La Ferme Kansato

(Photos disponnibles ici)

Après avoir passé un mois intense à Dar, nous avons décidé de prendre le train jusqu’à Mbeya dans le sud-ouest de la Tanzanie. Ce stratagème nous a permis de “gagner” 3 semaines de vélo et d’arriver ainsi à temps à Windhoek pour y retrouver mon père et mon frère fin juillet.

Nous avons également renoncé au Malawi – que l’on réserve pour plus tard-  et avons opté pour la Zambie. En fait, nous avions une furieuse envie de mettre nos mains dans la terre et c’est exactement cela que nous offrait la ferme Kansato en Zambie que nous avions trouvée via le site de Wwoof. 

Direction Kasama, dans la Province du Nord de la Zambie. Le long de la route, nous débarquons par hasard sur un petit projet communautaire créé par un groupe de missionnaires sud-africains. Ils ont notamment une petite ferme bio qui ne fonctionne qu’avec des matériaux locaux. L’idée étant que chacun dans la communauté puisse reproduire le modèle sans devoir dépenser une somme monstrueuse en engrais, pesticides et en graines hybrides achetés à de vilaines compagnies sans scrupules (genre Monsanto).

Nous sommes arrivés à la ferme Kansato fin avril. Il s’agit d’une ferme de 300 hectares boisés dont 30  sont plantés de caféiers. Le café est le “cash crop” mais il y a aussi 200 moutons, 50 vaches, 50 cochons, 7 chèvres et 3 ânes.

La terre a été offerte par un chef local à Mr et Mme Powell, un couple charmant d’enseignants Anglais arrivés en Zambie en 1969. Ils s’occupaient de la ferme pendant le week-end et les vacances. Depuis quelques années, leur fils a repris la direction de la ferme pour tenter de lui donner un caractère plus commercial.

A notre arrivée, nous avons été installés dans une petite hutte au toit de chaume dans un petit coin boisé et tranquille de la ferme. Annina, une jeune suisse de 21 ans qui voyage seule autour du monde (chapeau bas), a également rejoint notre petite équipe de joyeux wwoofers pendant 3 semaines.

Très vite, nos journées se sont calquées sur le rythme de la ferme. Dave se levait à 5h45 et commençait un feu de bois pour préparer le café et cuire le porridge du matin. Nous nous levions paresseusement à 6h pour pédaler 3 km à travers bois. A 7 heures nous étions au rassemblement quotidien des 25 employés permanents de la ferme. Alex, un manager motivé et extrêmement sympathique, distribuait les tâches pour la journée. Vers midi, nous rentrions pour savourer un lunch frugal et de 14h à 17 h nous retournions travailler. Ensuite, nous cuisinions le repas du soir sur feu de bois et regardions les étoiles avant d’aller nous coucher vers 20h…

C’était une expérience vraiment très spéciale de travailler avec toute une équipe de Zambiens tous plus sympa les uns que les autres. La communication se faisait en grande partie en Anglais mais les quelques mots de cibemba (prononcez chibemba) que nous avons appris étaient accueillis par des rires et applaudissements (d’ailleurs, merci en cibemba se dit “natotela” qui se traduit littéralement par “j’applaudis” et les personnes âgées ajoutent toujours le geste à la parole).

Les Zambiens sont très polis. Il est hors de question de passer à côté de quelqu’un sans le saluer. Aussi, le premier mot à apprendre en cibemba est “Eamkwai” un mot fourre-tout pour lequel je n’ai jamais reçu de traduction unique mais qui est répété tout au long de la journée après des salutations, des ordres, des souhaits, etc. Généralement, en arrivant le matin je saluais le groupe des femmes (toujours à gauche lors du rassemblement matinal) par un “Mwashibukeni” et elles me répondaient en cœur “Eamkwai” d’une voix grave et solennelle.

Nous avons travaillé sur plusieurs projets pendant ce mois. Dave a beaucoup travaillé sur la création d’un système de “managed grazing” pour les vaches (qui sont mises dans un clôture électrique portative qui bouge tous les jours afin d’éviter qu’elles détruisent la terre où elles pâturent), sur le processus de préparation du café et sur la construction de tables de séchage pour les grains de café.

Pour ma part, j’ai surtout travaillé avec les moutons et les chèvres. L’idée étant de permettre un agrandissement du troupeau de manière saine et régulière. J’ai donc eu l’occasion de lire des livres sur le management  naturel des moutons et de mettre au point un système avec l’espace et le matériel disponibles.

L’expérience était très instructive d’autant plus qu’en tant que digne citadine j’étais bien incapable de distinguer les agneaux des chevreaux au début du séjour. Maintenant, je sais attraper un mouton au galop – s’il n’est pas trop gros évidemment…

Le plus intéressant cependant était de voir le processus de fabrication du café dont Dave et moi sommes complètement dépendants depuis des années.

