjà depuis la dernière mise-à-jour. Désolée! Le temps passe vraiment trop vite!

Donc, depuis le départ de la famille de Dave mi-novembre, nous avons mis nos vélos sur un bus jusqu’à East London, dans la province du Cap Oriental. De là, nous sommes remontés sur nos vélos pour tenter la traversée de l’ancien Transkei ou Wild Coast,  une région à l’histoire particulièrement sud-africaine.  Elle n’est en effet rien d’autre que l’un des dix fameux Bantoustans ou Homelands créés par les architectes machiavéliques de l’apartheid.

Leur programme était ambitieux: empêcher les noirs d’avoir la nationalité sud-africaine afin de sécuriser le contrôle blanc sur le pays riche en minéraux. Pour cela pensaient-ils, il suffisait de déplacer les Noirs, divisés en ethnies, vers des parties du pays qui seraient autonomes dans un premier temps, indépendantes par la suite. Le Transkei était un Bantoustan réservé aux Khosas, l’ethnie de Nelson Mandela.  En 1994 les Bantoustans furent réintégrés à la République Sud-africaine et Nelson Mandela, le grand homme, prenait la présidence d’un pays fondé en 1910 sur l’inégalité raciale et sur la division entre les peuples le composant.

Cinq minutes après être descendus du ferry qui traverse le fleuve Kei, nous avons compris que rien n’a  changé ici depuis 1994: le gouvernement a laissé la situation comme elle était: plutôt que d’investir sérieusement et massivement dans une région extrêmement pauvre, il a préféré verser une allocation à tous ses habitants et se concentrer sur les régions urbaines avec plus de potentiel. A ce jour, il n’y a toujours pas d’industrie, l’agriculture – même de subsistance! – y est très peu développée, les terres sont communales, les chefs traditionnels – non élus- détiennent tous les pouvoirs (ce qui est la porte ouverte à la corruption et à l’arbitraire). Résultat des courses: 86% de la population active est sans emploi (de manière permanente) et la majorité écrasante des enfants ratent les tests scolaires standardisés (car ils sont en Anglais et les enfants parlent encore moins l’Anglais qu’en Ouganda!). Le gouvernement ayant d’autres chats à fouetter, il n’est pas certain que les choses changeront un jour.

Malgré ces statistiques catastrophiques, nous y retrouvons – avec un certain plaisir je dois dire- les petites routes en terre peu fréquentées, les villages formées de cases rondes, les écoliers en uniforme – la touche britannique par excellence en Afrique- nous saluant comme s’ils n’avaient jamais vu de blancs, les mamas portant fagots de bois sur la tête et nourrisson sur le dos, des hommes buvant de la bière de maïs en groupe, de vieilles dames toutes ridées portant des vêtements plus traditionnels en route vers l’église.  Tout ce petit monde vit dans des paysages magnifiques: de belles collines vertes et ondulantes avec vue sur l’Océan Indien bleu cobalt. Les gens sont extrêmement accueillants et souriants et nous étions ravis d’être de retour dans l’Afrique que nous aimons tellement (même s’ils nous a fallu plusieurs longs mois pour nous y attacher).

Ce n’est cependant pas sans réticences que le Transkei s’offre aux voyageurs à vélo. Après plus d’un mois de paresse, nous n’étions pas prêts de retrouver des collines sur lesquelles manifestement personne n’a fait d’effort pour construire des routes logiques et où nous passons 15 fois dans la même journée du niveau de la mer à 500 mètres d’altitude sous un soleil brûlant que nous n’avions plus vu depuis la Namibie. Nous poussons souvent nos vélos surchargés jusqu’au sommet sous les “bye-bye”  ou “sweets, sweets!” enthousiastes des enfants.