Au mois de mai-juin, c’est la récolte. Les femmes des villages avoisinants viennent cueillir les “cerises”. Elles travaillent toute la journée et lorsque la récolte est bonne, reviennent avec d’énormes sacs tenus en équilibre sur la tête. Ces femmes sont capables de porter jusqu’à 90 kilos nous a-t-on dit. Elles portent  souvent aussi un bébé sur le dos et sont accompagnées par d’autres enfants qui viennent aider à la cueillette afin de ramener un peu d’argent pour la famille. Elles gagnent 200 kwacha par kilo (6000 kwacha = 1 euro, 4 tomates coûtent 1000 kwacha).

Par la suite, les sacs de “cerises” sont versés dans une machine qui sépare les peaux des graines. Ces dernières sont trempées dans l’eau et en fonction de leur poids séparées par catégories (grade 1 et 2). Ensuite, les graines sont mises à sécher au soleil sur de longues tables en treillis. Lorsque les graines sont parfaitement sèches, elles sont transportées dans des sacs afin d’être grillées pendant 65 minutes et puis moulues, mises en sacs et enfin transportées vers les magasins de Lusaka pour y être vendues à 20.000 kwacha les 500 grammes.

Tout ce processus représente des heures de travail manuel pénible. Les travailleurs portent des charges énormes sans aucune sorte de protection ou d’aide mécanique, tout le monde travaille sous un soleil de plomb et les jours où la récolte est bonne, les heures de travail dépassent souvent les 8 heures prévues. Ces hommes et ces femmes travaillent minimum 8 heures par jour 6/7 jours par semaine, 52 semaines par an. Ils ne le font pas par passion pour le métier – de toute façon, ils ne boivent jamais de café- mais bien parce que c’est la seule manière de gagner de l’argent pour payer les impôts, la nourriture qu’ils ne peuvent produire eux-mêmes et les droits d’inscription à l’école pour les enfants.

Ces hommes et ces femmes qui travaillent comme des bêtes ont régulièrement forcés notre admiration tout au long de ces quatre semaines . Jamais nous n’aurons la force physique pour travailler comme eux, ne fût ce que pendant une journée. Jamais nous ne pourrions accepter de travailler et de vivre dans ces conditions.  Nous avons souvent été choqués de voir dans quelle pauvreté ces travailleurs vivent mais force est de constater que de par le fait qu’ils aient un travail, ils ont une meilleure vie que nombre de leurs compatriotes. Nous sommes admiratifs aussi de leur joie de vivre, de leur humilité et de leurs nombreux savoir-faire. Nous leur sommes très reconnaissants d’avoir pris le temps de nous enseigner ce qu’ils savaient et d’avoir eu la patience de nous regarder faire en une heure ce qu’ils feraient en une minute.

Ceci sont les conditions de vie sur la plupart des plantations de café du monde. Mais il n’y a pas que le café, pensons aussi au thé, au sucre, au riz, au soja, au diamant, au poisson, à l’or, au coltan et que sais-je encore de centaines de choses produites dans le monde entier par des travailleurs réduits à une pauvreté abjecte et révoltante pour satisfaire des “besoins” – souvent de pure luxe!- des personnes riches.

Par respect pour tous ces hommes et toutes ces femmes, la moindre chose que nous puissions faire en tant que consommateurs de ces produits est de vérifier leur origine, leur mode de production et d’exiger de meilleures conditions de travail pour les petits travailleurs/producteurs.

 Achetons intelligemment – et souvent la manière la plus intelligente d’acheter est de ne pas acheter- et consommons avec respect pour les gens et pour la planète.

Aujourd’hui, nous sommes à Lusaka en route pour le Botswana que nous atteindrons après avoir fini la traversée de toute la Zambie.

A bientôt pour un update sur notre trajet zambien!

Merci de m’avoir lue et merci pour vos messages!

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8 Responses to La Ferme Kansato

  1. Bob says:

    Another fascinating post. But I have learned something today…no matter how rusty my French language skills are, Anna’s account “en francais” adds to the story…Read both!!

  2. Dan says:

    Love the photos and the update. Glad you both are well. Love, Dan, Molly and Charles

  3. John says:

    I saw coffee trees for the first time in my life 2weeks ago in Indonesia. Actually, I had to ask a person what the strange little red fruit he was picking was. As a coffee lover, I felt really ignorant and ashamed… Good to go back to the roots! Thanks for the updates and keep up the great adventure! John.

  4. Kataneh says:

    So interesting – loved reading them both! Sounds like the the trip continues to have a profound impact. I love hearing about the warmth and energy of the people. Great pictures too! Gros bisous et a la prochaine. xo Kataneh, Peter & Soraya

  5. steph says:

    hi guys, am glad you are still on the way… i hope you are ok and safe…. let us know where you have reached soon.

  6. Meyer Family says:

    Katy and I and family are thrilled to hear about your publication in Natural Bridge! Congratulations Dave. Very well done. There will be many new subscriptions to natrual bridge in the coming days. Lots of love, Dan, Katy, Molly, and Charlie ps we are skyping right now as we right it on the website so it is really from all of us.

  7. admin says:

    Hi Steph, we’re in Botswana now actually, but we have had a long stretch without internet… More info and photos on the way soon though! Hope all is well down north!

  8. admin says:

    Thanks!

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