Même si nous avions l’impression d’être en pleine campagne tanzanienne (si ce n’est pour le nombre    impressionnants d’écoles, de centre médicaux et de pompes à eau neufs), le Transkei est encore en Afrique du Sud. En sus des milliers d’avertissements reçus par des Sud-af blancs sur les “grands dangers” du Transkei, nous avons eu le déplaisir d’être interrompus à  plusieurs reprises lors de nos pauses le longs de la route par des gens dans leur 4×4 qui s’arrêtaient pour nous dire que nous devions partir très vite de là car la région est trop dangereuse. “Les noirs sud-africains sont différents des autres noirs.” nous explique-t-on ou encore “Ici, c’est l’Afrique sauvage”. Il est difficile en tant que touriste de ne pas écouter les conseils des “locaux” mais en Afrique du Sud, il n’y a pas d’autre choix. Si vous deviez écouter les Sud-af blancs vous n’iriez nulle part dans ce superbe pays.

S’il est vrai que l’Afrique du Sud est le deuxième pays le plus dangereux au monde après la Colombie (Nous avons rencontré deux médecins allemands qui travaillent à Durban, ils passent leurs journées à recoudre des blessés par balles. “Ça nous change de l’Allemagne” expliquent-ils avec un sourire), être  obsédé par le crime, complètement parano et se méfier de tous les hommes noirs âgés de 15 à 45 ans n’est certainement pas une solution. D’autant plus que cette paranoïa est la porte ouverte à un racisme absolument délirant (alors que la plupart des victimes sont des noirs dans les townships) . Le racisme ici est aussi réel que la criminalité. Nous ne comptons plus le nombre de Sud-afs ou Namibiens blancs qui nous ont sorti des horreurs racistes endéans les 5 minutes de notre rencontre ou qui se plaignaient de leurs employés noirs comme s’ils étaient une sous-catégorie humaine.

Après 13 mois sur ce continent, nous nous rendons compte que dans beaucoup de situations, la culture africaine traditionnelle et le système capitaliste moderne  sont incompatibles mais il est possible de trouver un entre-deux qui soit respectueux de tout le monde. Nous avons rencontré suffisamment de Sud-af blancs, noirs et asiatiques qui cohabitent au quotidien dans le respect mutuel et qui sont en train de concrétiser ce fameux “rainbow nation” en se basant sur les côtés positifs de chacune des communautés. Un pays où les feuilletons sont en 6 langues a certainement des choses positives à enseigner au reste du monde….

Nous étions dans le Transkei depuis une bonne semaine, lorsque le vélo de Dave nous a lâché en plein milieu d’une colline speciale Transkei. Nous embarquons donc nos vélos pour la deuxième fois sur un bus jusqu’ à Durban. Nouvelle ville sud-africaine, nouveau monde: Durban c’est là où l’Inde rencontre l’Afrique. La ville est d’une diversité absolument incroyable et elle a une très chouette énergie (bien sûr, on vous dira aussi que Durban est une ville extrêmement dangereuse où il ne faut pas se promener blablabla). Nos vélos chez le réparateur et Dave passé chez le médecin pour une petite fièvre africaine et hop, nous prenons le bus pour Maseru, capitale du Lesotho où nous récupérons notre amie Megan en pleine forme – malgré le décalage horaire et les 20 heures de vol depuis NYC.

Le Lesotho, surnommé “le Royaume dans le ciel” est un pays de la taille de la Belgique situé à plus de 1400 mètres de hauteur en plein cœur de l’Afrique du Sud. Les montagnes sont en grès et l’érosion leur a donné de jolies courbes toutes douces. Le pays est riche en sources d’eau fraîche (vendue en partie à l’Afrique du Sud) et les paysages sont très verts malgré l’absence d’arbres.

Petite capitale africaine très calme, Maseru n’a pas grand chose à offrir mais il suffit de prendre le bus pendant quelques heures pour se retrouver au bout du monde!

Dans les montagnes, la vie pastorale bat son plein et nous avons eu l’impression de faire de la randonnée dans une sorte de Mongolie africaine, très éloignée de la civilisation occidentale. Ici, pas de voitures, de toute façon, il n’y a pas de routes. Le poney adapté au terrain accidenté est le mode de transport par excellence et les gens vivent très simplement dans des huttes de pierre aux toits de chaume.  La vie ici est vraiment rude et le climat ne pardonne pas: l’hiver, il neige beaucoup et l’été, il y a de sérieux orages qui causent beaucoup de dégâts.

En 10 jours, nous n’avons malheureusement pas eu l’occasion de beaucoup explorer ce pays vraiment spécial mais c’est une perle à découvrir si vous êtes dans la région.

Megan rentrée chez elle, nous avons parcouru pas mal de kilomètres avec les mini-bus locaux (“C’est beaucoup trop dangereux! Il ne faut jamais les emprunter!” ) pour arriver dans une petite ferme bio/permaculture dans la province du Kwa-Zulu Natal (“Kwa Zulu Natal? Il ne faut pas y aller, les Zulus sont vraiment dangereux!”). Là, nous avons passé deux semaines trop courtes à traire des vaches, fabriquer des fromages, faire du pain, du beurre, du yaourt, des produits cosmétiques naturels, à filer de la laine et du coton,  à s’occuper du potager, des poules, des lapins, des cochons et des chevaux entourés de superbes montagnes. Il était en effet grand temps de remettre le “perma” dans permacyclistes. C’est chose faite et nous sommes prêts à reprendre nos vélos dès mardi. Demain nous tricherons une dernière fois en les mettant sur un bus jusqu’au Swaziland. De là, nous pédalerons jusqu’au Malawi d’où nous prendrons l’avion le 6 mars pour nos pays respectifs.

En avril, nous reprendrons la route en Amérique du Sud.

Nous tournons donc la page sud-africaine de notre voyage. Quatre mois dans ce pays et je dois avouer que je n’ai jamais rien visité d’aussi intense de ma vie! D’un côté, le racisme et la criminalité omniprésents génèrent pas mal de sentiments négatifs, de l’autre, l’hospitalité et la gentillesse sans bornes rencontrées ici nous ont donné l’impression d’être au Shangri-la du voyageur. Je pourrais vous écrire des pages entières sur ce que nous avons vu, entendu et vécu dans ce pays mais le mieux est encore de vous épargner mes litanies socio-politico-débiles et de vous inviter à venir découvrir ce pays par vous même.

Petits conseils lecture:  “Diamonds, gold and war” de Martin Meredith, “Pleure mon pays bien-aimé” d’Alan Paton, “Country of my skull” d’Antjie Krog et “South Africa’s brave new world” de R.W. Johnson.

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8 Responses to Cap Oriental

  1. Jane Shey says:

    Dave and Anna, it was fun reading your update and it reminds me of my week that I spent in RSA. I was in J’burg and East Molteno in the middle veld. I hitched in from Mbabne. I was in Swaziland for two weeks in the mountains with a friend in the Peace Corp. I really liked the people in Swaziland. I am still in Leuven and would love to see you when you get back. Take care and happy New Year. Jane

  2. Bob/Dad says:

    As always a pleasure to read about your adventure. Although my French is limited, it is worth reading your posts in both languages. Each of you has your own way of describing things and the message is richer and more substantial for having two voices speaking. I agree with Anna’s book suggestions and have just finished Johnson’s book on SA about the Beloved Country Post-Apartheid. Not a very happy story to read, and it is hard to reconcile it with the country we saw and people we met during our trip in November. But of course we saw just that particular and uniquely westernized area of the Western Cape. It seems that the great man Mandela was also, after his years of fighting and imprisonment, (his long walk to freedom) just too old to really take on the challenge of building a true rainbow nation. One thinks he might have pulled it off and done something truly wonderful had he had the opportunity to do so earlier. Unfortunately, it would seem that the people who truly ran the nation after the end of apartheid, had been so profoundly influenced by their years of colonialism and struggle, in many cases their exile from their country, as well as their really “stalinist” mind set, that while they paid Mandela’s vision lip service, they implemented something that shows a very different vision. It is truly to be hoped that the ANC and more importantly the S.A. people will find a way to gradually move in a better direction and will succeed in making something uniquely wonderful. Parts of your experience and your enjoyment of the people make me hope that is possible.

  3. Katy and Adrien says:

    Bonjour Anna! Nous apprecions les detalles inclus dans ta texte que mon frere Dave n’a pas inclus, Adrien a traduit pour moi et il m’a aide a ecrire ce petit mot. Bisous!

    Dave- I loved the English too, and thank you for the photo of the DOG!!

    Good luck in Malawi you two, can’t wait to talk to you soon! And see you in March!

  4. Permacyclists says:

    That book is pretty intense isn’t it? We found ourselves wondering sometimes too whether that was really the country we were traveling in. We talked to a SA bookshop owner who had read it and he said it’s all true, but that in the end some people see the glass as half full, some as half empty. Johnson is definitely a half empty type! For our part, we found that Johnson misses the whole racial tension issue. He presents the country as if it had no problems after 1994 that can’t be attributed to the ANC, while actually I think there is a lot of tension and a lot of history. We thought Antije Krog captured that much better – the sort of emotional side of the country. She has some new books out which apparently are more critical, we would love to read those too one day. Thanks for the comments!

  5. Permacyclists says:

    Happy new year Jane! We wish we had made it to Joburg, maybe next time. We would love to hear more about what SA was like back in the day. We read Cry Beloved Country and were suprised though that even the country back then in the ’40′s seems a lot like today. The more things change, the more they stay the same I guess…

  6. Tysa says:

    I finaly finished the “long walk to freedom” in Utah and now am cringing as I read johnson’s south africa. It is too painful and dissappointing.
    How do we understand the vast differences that we see in countries with very similar geography ,at least initially, all of whom were racked by colonialism and then developed in such divergent patterns. I doubt it is explained by remoteness to outside the countries, or to differing national characteristics, but it does boggle the mind. In reading the long walk to freedom, Mandela makes the point that there was a long history in africa before colonialism , the history of which has been maintained by tribes and taught to children growing up in different areas. Does this play a role?In the Native American analogy, does the worst happen when what is lost is not just political freedom ,but also what shapes the nation is remembering it’s stories? What do you think. I don’t think it is all money either although certainly that is a big part of it but compare the poor in Tanzania and the poor in what you are describing in Mozambique. It sounds like a striking difference. What do you think? and yes, I would love a rant if you are in the mood. I find them to be some of my most enlightening reading
    Love
    T

  7. Permacyclists says:

    Hi Terri,

    Yeah, I can’t imagine the shock that those two books one after the other could bring! The only consolation I can offer is that I don’t think it is quite as bad as Johnson says = though really, if it’s only half as bad, it’s still pretty bad…
    And yes, we too were supprised by how each country is so different – a universe unto itself. It is enough to make you despair of ever understanding the world really. And then if you add that each person in each country has their own view of the world… The complexity is astounding sometimes.
    As for the geography and the like, actually the whole history of South Africa is based on its geography. It is the only African country that is far enough south to be beyond both the tropics and the arid sub-tropical regions (though both regions are expanding because of our changing climate, a serious threat to South Africa’s future). The result was that the Bantu Expansion essentially stopped before reaching the end of South Africa, where there was a more mediterranean climate (wet winters and dry summers vs. dry winters and wet summers) that made it impossible to grow the crops which were the basis of the whole migration – the most important event in African history.
    So, since the Bantu couldn’t settle there, the land remained in the hands of hunter-gatherers until the Europeans came along and found that a mediterranean climate was just what they needed for their European crops, and that what was better, there was no pesky malaria or sleeping sickness there – making Western Cape the only area in all of Africa that could easily support European settlement. Everywhere else, the whites died off; there, they could stay. And then what’s more, since there were only hunter gatherers there, it was easy to settle, they just had to shoot a few defenseless people and the land was theirs. Compare the ease with which they settled the Cape Colony to the five hundred years it took them to expand beyond it, including moments like Islandawana (misspelled I’m sure), the biggest defeat in the history of the British Army. If the first whites had encountered organized Zulu impis instead of loose bands of hunter gatherers, African history would be completely different, they never would have gotten off their boats.
    I imagine each country has its equivalent – both of geography and culture and pure accident. The deserts of Namibia, the luck of Uganda never having been an officail ‘colony’ as Kenya was, Tanzania having fallen under German influence rather than British at first… There must be millions of such little details that make the world so complicated.
    Anyway, we do our best, but who knows how much any of us can ever really understand!
    -Dave

  8. Bono says:

    And I thought I was the senbisle one. Thanks for setting me straight.

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